Le livre bleu de la psychanalyse

03 juillet 2017

Les orthographes du désir ( mon nouveau livre)

4 ieme orthographe

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Un viens-avec-moi du graphe du désir : mon nouveau livre

 Ce serait sympa de m'aider à le diffuser !

orthogaphe couverture

 

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30 octobre 2016

Ecritures

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L’une de mes amies m’a raconté hier au soir comment sa nièce à peine âgée de cinq ans et ne sachant pas encore écrire, sauf son nom, dicte à des adultes des poèmes de plusieurs lignes. Il me semble que cette dictée de mots inventés dédouble en quelque sorte ce qui est la fonction de l’écrit. Quand elle dicte ses mots, cet écrit correspond bien à cette rude formulation de Lacan «  L’écrit, c’est le retour du refoulé ». C’est ce qu’exprime cette petite fille. Mais en même temps, le fait que l’adulte s’en fasse le scribe, démontre que l’écrit c’est aussi des représentations de mots, les mots prononcés par cette petite fille. Il y a encore une troisième forme d’écrit ce sont les écritures de la logique quand Aristote souffle sur les cygnes et les noirs pour les effacer pour les remplacer par des lettres.

 

Cet axiome de Lacan : « l’écrit c’est le retour du refoulé » se trouve dans la séance du 15 décembre 1971 du séminaire Ou Pire. 

 

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25 octobre 2015

Un mot vient à manquer - morceau de psychanalyse

 « Tout homme a bien éprouvé en lui-même ou observé chez d'autres, le phénomène de l'oubli, que je voudrais ici décrire et ensuite élucider. »

 Ainsi débute le texte de Freud Sur le mécanisme psychique de l'oubli (2).

Rappelons brièvement les faits: Freud, en excursion de Raguse en Dalmatie à une station d'Herzégovine parle avec un étranger. Il vient d'aborder le sujet de la sexualité et de la mort à propos des Turcs de Bosnie, ceci dans un contexte personnel singulier, le suicide récent d'un de ses patients. La conversation dévie vers l'art et Freud de conseiller à son interlocuteur d'aller admirer les fresques du Jugement dernier et des Fins dernières à Orvieto. Surgit alors l'oubli du nom du peintre Signorelli.

A partir de là Freud suivra les chemins tracés par les signifiants qui gravitent autour de cet oubli pour nous livrer une analyse magistrale de ce que Lacan nommera formation de l'inconscient(3).

 Je vous propose, à ma mesure, de suivre les pas de Freud avec un exemple personnel.

 

Un rêve.

 

Le point de départ est le récit d'un rêve raconté, il y a plus d'une dizaine d'années, en séance:

 « Je suis à l'arrière d'une voiture, une mercedes-benz. L'ambiance est sombre à l'extérieur. A l'avant un personnage conduit, ce personnage c'est un ... . »

 Après l'article indéfini, plus rien, un mot vient à manquer. Ce mot, j'en suis certain, désigne la fonction de celui qui conduit une voiture. Je sais aussi que c'est un mot tout à fait commun de la langue française.

A partir de ce banal trou de mémoire, mon analyste me propose de dire ce qui vient.

Sortent alors les mots suivants:

  • Nestor, nom du majordome du château de Moulinsart dans la bande dessinée « Tintin »,

  • puis Taximan, au niveau du sens, il me semble que c'est ce qui s'approche le plus du mot recherché, mais c'est un terme anglais,

  • il me vient encore pilote.

 Après ce dernier mot, long silence. Je tente alors, à partir des images du rêve, une description du personnage en question, celui qui est au volant de la voiture:

« il a des cheveux blancs, il n'a pas de figure ... ». Subitement une certitude tombe: « C'est la Mort, la Mort personnifiée. »

Fin de séance.

 Sur le pas de la porte, mon analyste, avec la finesse qui la caractérise, m'indique qu'elle pense avoir trouvé le mot; « mais, dira-t-elle, il s'agit de ne pas moissonner trop tôt ». La porte se referme. Me reviennent alors les premiers mots prononcés en entrant en séance quelques minutes avant, ils concernaient le paillasson de mon analyste, celui sur lequel à présent je me retrouve. Paillasson que je décomposerai bientôt en paille à « son » : la paille moissonnée, et « son », le fils en anglais. Nous sommes peut-être sur une piste.

 Seul sur la moto qui me ramène chez moi, alors que je ne résiste plus à l'idée de retrouver le mot perdu; chemin faisant donc, avec une profonde émotion, me reviennent les mots anglais du refrain d'une chanson du groupe de rock Dire Straits: « you're so far away from me » (tu es si loin de moi). De manière naturelle les mots so far se détachent du reste de la phrase. Et so far de s'associer à chauffard. De là, sans forcer, m’apparaît enfin le mot oublié: Chauffeur.

 «Je suis à l'arrière d'une voiture, une mercedes-benz. L'ambiance est sombre à l'extérieur. A l'avant un personnage conduit, ce personnage c'est un chauffeur».

 Le mot est donc enfin retrouvé, mais une nouvelle question pointe: qu'est-ce qui a bien pu faire s'échapper chauffeur?

 Analyse

 Mes associations tireront bientôt le premier fil du motif de cet oubli: Quelques années auparavant, à l'occasion de l'enterrement d'un être particulièrement cher, j'ai été amené à chanter une chanson de Brassens, « Oncle Archibald ». Comme toutes les chansons de Brassens, c'est une poésie. Celle-ci est particulièrement risquée. L'auteur y a osé sublimer la liaison à priori improbable entre le réel de la mort et le désir.

Pour ceux qui ne connaissent pas la chanson, c'est l'histoire de la rencontre entre Oncle Archibald et la mort incarnée par une séductrice dont on reconnaît les traits de l’allégorie populaire, l'analyste l'avait deviné, la faucheuse. Soulignons que si le verbe faucher et la faux d'agronome sont présents dans le texte de la chanson, le poète ne prononce en revanche jamais le terme faucheuse.

 Quel lien avec notre oubli du mot chauffeur ?

 C'est que nous commençons à entendre quelque chose qui relie les signifiants chauffard, chauffeur, faucheuse.

 Dans notre exemple de référence, celui de Freud, au lieu du trou de mémoire viendront Botticelli et Boltrafio. Pour nous, à la place du mot manquant, sont venus: Nestor, taximan et pilote. Que puis-je, par l'analyse, tirer de ces mots.

 

  • Nestor : ce mot m'est apparu incongru, pour autant, je me souviens que dans un film inspiré de la célèbre bande dessinée, le major d'homme du capitaine Haddock apparaît en chauffeur. Pour autant, Nestor est avant tout un serviteur. Le glissement de Nestor-Chauffeur à Nestor-serviteur nous amène à nous poser la question suivante: De qui (de quoi) ce chauffeur pourrait-il être le serviteur?

    Je remarque alors que Nestor est un nom. Lacan, commentant le texte de Freud, indique que le nom a une fonction volante « il est fait pour aller combler [un] trou, pour lui donner son obturation, pour lui donner sa fermeture, pour lui donner une fausse apparence de suture »(4). Et de nous apercevoir que Nestor rime avec la mort.

  • Taximan: c'est un synonyme anglais du mot recherché. Notons qu'il aurait pu me venir Taxi driver plus usité, mais ce «choix» de taximan permet de préciser le sexe du personnage qui conduit, un homme donc. Cette apparition du mot homme fait logiquement entendre, malgré son absence, son signifiant opposé, femme. Retenons que la faucheuse de Brassens en est une aguichante.

  • Pilote:Pour faire entendre le glissement de chauffeur à pilote je suis obligé d'ouvrir une parenthèse familiale: L'histoire qui m'a généreusement été transmise dit que mon grand-père paternel qui aimait à rire, avait l'habitude de se vanter auprès de qui voulait bien l'entendre (à commencer par ses enfants), des impossibles records de vitesse réalisés lors de ses nombreux déplacements professionnels entre telle et telle ville bretonne. Ainsi, par ce pilote, nous entendons que le chauffeur se mettait en valeur, une manière d'exposer sa virilité. Au delà de cette vantardise j'ai compris qu'il y avait un fond de vérité: mon grand-père, à l'époque, pouvait piloter vite. Cette conduite à risque n'était pas sans inquiéter sa femme aimante.

 

Jeu du signifiant, du glissement au changement de sens

 

Chauffeur est le mot oublié, celui qui doit venir combler le trou dans le discours volontaire, celui que Lacan sur le graphe du désir désigne sous le terme «discours courant»(3).

 Posons tout de suite que si chauffeur est oublié, faucheuse est unterdruckt. Ce terme employé par Freud signifie, selon la traduction de Lacan, passé dans les dessous. Faucheuse est un mot qui est là sans être là, qui agit sans sa présence. Comme dans la chanson de Brassens, il est dans le texte sans jamais être prononcé. Ainsi Faucheuse s'apparente au Her, l'absolu de la mort, unterdrukt, dans le célèbre oubli de Freud.

 Chauffeur est oublié, Faucheuse est passé dans les dessous, quel est le signifiant refoulé?

 Les trois mots Nestor, taximan et pilote, définissent quasiment la même chose, ils sont interchangeables. Sur le plan de la signification ils sont donc, tout comme Boticcelli et Boltrafio pour Freud, des métonymies du mot perdu. Ils permettent de faire glisser le sens de chauffeur (oublié). Ce glissement métonymique est un préalable nécessaire au changement de sens par la métaphore qui s'annonce.

 Souvenons-nous, après la coupure de la fin de séance, sur ma moto, grâce à so far arrive chauffard. Ce signifiant est celui qui a répondu présent à l'appel de ma quête d'un savoir inconscient. Nous devons ici réouvrir la parenthèse familiale:

Comme cela arrive tristement parfois, la tendance à la conduite à risque de mon grand père a rencontré, par le truchement du hasard, une réalisation dramatique: au tout début des années 70, sur une route du Finistère, un accident a coûté la vie d'un jeune motard ivre, il fut renversé par la mercedes-benz de celui qui était père de famille, tout juste grand-père.

 

Ici, dans un lointain après coup, nous pouvons tenter de reconstruire: celui qui ne devait être qu'un homme, chauffeur-pilote, par un accident malheureux, se transforme en serviteur de cette faucheuse-aguichante, la mort. Dans le miroir, horreur, il a dû apercevoir le reflet, l'image de celui qui conduit comme un fou, le chauffard. Il y a là cause de refoulement.

 

Ainsi c'est lui, après la traversée d'une génération, chauffard, qui fut par moi refoulé.

Mais aussi, de chauffeur à faucheuse, l'opposition masculin - féminin est remarquable. Pour commencer à en dire quelque chose:

Comme superposée à la mort se profile la question du désir sexuel. Par incidence, celle de la castration.

La faucheuse, comme dans la chanson, est donc une femme qui attise le désir, au risque de la faux.

Nous avons repéré dans les images du rêve que le personnage qui conduit était une monstration de la mort personnifiée, sans visage. C'est qu'en passant par le reflet du chauffard, ce personnage peut prendre les traits de la faucheuse, il en devient l'agent. Il se transforme, se déguise alors en Faucheur, celui qui coupe...

 

Temps de pause

 

Le travail serait ici à continuer: partant de ce faucheur, personnage imaginaire, en suivant le tableau des catégories du manque de Lacan(5), nous pourrions alors remonter jusqu'à l'étage supérieur, celui de la castration, en passant par l'étage intermédiaire, celui de la frustration. Ce n'est qu'une piste, celle qui mène, pour le meilleur, au manque symbolique.

A cet apport théorique, pour bien faire, nous aurions dû y lier, puisqu'il s'agit de mon cas, le maximum de mes associations.

Je ne peux, ici et maintenant, me lancer dans un tel développement. Je marque une pause.

 

D'une certaine manière, c'est cette piste que j'ai empruntée en poursuivant ma cure après le décès brutal, en mai 2006, de celle qui fut jusqu'ici appelée « mon analyste ».

De ma position d'analysant je peux dire que j'ai été touché au vif par le tranchant, la justesse, l'esthétique de ses interprétations.

Je rends donc ici hommage à Jacy Arditi-Alazraki, psychanalyste(6).

 

Reprise et conclusion

 

Résumons nous: Chauffeur est oublié à cause d'une métaphore impossible à dire: la substitution de chauffard à l'endroit de la faucheuse.

 Au passage, dans notre travail innachevé, nous aurons tout juste pu déchiffrer ce que cette métaphore laisse entendre. Freud, Lacan, l'analyste, et avant eux, sans aucun doute, les poètes le savent: La mort et le désir sont intimement liés.

 Avant de conclure je propose de tenter de partager un repérage en inscrivant les signifiants de notre formation de l'inconscient sur une partition pour trio, R.I.S. (7):

 

  • Faucheuse, dans les dessous, indique ce qui ne se dit pas et qui aspire au refoulement, au plus près du trauma, si proche qu'il est de l'angoisse de mort et de castration, c'est parce que ce signifiant en porte la charge que nous le plaçons sur la portée du Réel.

  • Nestor, taximan, pilote précisent image et signification du personnage qui conduit une voiture, ils sont métonymiques quant à chauffeur, ils s'inscrivent donc sur la portée de l'Imaginaire,

  • Chauffard est à proprement parler le signifiant sorti de l'inconscient, refoulé, qui vient se substituer à un autre signifiant (faucheuse), il se déchiffre donc sur la portée du Symbolique.

 

Quant à chauffeur, il peut redevenir un chauffeur.

 

Un dernier mot sur chauffard :

Il y a peu de temps, en touriste, avec famille et amis dans l'Aveyron, alors que j'admirais le célèbre tympan de l'abbaye Sainte Foy de Conques, dont le thème est... le jugement dernier (!), je découvrais avec un trouble certain l'existence d'un autre chofar: Mot hébreu qui s'écrit en français de différentes manières suivant la translittération. Il s'agit de l'instrument de musique traditionnel juif, celui qui originellement est fabriqué avec une corne de bélier symbolisant le sacrifice d'Isaac. Dans le rituel, il sonne pour se souvenir, se souvenir qu'un bélier fut sacrifié à la place du fils.

 

Ultime retour sur ma parenthèse familiale: lors de l'accident de mon grand-père, sa femme était à ses côtés. Suite au drame elle a pu écrire un poème. Parlant de son homme dans le temps qui suit le drame:

 (...) Plus grave aussi, pour celui qui fut l'obstacle

qui subit un choc, et qui en vous regardant inerte

Sur la route se dit: « Ce pourrait être mon fils» (...)(8).

 

Pour la nécessité de notre récit, un son, chofar, venu d'ailleurs, pour dire l'irrévocable et la dette à son endroit.

 Excepté mon prénom, la tradition judaïque m'est étrangère, elle ne l'était pas pour Jacy Arditi qui était juive et qui aimait à traduire l'anglais. Chofar, mot arrivé par so far de la chanson, revenu par l'hébreu, est un signifiant des langues de l'analyste. Il fait partie de ces signifiants singuliers, au coeur de la relation de l'analyste à l'analysant, ceux qui, dans chaque analyse, sans le savoir, font leur chemin.

C'est par ceux-là qu'un simple oubli de mot peut se transformer en formation de l'inconscient.

 Une précision s'impose: la partition pour trio ne se suffit pas. Une rencontre s'avère essentielle pour faire jouer les signifiants. Rencontre entre celui qui les parle et quelqu'un qui entend dans sa langue, soutenue par une inspiration, un souffle... Un désir. Lacan est catégorique, l'analyse ne peut se faire sans le désir du psychanalyste(9).

 Par sa présence l'amour de transfert peut avoir sa portée.

 

 David Berton, octobre 2015

 

Notes:

 

(1). Tel qu'il est, ce travail n'aurait pu voir le jour sans la contribution de Claire Charlot, psychanalyste; la pertinence de ses interventions dans nos échanges a eu un effet décisif quant à la forme et au contenu de cet écrit.
L'essentiel de ce texte a fait l'objet d'une lecture lors d'une soirée, en octobre 2015, d'un groupe de travail chez Emile Rafowicz, psychanalyste à Paris.

 (2). Je me suis servi des deux textes de S. Freud traitant de l'oubli de Signorelli:

. Sur le mécanisme psychique de l'oubli [1898], in Résultats, idées problèmes I, PUF, pp. 98-107,

. Oubli de noms propres, in Psychopathologie de la vie quotidienne (1901), Gallimard nrf, pp. 35-44.

 

(3). J. Lacan, Séminaire Les formations de l'inconscient, 1957-58, sténotypies, séances des 13 et 20/11/57.

 

(4). J. Lacan, Séminaire Problèmes cruciaux pour la psychanalyse, 1964-65, sténotypies, séance du O6/01/1965, pp. 29-30.

 

(5). Je me réfère ici au tableau inventé par Jacques Lacan dans son séminaire La relation d'objet, 1955-57. Dans la séance du 28 novembre 1957 y sont représentées, de bas en haut, les trois catégories du manque, privation, frustration, castration, nouées avec les trois registres, Réel, Imaginaire, Symbolique.

 

(6). Elle était aussi écrivain, auteur de:

- Métamorphose de l'angoisse, croquis analytiques (1994), éd. L'Harmattan.

- Un certain savoir sur la psychose (ouvrage posthume, 2009), éd. L'Harmattan.

Dans ce dernier livre y figure un texte, La rime et la raison, du trouble de mémoire au trouble du sujet, qui met au travail avec une extrême rigueur le texte de Freud sur Signorelli.

(7). En référence aux trois catégories, Réel, Imaginaire, Symbolique, mises en lumière par Jacques Lacan.

 

(8). Marcelle Jean épouse Berton, Après notre accident sur une route bretonne, Serai-je entendue, in Recueil de poésie, 1996, édition privée à compte d'auteur, p. 122.

 

(9). Du désir du psychanalyste il en est largement question dans le séminaire Le transfert (1960-61), de J. Lacan.

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01 septembre 2015

Notes sur les théories sexuelles infantiles

 

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Dans un passage de la séance du 8 mai 1957 de la Relation d'objet, Lacan souligne la stricte équivalence de ce qu'il appelle la fomentation mythique du Petit Hans et les théories sexuelles infantiles décrites par Freud dans ses trois essais sur la théorie de la sexualité :

«... Nous reprenons les choses où nous les avons laissées, c'est-à-dire au petit Hans [...] que cherchons-nous à détecter jusqu'à présent, dans cette fomentation mythique, qui nous paraît possible ? La caractéristique essen­tielle de l'observation de Hans, c'est de cela avant tout qu'il s'agit. Ce que j'appelle fomentation mythique, ce sont ces différents éléments signifiants dont je vous ai assez montré pour chacun l'ambiguïté, et combien ils sont essen­tiellement faits pour pouvoir recouvrir, nous dirons à peu près n'importe quel signifié, mais pas tous les signifiés bien entendu en même temps. C'est ainsi que nous posons la question sous cet angle, que nous croyons qu'il s'impose de la poser pour la simple raison que si la fomentation mythique - appelons-la d'un autre terme qui est plus courant, mais qui est exactement la même chose, encore que moins bien adapté - les théories infantiles de la sexualité telles que nous les voyons, telles que nous nous y intéressons chez l'enfant, si nous nous y intéressons c'est bien parce qu'elles ne sont pas sim­plement une espèce de superflu, de rêve inconsistant, c'est bien parce qu'elles­-mêmes en elles-mêmes comportent un élément dynamique qui est à proprement parler ce quelque chose dont il s'agit dans l'observation de Hans, faute de quoi littéralement l'observation de Hans n'a aucune espèce de sens."

 

Toute la partie du texte du Petit Hans, sur le "loumf", qui se rapproche du caca-boudin, si prisé dans nos maternelles, en est l'illustration, ces théories sexuelles infantiles ont l'intérêt de montrer comment ces fomentations mythiques sont fabriquées de fait avec des signifiants de la pulsion.

 

Le fait de rapprocher cette fomentation mythique de ce que Freud appelle les théories sexuelles infantiles nous permet tout d'un coup de lire d'une façon beaucoup plus aisée et cohérente tout le parcours analytique du Petit Hans au cours de sa phobie.

 

Il vaut en effet tout à fait la peine, pour avoir cet éclairage, de relire ce que Freud décrit comme les théories sexuelles infantiles. Elles sont au nombre de trois.

 

1 - la première pose le fait que tous les êtres humains, hommes et femmes, sont pourvus d'un organe viril. A noter que cette théorie sexuelle infantile ne devrait concerner que les petits garçons, puisque, au moins en ce temps de son élaboration, Freud distingue le complexe de castration qui concerne les garçons et l'envie du pénis qui concerne les filles.

Toute la partie de l'observation du Petit-Hans concernant sa recherche du fait-pipi est là pour la confirmer.

 

2 – La deuxième théorie concerne l'énigme de la naissance : on a mangé quelque chose de spécial et l''enfant ressort par l'anus, en conséquence de quoi, les hommes aussi bien que les femmes peuvent avoir des enfants. Les symptômes intestinaux de l'Homme aux loups ainsi que l'interprétation du grand délire de l'Homme aux rats sont là pour confirmer ces hypothèses.

 

3 – La troisième hypothèse tout aussi importante est ce qu'on appelle « la conception sadique du coït ». D'autre part, dans ce registre l'enfant imagine l'union sexuelle comme étant en relation soit avec une miction soit une défécation.

 

Ces trois théories sexuelles infantiles et ce que Lacan y substitue comme dénomination «  des fomentations mythiques » appellent trois remarques :

 

1 - Sur le terme même de « fomentation » qui est d'origine médicale, c'est initialement un cataplasme, c'est à dire une sorte de compresse chaude. Dans le temps, les mères faisaient à leurs enfants des cataplasmes de farine de moutarde sur le thorax pour guérir des rhumes et bronchites. Autant dire que c'était vraiment des remèdes de grand-mère. Mais au sens figuré, le verbe fomenter n'est pas de bon augure, il annonce plutôt des catastrophes ou tout au moins du remue-ménage, par exemple, le remue-ménage de la phobie.

 

2 – A propos des théories infantiles sur la naissance, celle du Petit- Hans est amusante. Il se moque de plus de ce qu'on avait essayé de lui faire croire au moment de la naissance d'Anna, à propos des cigognes : il raconte à son père qu'n jour, celui avait pondu un œuf et qu'il en était sorti un petit poulet, puis devant la mise en doute du père, il vait reconnu que ce n'était pas vrai mais que par contre c'était un jour à Gmunden qui s'étant mis à genoux avait à son tour pondu un œuf et qu'il en était sorti un Petit-Hans ! ( p. 153 des Cinq psychanalyses)

 

3 – La façon dont Lacan replace dans de rigoureux repères de structures cette question des théories sexuelles infantiles dans son grand texte « D'une question préliminaire à tout traitemnt possible de la psychose ». Il y décrit ce qu'il nomme l' »armature du texte freudien » : « à savoir l’équivalence maintenue par Freud de la fonction imaginaire du phallus dans les deux sexes (longtemps le désespoir des amateurs de fausses fenêtres « biologiques », c’est-à-dire naturalistes), le complexe de castration trouvé comme phase normative de l’assomption par le sujet de son propre sexe, le mythe du meurtre du père rendu nécessaire par la présence constituante du complexe d’Œdipe dans toute histoire personnelle, et, last but not… , l’effet de dédoublement porté dans la vie amoureuse par l’instance même répétitive de l’objet toujours à retrouver en tant qu’unique. Faut-il rappeler encore le caractère foncièrement dissident de la notion de la pulsion dans Freud, la disjonction de principe de la tendance, de sa direction et de son objet, et non seulement sa « perversion » originelle, mais son implication dans une systématique conceptuelle, celle dont Freud a marqué la place, dès les premiers pas de sa doctrine, sous le titre des théories sexuelles de l’enfance ? »

 

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25 juin 2015

"L'écrit, c'est le retour du refoulé"



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Lacan commence cette séance 15 décembre 1971 du séminaire … Ou pire, en parlant de l'écriture. Le prétexte en est qu'on vient de lui offrir un stylo. C'est une occasion pour lui d'établir me semble-t-il plusieurs sortes d'usages de l'écrit.

Il écrit tout d'abord quand il prend des notes en vue de son séminaire, quand il écrit pour trouver quelque chose et enfin quand il écrit pour l'édition. Mais il y a encore une autre opposition l'usage qui est fait de la lettre dans la logique.

« C’est un fait que — au moins pour moi — c’est quand j’écris que je trouve quelque chose. Ça ne veut pas dire que si j’écrivais pas, je ne trouverais rien. Mais enfin je m’en apercevrais peut-être pas. En fin de compte, l’idée que je me fais de cette fonction de l’écrit qui, grâce à quelques petits malins, est à l’ordre du jour et sur quoi enfin je n’ai peut-être pas trop voulu prendre parti — mais on me force la main, pourquoi pas? — l’idée que je m’en fais, en somme — et c’est ça qui peut-être dans certains cas a prêté à confusion — je vais le dire comme ça, tout cru, tout massif, parce que, aujourd’hui justement, je me suis dit que l’écrit, ça peut être très utile pour que je trouve quelque chose, mais écrire quelque chose pour m’épargner ici, disons, la fatigue ou le risque ou bien d’autres choses encore que je veuille vous parler, ça ne donne pas finalement de très bons résultats. Il vaut mieux que je n’aie rien à vous lire.

D’ailleurs, ce n’est pas la même sorte d’écrit qui est l’écrit où je fais quelques trouvailles de temps en temps ou l’écrit où je peux préparer ce que j’ai à dire ici Puis alors il y a aussi l’écrit pour l’impression, qui est encore tout à fait autre chose, qui n’a aucun rapport, ou plus exactement dont il serait fâcheux de croire que ce que je peux avoir écrit une fois pour vous parler, ça constitue un écrit tout à fait recevable et que je recueillerais.

 Voici donc cette définition de l'écrit qui est neuve et je dirais bien frappante : « l'écrit c'est le retour du refoulé »

« Donc, je me risque à dire quelque chose, comme ça, qui saute le pas. L’idée que je me fais de l’écrit, pour le situer, pour partir de là, on pourrait discuter après, bon enfin, disons-le, deux points : c’est le retour du refoulé.

Je veux dire que c’est sous cette forme — et c’est ça qui peut-être a pu prêter à confusion dans certains de mes écrits précisément — c’est ce qui a pu parfois paraître prêter à ce qu’on croie que j’identifie le signifiant et la lettre, c’est justement parce que c’est en tant que lettre qu’il me touche le plus, moi, comme analyste, c’est en tant que lettre que le plus souvent je le vois revenir, le signifiant, le signifiant refoulé préci­sément. Alors, que je l’image dans « l’Instance de la Lettre », enfin, avec une lettre, ce signifiant — et d’ailleurs, je dois dire que c’est d’autant plus légitime que tout le monde fait comme ça, la première fois qu’on entre à proprement parler dans la logique, il s’agit d’Aristote et des Analytiques, ben, on se sert de la lettre aussi, pas tout à fait de la même façon que celle dont la lettre revient à la place du signifiant qui fait retour. Elle vient là pour marquer une place, la place d’un signifiant qui, lui, est un signifiant qui traîne, qui peut tout au moins traîner partout. Mais on voit que la lettre, elle est faite en quelque sorte pour ça et on s’aperçoit qu’elle est d’autant plus faite pour ça que c’est comme ça qu’elle se manifeste d’abord.

Je ne sais pas si vous vous rendez bien compte, mais enfin j’espère que vous y penserez, parce que ça suppose quand même quelque chose qui n’est pas dit dans ce que j’avance. Il faut qu’il y ait une espèce de transmutation qui s’opère du signifiant à la lettre, quand le signifiant n’est pas là, est à la dérive, n’est-ce pas, a foutu le camp, dont il faudrait se demander comment ça peut se produire. Mais ce n’est pas là que j’ai l’intention de m’engager aujourd’hui, j’irai peut-être un autre jour ».

 

Oui ! Tout de même on ne peut pas faire que, sur le sujet de cette lettre, on n’ait affaire, dans un champ qui s’appelle mathématique, à un endroit où on ne peut pas écrire n’importe quoi. Bien sûr, ce n’est pas... je ne vais pas non plus m’engager là-dedans. Je vous fais simplement remar­quer que c’est en ça que ce domaine se distingue et que c’est même probablement ça qui constitue ce à quoi je n’ai pas encore fait allusion ici, c’est-à-dire ici, au séminaire, mais enfin que j ‘ai amené dans quelques propos où sans doute certains de ceux qui sont ici ont assisté, à savoir à Sainte-Anne, quand je posais la question de ce qu’on pourrait appeler un mathème, en posant déjà que c’est le point pivot de tout enseignement, autrement dit qu’il n’y a d’enseignement que mathématique, le reste est plaisanterie.

Ça tient bien sûr à un autre statut de l’écrit que celui que j’ai donné d’abord. Et la fonction enfin, en cours de cette année de ce que j’ai à vous dire, c’est ce que j’essaierai de faire ».

 

Il y a deux points donc à souligner et surtout à déchiffrer d'une part, l'écrit définit comme retour du refoulé, d'autre part cette question de ce qu'il décrit comme étant la « transmutation du signifiant en lettre ». N'est-ce pas ce que Lacan a tenté pendant toutes ces années de séminaire sous ce nom de logique du signifiant ? Voici comment je formulerai ce que j'en ai saisi :

 

Quand Lacan prend des notes pour préparer son séminaire ce qu'il écrit peut se définir comme de simples représentations de mots. Il ne s'agit pas pour autant de les laisser à la postérité sous la forme d'un écrit éventuellement publié, édité. Cependant peut-on dire qu'il s'agit déjà de ce qu'il appelle transmutation du signifiant en lettre ? Littéralement, il me semble que ça en est déjà une première forme. La deuxième forme est celle qu'il décrit comme une mise en exercice de l'écrit comme retour du refoulé. Cela fait penser à ce qu'il disait du lapsus comme étant toujours un lapsus calami, un lapsus de plume. Prenons en quelques exemples, ce sont le plus souvent des néologismes ou des déformations de mots. L'une-bévue pour traduire le mot allemand qui signifie l'inconscient « Unbewusste », le discours courant qu'il écrit disque-ourant, dit-mension, inter-dit, ou encore « les non dupes errent » ou lieu des noms du père, titre du séminaire mis en suspens.

C'est en effet par les jeux de l'orthographe qu'apparaissent ces retours du refoulé, soit les manifestations de l'inconscient, les symptômes de Lacan. Il y a donc bien transmutation du signifiant à la lettre, celle du symptôme ou sinthome. Cette transformation là correspond strictement à ce en quoi consiste l'interprétation de l'analyste «  à ce qui s'énonce de signifiant, vous donnez une autre lecture que ce qu'il signifie »1.

 

La troisième forme de transmutation du signifiant en lettre est celle de la logique et tout aussi bien de la logique dite du signifiant.

C'est celle où Aristote souffle sur les signifiants cygnes et blancs, dans l'affirmative universelle « Tous les cygnes sont blancs » pour les remplacer par une lettre « tout a est b ». Lacan en fait tout autant en remplaçant tout homme ou pastoute femme est dans la fonction phallique, par un x.

 

 



 

1 J. Lacan, Encore, La fonction de l'écrit, p.37.

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29 janvier 2015

Le Petit-Hans sauvé de la psychose grâce a sa phobie

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La première occurence qui concerne l'analyse du Petit Hans par Lacan se trouve dans la séance du 27 février de la relation d'objet. Il y évoque le fantasme des deux girafes. La seconde occurrence se trouve dans la séance du 6 mars 1957. C'est une séance formidable. Il y a beaucoup de pistes à suivre.

 Il y avait plusieurs possibilités de lecture qui s'offraient à nous. La première, la plus simple, etait celle de suivre tout d'abord ce que Lacan nous dit de son histoire.

La seconde approche consistait à intégrer dans cette séance du séminaire ce commentaire du Petit Hans en fonction du schéma qu'il a mis en exercice cette année là, celui de la frustration, privation, castration.

Ces plusieurs pistes pouvaient être suivies. C'est ce que j'ai tenté de faire dans la partie 6 de ce commentaire de la séance.

 1 – Une défintion de ce qu'est la castration symbolique d'un objet imaginaire par le père réel. C'est pour expliciter ce qu'est cette intervention du père réel, que Lacan reprend la phobie du petit Hans, pour y démontrer en quoi justement cette intervention du père réel y est en défaut.

 

2 – Comment la phobie est quelque chose qui vient remédier à cette défaillance du père réel.

 

3 – Comment ce qui provoque la phobie, c'est l'intervention du pénis réel du Petit Hans. Cela fait penser à ce proverbe anglais que j'aime beaucoup : ce n'est pas le chien qui remue la queue, c'est la queue qui remue le chien. C'est elle qui réveille l'angoisse du Petit-Hans.

 

4 – Dans cette séance il y a aussi deux termes qui sont avançés par Lacan, celui de "pénis réel", celui du Petit-hans et celui du père, et il y a aussi le terme de "Père réel", oppposé au père symbolique et au père imaginaire. En somme si j'ai bien compris, le pénis réel du Petit-Hans remue un peu trop tandis que celui de son père ne remue pas assez.

 

De ce que j'ai pigé, le père réel intervient en tant qu'agent de la castration, en tant que c'est lui qui détient le pénis réel, en tant qu'"il est de son appartenance". Pour le Petit Hans, son pénis à lui fait du remue-ménage mais le pénis réel du père ne fait pas ses preuves. C'est ce qui déclenche son angoisse et l'apparition de sa phobie.

 

Donc pour résumer l'histoire du Petit Hans trouve place dans ce que Lacan élabore dans chacune de ces séances, autour de son schéma de la castration, privation, frustration. Il entend consacrer cette séance à la castration symbolique d'un objet imaginaire par le père réel. C'est là qu'est justifié pour Lacan la nécessité de la phobie, il n'y a pas pour le Petit-hans de père réel, celui qui est agent de cette castration symbolique. C'est lui qui ne remplit pas sa fonction.

 

4 - Mais il y a un point que je n'ai pas abordé la dernière fois et qui est presque le clou de cette séance du séminaire de la relation d'objet, je ne l'ai pas abordée pour mieux la souligner, la mettre en évidence : il y a dans ce texte une petite phrase qui pourrait aisément échapper à notre attention et pourtant elle est essentielle elle marque une ligne de partage des eaux entre la névrose et la psychose, c'est là, en ce point même où nait la phobie du Petit Hans. C'est un point de bifurcation du fait qu'il y a eu ou non une Ververfung , une forclusion de ce signifiant du père. C'est à retrouver dans le texte.

 

"Ne voyez-vous pas qu'au moment où apparaît chez l'enfant sous la forme d'une pulsion dans le sens le plus élémentaire du terme, quelque chose qui remue, le pénis réel, c'est à ce moment là que commence à apparaître comme un piège ce qui longtemps a été le paradis même du bonheur, à savoir ce jeu où on est ce qu'on est pas, où on est pour la mère tout ce que la mère veut, parce que bien entendu je ne peux pas parler de tout à la fois, mais tout cela dépend du fait après tout de ce que l'enfant est réellement pour la mère, et nous allons essayer d'y mettre tout à l'heure quelque différence, et nous allons tâcher d'approcher de plus près ce qu'était Hans pour sa mère.

Mais pour l'instant nous restons dans ce point crucial qui nous donne le schéma général de la chose. Jusque là l'enfant, d'une façon satisfaisante ou pas - mais après tout dont il n'y a aucune raison de ne pas voir qu'il peut mener très longtemps ce jeu d'une façon satisfaisante - l'enfant est dans ce paradis du leurre avec un peu de bonheur, et même très peu pour sanctionner cette relation si délicate qu'elle puisse être à mener. Par contre l'enfant essaie de se couler, de s'intégrer dans ce qu'il est pour l'amour de la mère, mais à partir du moment où intervient sa pulsion à lui, son pénis réel, apparaît ce décollement dont je parlais tout à l'heure, à savoir qu'il est pris à son propre piège, qu'il est dupe de son propre jeu, que toutes les discordances, que toutes les béances, et la béance particulièrement immense qu'il y a entre le fait de satisfaire à une image et de, lui, avoir là justement quelque chose à lui présenter, à présenter cash si je puis dire, et ce qui ne manque pas de se produire n'est pas simplement que l'enfant, dans ses tentatives de séduction, échoue pour telle ou telle raison, ou qu'il soit refusé par la mère qui joue à ce moment là le rôle décisif. C'est que ce qu'il a en fin de compte à présenter est quelque chose qui peut lui apparaître à l'occasion, et nous en avons mille expériences dans la réalité analytique, comme quelque chose de misérable. A ce moment le fait que l'enfant soit mis devant cette ouverture, ce dilemme, ou d'être le captif, la victime ou l'élément sacrifié d'un jeu où il devient dès lors la proie des significations de l'Autre.C'est très précisément en ce point que s'embranche ce que je vous ai indiqué l'année dernière comme l'origine de la paranoïa, parce qu'à partir du moment où le jeu devient sérieux, et où en même temps ce n'est qu'un jeu de leurre, l'enfant est entièrement suspendu à la façon dont le partenaire indique par toutes ses manifestations, pour lui toutes les manifestations du partenaire deviennent sanction de sa oui ou non suffisance. C'est ce qui se passe très précisément dans la mesure où cette situation est poursuivie, c'est-à-dire où ne vient pas intervenir la Verwerfung laissant dehors ce terme du père symbolique, dont nous allons voir dans le concret justement combien il est nécessaire. Laissons le donc de côté pour l'autre enfant, pour celui qui n'est pas dans cette situation très particulière de voir et d'être livré entièrement à partir de ce moment, à l’œil et au regard de l'autre, c'est-à-dire au paranoïaque futur. Pour l'autre la situation est littéralement sans issue par elle-même. Bien entendu elle est avec l'issue puisque si je suis là, c'est pour vous montrer en quoi le complexe de castration en est l'issue".

 C'est là que les deux chemins de la névrose et de la psychose se séparent. Le Petit-Hans a pu choisir le bon chemin, même si c'est au prix de sa phobie. C'est elle qui l'a sauvé de sa psychose.

Est-ce que ça ne vous évoque pas les dernières élaborations de Lacan concernant le noeud borroméen, le fait que les trois ronds du symbolique, de l'imaginaire et du réel puissent s'en aller tous les trois chacun de leur côté et pourtant tenu ensemble par le sinthome ou encore – c'est une autre façon de le formuler, le fait que le noeud de trèfle raté puisse être réparé par lui. C'est ce qui est arrivé avec sa phobie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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05 janvier 2015

Les masques de Claude Lévi-Strauss, clivage du moi de Freud, le masque du symptôme en tant que manifestation du désir

 

photo_masques_africains_1242773847Dans son texte « Jeunesse de Gide ou la lettre et le désir » Lacan rapproche de façon saisissante, le clivage du moi » de Freud et le dédoublement que Claude Lévi-Strauss décrit entre le masque et le visage qui lui sert de support, masque qui peut être peint ou tatoué. Lacan en fait en quelque sorte le modèle et même l'emblème de la division du sujet.

Ce que Claude Lévi-Strauss décrit de ce dédoublement se trouve dans l'un des chapitres de l'Anthropologie structurale, qui a pour titre «  Le dédoublement de la représentation dans les arts de l'Asie et de l'Amérique ».

Voci ce qu'il en écrit : «  Nous avons donc suivi jusqu'à son terme le plus abstrait un dualisme qui s'est imposé à nous avec une insistance croissante. Nous avons vu, au cours de notre analyse, le dualisme de l'art représentatif et de l'art non-représentatif, se transformer en d'autres dualismes : sculpture et dessin, visage et décor, personne et personnage, existence individuelle et fonction sociale, communauté et hierarchie. Tout cela aboutissant à la constatation d'une dualité, qui est en même temps une corrélation entre l'expression plastique et l'expression graphique et qui nous fournit le véritable commun dénominateur des manifestations diverses du principe de dédoublement de la représentation » . Je me demandais en transcrivant ces lignes de l'Anthropologie structurale où se situait ce troisième élément si nécessaire au deux, jamais deux sans trois, et sans doute se trouve-il justement dans ce que Claude Lévi-Strauss vient de définir comme le commun dénominateur, ce lien du plastique au graphique sous la forme de ce masque. On en découvre ainsi l'orthographe. C'est un fait de structure.

Le plastique, c'est le support, le visage ou le corps, le graphique, c'est le décor facial ou corporel, le masque. «  le décor en effet est fait pour le visage, mais dans un autre sens, le visage est prédestiné au décor, puisque c'est seulement par et à travers le décor qu'il reçoit sa dignité sociale et sa signification mystique. Le décor est conçu pour le visage, mais le visage lui-même n'existe que par lui. La dualité est en définitive, celle de l'acteur et de son rôle, et c'est la notion de masque qui nous en apporte la clef. »

Et voici comment Lacan rapproche ce dédoublement des masques et de leurs supports, corps ou visage, de ce que Freud appelle "clivage du moi" :

« Cette spaltung ou refente du moi, sur quoi la plume de Freud in articulis mortis s'est arrêtée, nous semble bien être ici le phénomène spécifique. Occasion de s'étonner encore que le sens commun des psychanalystes le banisse de toute réflexion méditée [...] Faut-il pour éveiller leur attention, leur montrer le maniement d'un masque qui ne démasque la figure qu'il représente qu'à se dédoubler et qui ne la représente qu'à la remasquer ? Leur expliquer de là que c'est quand il est fermé qu'il la compose et quand il est ouvert qu'il la dédouble ».

Lévi-Strauss décrit ainsi le dédoublement de ces masques par rapport aux visages qu'ils représentent et qui ont une fonction sociale et symbolique. Lacan leur donne la même fonction puisqu'il les relie à l'Idéal du moi qui est elle aussi une identification symbolique : " L'idéal du moi de Freud, se peint sur ce masque complexe, et il se forme, avec le refoulement d'un désir du sujet, par l'adoption inconsciente de l'image même de l'Autre qui de ce désir a la jouissance avec le droit et les moyens."

 

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29 octobre 2014

Note sur les sources de l'antisémitisme ainsi que sur la misogynie de certains hommes à l'égard des femmes

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Dans son texte du Petit Hans, dans les cinq psychanalyses, page 116, Freud évoque les racines de l'antisémitisme. Il part pour cela des éléments du complexe de castration du Petit-Hans.

«  Les éclaircissements fournis récemment à Hans relativement à l'absence de fait-pipi chez les femmes ne peuvent qu'avoir ébranlé sa confiance en soi et avoir réveillé son complexe de caastration » Autrement dit il a peur de se voir réserver le même sort. Mais Freud rajoute que le fait de refuser et de se rebeller contre ces éclaircissements eut pour effet une absence de résultats thérapeutiques. « Existe-t-il donc vraiment des créatures qui ne possèdent pas de fait-pipi ? Alors ce ne serait plus si incroyable que l'on pût lui enlever le sien, et faire de lui, pour ainsi dire une femme ! »

 

Arrivé à ce point de cette analyse, Freud rajoute donc en note le fait que le complexe de castration au reste typique « est la plus profonde racine inconsciente de l'antisémitisme, car dans la nursery déjà, le petit garçon entend dire que l'on coupe au juif quelque chose au pénis – il pense un morceau du pénis – ce qui lui donne le droit de mépriser le juif. Et il n'est pas racine plus profonde au sentiment de supériorité sur les femmes […] Les rapports au complexe de castration sont ici commun au juif et à la femme. Une analyse plus complète de l'antisémitisme se trouve dans un des derniers travaux de Freud, « Moïse et le monothéisme » 1939 ».

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12 septembre 2014

Les circonstances d'apparition de la phobie du Petit-Hans

 

Mosaique romaine deux chevauxMoyenne

Nous en sommes au deuxième chapitre Histoire de la maladie et analyse. (p.105)

 Tout commence donc par la lettre du père adressée à Freud où il décrit la phobie de Hans et son interprétation des faits. D'emblée Freud nous indique qu'avant d'interpréter, mieux vaut mettre ensemble et par ordre chronologique les faits dont on dispose et surtout sans chercher à leur donner un sens :

1 – premier fait : un rêve d'angoisse du Petit Hans qui date des premiers jours de janvier 1908 : « Hans à quatre ans et neuf mois se lève un matin en larmes et répond à sa mère qui lui demande pourquoi il pleure : « Pendant que je dormais, j'ai cru que tu étais partie et que je n'avais plus de maman pour faire câlin avec moi »

 2 – L'été à Mugden, il avait fait cette remarque «  Si je n'avais plus de maman » ou bien « si tu t'en allais » Le père note que chaque fois que Hans « manifestait cette humeur élégiaque, sa mère le prenait dans son lit. ».

Dans l'après-coup de cette analyse, on peut constater à quel point cette crainte de Hans était justifiée. Elle rêvait en effet de s'en aller.

 3 – Une tentative de séduction : « Le 5 janvier environ, il vint de bonne heure dans le lit de sa mère ( à noter que ce n'est pas pour le père dans le lit conjugal mais dans le lit de sa mère ) et dit alors « Sais-tu ce que la tante M... a dit : « comme il a un gentil petit machin ! »

 4 – Le 7 janvier c'est là que commence sa phobie «  il va comme d'habitude avec la bonne dans le Stadtpark, commence à pleurer dans la rue et demande à être reconduit à la maison : il veut faire câlin avec sa maman ».

 5 – Le 8 janvier seconde expérience, cette fois-ci avec sa maman : « Il recommence à pleurer, ne veut pas partir. Il a peur. A la fin, il y va quand même, mais a visiblement peur dans la rue. En revenant de Schönbrunn il dit à sa mère après une grande lutte intérieure : j'avais peur qu'un cheval ne me morde. » Il dit en pleurant que le lendemain il faudra encore qu'il aille se promener. Mais il rajoute aussi «  Le cheval va venir dans la chambre »

 6 – Intervention intrusive de la mère ce même jour «  Peut-être touches-tu avec ta main à ton fait-pipi ? » Il répond « oui, tous les soirs quand je suis dans mon lit »

 7 – Le jour suivant le 9 janvier, nouvel interogatoire parental : on lui enjoint de ne pas toucher à son fait-pipi pendant la sieste et au réveil on lui demande ce qu'il en a été.

 

Quelles sont les déductions de Freud par rapport à ce premier matériel ? (p. 107) Il constate tout d'abord qu'il est plus que suffisant pour s'y repérer et indique surtout qu'«  aucun moment de la maladie n'est aussi favorable à sa compréhension que le stade initial tel que nous l'observons ici, stade malheureusement le plus souvent négligé ou passé sous silence. Le trouble nerveux débute par des pensées à la fois sentimentales et angoissées, puis par un rêve d'angoisse dont le contenu est le suivant : Hans perd sa mère, ce qui fait qu'il ne peut plus faire câlin avec elle. Ceci est le phénomène fondamental qui est à la base de son état. »

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