Le livre bleu de la psychanalyse

Ce blog sera avant tout une invitation à la découverte de la psychanalyse. En contrepoint de ce livre noir, je propose ce livre bleu de la psychanalyse, bleu comme le ciel à travers les branches des oliviers de Provence ou bleu comme tes yeux, mais auss

23 décembre 2005

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En contrepoint de ce livre noir de la psychanalyse qui a fait couler beaucoup d'encre, je propose ce livre bleu, bleu comme ces télégrammes que les habitants de Paris s'envoyaient au début du siècle et qu'on appelait des « petits bleus ». C'étaient, si l'on peut dire, les « mails » de l'ancien temps ; ils ont disparu pendant ou peu après la guerre de 1945.

Ce livre bleu, écrit au jour le jour, sous forme de courtes nouvelles, est tout d'abord une approche clinique et théorique de ce qu'est la psychanalyse, mais aussi un regard sur le monde que nous vivons, une incursion dans les champs voisins de la littérature et du cinéma, de l'art mais aussi de la politique. J'aimerais en effet, au fil de ces pages, m'interroger, en réactualisant la question bien sûr, sur ce que Freud appelait « malaise dans la civilisation ».

Dans cette interrogation, je donne à la fonction du père, dans la psychanalyse et dans la société, la place éminente qui lui revient, place pourtant dangereusement mise à mal de nos jours, comme l'indiquait Lacan dans un de ses derniers séminaires. Il y évoquait en effet sa «dégénérescence catastrophique » dans le champ social.

Je souhaite aussi mettre ces modestes textes sous l'égide, sous l'autorité de notre grand Michel de Montaigne qui, en ses Essais, suggérait quelle attitude il convenait d'avoir envers les écrits de ceux qui nous ont précédés ; celle, tout d'abord, de faire « tout passer par l'étamine et de ne rien loger dans sa tête par simple autorité et à crédit », puis celle de choisir si on peut, sinon de demeurer en doute, car, nous dit-il, « il n'y a que les fols pour être certains et résolus ».

Cependant, tout comme les abeilles butinent de fleurs en fleurs pour faire leur miel et qu'une fois fait, il n'est plus alors « ni thym ni marjolaine », de même, ce doute levé, les écrits des anciens deviennent les nôtres. Parmi ces écrits, ceux de Freud mais aussi ceux de Lacan. Ils exigent de nous une lecture singulière.

 J'ai commencé à écrire ce blog en décembre 2005.  Depuis ce jour de novembre 2009, nous écrivons à plusieurs plumes : se sont joints à moi pour l'écrire, David Berton et Claire Charlot.

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24 décembre 2005

Annonce de mon livre

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Le livre bleu d'une psychanalyste

Une lecture singulière de Lacan

Liliane Fainsilber

avril 2008,  De Boeck Université

Pour en savoir un peu plus : 

http://pagesperso-orange.fr/liliane.fainsilber/pages/livrebleu.htm

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25 décembre 2005

« Gardez ceci, qui est le plus aimé »

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La langue française porte encore maintes traces de l’oeuvre de Rabelais, telles ces expressions : un appétit gargantuesque, un repas pantagruélique, un rire rabelaisien. Tous les plaisirs du corps y sont évoqués avec truculence, plaisirs urinaires, n’oublions pas que Gargantua avait noyé tous les parisiens en pissant du haut des tours de Notre-Dame, plaisirs de la bonne chère et du vin mais aussi plaisirs du sexe. 

Certes depuis mai 68, la libération des mœurs et la découverte de moyens contraceptifs efficaces ont modifié les rapports entre les hommes et les femmes mais les ont-elles pour autant simplifiés et surtout améliorés ? Rien n’est moins sûr. Aussi l’évocation de l’éthique rabelaisienne qui place le Souverain Bien au niveau des braies et des braguettes peut-elle nous être, dans cette approche, de quelque secours pour redonner tout son poids et ses pouvoirs de séduction non pas à l’organe masculin en tant que tel mais à son symbole, celui qui était célébré aux temps des divins mystères, sous la forme d’un phallus érigé.

Comme nous le rappelle, fort justement, Rabelais, déplaçant légèrement l’objet en question, « Sans la tête, c’est l’homme qui disparaît mais sans les couilles c’est toute la nature humaine ».

En recentrant ainsi la question des rapports entre les sexes autour de ce symbole, il en fait ainsi un objet d’intérêt qui leur est commun. En témoigne cette gente dame rabelaisienne.

« Celle qui vit son mari tout armé,

Sauf la braguette, aller en escarmouche,

Lui dit : « Ami ; de peur qu’on ne vous touche,

Armez cela qui est le plus aimé. »

Quoi ? Tel conseil doit-il être blâmé ?

Je dis que non : car sa peur la plus grande

Etait de perdre, le voyant animé,

Le bon morceau dont elle était friande. »

Comme chacun peut le constater, Socrate n’était donc pas le seul à s’y connaître, concernant les choses de l’amour. Rabelais aussi. Il les mettait à leur juste place : dans les braies et les braguettes.

Mais dans le champ de la psychanalyse, nous pouvons pousser plus loin cette approche rabelaisienne. C’est bien connu, les poètes devancent souvent les psychanalystes et est-ce qu’avec « ce bon morceau dont elle était friande » nous ne glissons pas de l’objet viril à l’objet oral, cet objet primordial, le sein? La friandise, la gourmandise nous évoquent en effet tous les plaisirs de la bouche. Ainsi est évoqué ce que Lacan dans son algèbre, nommera objet, « objet petit a ».

(J’ai emprunté ce symbole phallique ainsi figuré à ce site :

http://www.apol.net/dightonrock/3_meaning_of_colon.htm)

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27 décembre 2005

le premier rêve de Dora

mor_tisJe le rappelle, Dora est l'héroïne de la première des cinq psychanalyses. Ce texte de Freud devait d'abord avoir pour titre « Rêve et hystérie ». Deux rêves servent en effet de point d'appui pour décrire l'histoire de cette analyse.

Le premier rêve est un rêve à répétition qui donc d'emblée attire toute la curiosité  de Freud.

« Il y a un incendie dans une maison, me raconte Dora, mon père est debout devant mon lit et me réveille. Je m'habille vite. Maman veut encore sauver sa boite à bijoux, mais papa dit : « je ne veux pas que mes deux enfants et moi soient carbonisés à cause de ta boite à bijoux. » Nous descendons en hâte, et aussitôt dehors, je me réveille. »

Tandis que Freud poursuivait, avec les associations de Dora, le déchiffrage de ce rêve, il lui demanda soudain si elle savait pourquoi on interdisait aux enfants de jouer aux allumettes. Elle répondit bien sûr que c'était à cause du danger d'incendie mais  Freud lui en donna une autre explication : « on craint qu'ils ne mouillent alors leur lit [...] Ils rêveront de feu et essayerons alors de l'éteindre avec de l'eau. »

C'est donc ainsi, à propos de ce rêve, que Freud évoque l'énurésie infantile de Dora et suscite le souvenir de son père venant la réveiller pour lui éviter de mouiller son lit.

Dans les pages qui suivent Freud évoque aussitôt les liens de l'énurésie avec la masturbation infantile.

J'ai pris quelques notes sur l'arrêt de la masturbation et de sa conséquence, l'énurésie, sous l'effet du complexe de castration. Cela éclaire en effet un peu plus   ce que Freud raconte à propos ce premier rêve de Dora et comment son père venait la réveiller pour l'empêcher de mouiller son lit.

Freud dans deux textes "Le déclin du complexe d'Œdipe" et "Quelques conséquences psychologiques  de la différence anatomique entre les sexes", oppose le destin différent des filles et des garçons. Il faut je pense repartir de là :

Les garçons abandonnent leurs liens d'amour et de haine à leurs objets parentaux, du fait du complexe de castration, par peur de perdre leur organe.  Ils abandonnent du même coup la masturbation.

Pour les filles, la forme de leur complexe de castration, à savoir la découverte de leur manque phallique, les pousse au contraire à entrer dans l'Oedipe, c'est à dire à choisir leur père comme objet d'amour.

Avant cette entrée dans l'Œdipe, elles se comportaient exactement comme des garçons, avaient choisi leur mère comme objet d'amour et considéraient leur père comme un rival dans l'amour de leur mère. C'est ce que Freud appellera, un peu plus tard, dans les années 1930,  le pré-Œdipe.

L'activité masturbatoire de la petite fille est liée à ce lien à la mère. Elle est elle aussi abandonnée du fait de complexe de castration mais pas pour les mêmes raisons. C'est, d'après Freud, liée à la notion de l'insuffisance clitoridienne mesurée à l'aune de l'organe viril.

Donc c'est sous l'influence du complexe de castration que la petite fille entre dans l'Œdipe, après avoir renoncé à sa mère, et à la masturbation infantile.

Son envie du pénis se transforme en désir d'obtenir un enfant du père.

Dans ce rêve, de par l'opposition signifiante de l'eau et du feu, Freud commence donc le déchiffrage de ce rêve. Un autre élément de son récit peut    également être mis en évidence : par le fait que ce soit son père  qui réveillait Dora pour l'empêcher de mouiller son lit, ne pourrait-on pas  rajouter qu'il  l'empêchait ainsi de rester  assujettie au désir de sa mère ?

S.Freud, Les cinq psychanalyses, P.U.F. 

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28 décembre 2005

« Je suis celui qui a lu Freud »

lacan

Le fragment d’un entretien que Lacan avait accordé à Pierre Daix en 1966, nous introduit à la nécessité de travailler les textes de Freud.  Tout d’abord parce qu’ils sont au fondement de l’invention de la psychanalyse, mais aussi parce que sans eux on ne peut  suivre les élaborations de Lacan, notamment les plus tardives : il suffit simplement d’évoquer le fait que Lacan a rapproché les trois formes d’identifications freudiennes des trois ronds du Symbolique, de l’Imaginaire et du réel qu’il nouait avec l’aide d’un quatrième, celui du symptôme. Or sans une rigoureuse approche de ce que Freud avait élaboré de ces trois formes d’identification rien ne peut prendre vie, prendre sens de ce que Lacan avance avec sa théorie des nœuds.

Cette vigoureuse affirmation de Lacan  « Je suis celui qui a lu Freud »  en réponse à la question que lui posait Pierre Daix : « Comment vous situez-vous par rapport à  Freud ? »  le pose donc comme étant non seulement dans la stricte filiation de Freud, mais aussi comme étant celui qui redonne  toute sa force et sa portée à l’œuvre freudienne.

Voici ce qu’il en dit : « Plus je lis Freud, plus je suis frappé par sa consistance, disons plus simplement, par sa cohérence logique. Il y a une logique dans son œuvre, que j’exprime, moi, par lettres et symboles, avec une rigueur comparable aux expressions de la nouvelle logique mathématique avec Bourbaki. Quand naît un fait scientifique, un fait qui ne colle pas avec les formules antérieures, qu’est ce qui se passe ? Un fait scientifique ne naît que s’il met une catégorie existante à l’épreuve. S’il n’y a pas de système préexistant, il n’y a pas de démenti. Un fait nouveau implique une structure nouvelle. L’inconscient est un fait nouveau, et il apporte un démenti à l’ancienne structure sujet-objet.

Or, la portée de ce qu’apportait Freud dépassait infiniment ce que pouvaient lire les gens auxquels il s’adressait. Qui étaient-ils ? Des thérapeutes soucieux de comprendre les mouvements obscurs dont ils constataient l’existence chez leur patients. C’était louable, mais la formation médicale n’était pas, et n’est toujours pas, avec ses intérêts et sa tradition, disons, humaniste, la plus propre à introduire à la dimension de la psychanalyse. Si des linguistes et des logiciens se trouvent mieux à portée de l’entendre – ceci indique assez dans quel sens devrait être complétée la formation médicale.

Pourquoi donc la diffusion de Freud est-elle ce qu’elle est aujourd’hui, au point que même ceux des psychanalystes qui ne se réclament pas de lui ne peuvent faire autrement que de se dédouaner d’un recours à ses termes, verbal, au mauvais sens du terme ? Le problème est précisément que la plupart des psychanalystes ne savent pas pourquoi ils sont ainsi serfs de son texte : alors qu’en réalité, ils mettent sous les mots de Freud n’importe quoi, ou plutôt : ce qui avait cours avant Freud, ce que Freud a dévalué. On refile de la fausse monnaie ».

Est-ce que, de nos jours, cette fausse monnaie a cessé d’avoir cours ? Je n’en mettrais pas ma main au feu.

Car en cette fin d’année 2005, les psychanalystes peuvent non seulement rester serf du texte de Freud mais également devenir serfs du texte de Lacan.

Refiler de la fausse monnaie, ce serait ne pas tenir compte du fait qu’il n’y a pas de transmission de la psychanalyse, en ce sens qu’elle ne peut s’apprendre dans les livres pas plus que dans les séminaires de Lacan et qu’elle doit être réinventée à chaque fois par chaque analyste, à partir de ce qu’il a découvert, au cours de son analyse, de la structure de sa névrose et de la place qu’a occupé dans cette structure le désir de ses parents. .

Entretien avec Pierre Daix du 26 novembre 1966 publié dans Les Lettres Françaises n° 1159 du 1er au 7 décembre 1966

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04 janvier 2006

Encore un rêve mais cette fois-ci c'est celui d'un homme

a05Dans quelques séances du séminaire du désir et  de son interprétation, Lacan commente très longuement le rêve d'un analysant d'Ella Sharpe - analyste pour qui il semble avoir beaucoup d'admiration. Il ne tarit pas d'éloges à son sujet ( je trouve qu'il a toujours la dent moins dure avec les analystes femmes qu'avec les hommes) bon, mais là n'est pas le sujet.

Je trouve que ce rêve, le contexte dans lequel il se produit et la série des interprétations qui sont énoncées par Ella Sharpe, nous donnent  un éclairage très riche  de la question qui nous préoccupait concernant ce premier rêve de Dora, à savoir les liens de la masturbation avec l'énurésie.

Le rêve de cet homme (que Lacan présente comme un phobique - c'est un avocat qui ne peut plaider ses causes, non pas par peur d'échouer, mais par peur de trop bien réussir- ) donc ce rêve me semble être le versant masculin non seulement du premier rêve de Dora mais également du second. Il conjoint en effet dans le même rêve la masturbation et l'exploration anatomique de l'appareil génital féminin, tout comme le fera Dora dans son second rêve.

L'analysant décrit une  scène sexuelle qui se déroulait dans son rêve Ils étaient trois, lui, sa femme et une autre femme qui voulait "to get", "attraper son pénis" :

"… ma femme était là pendant que l'événement sexuel se produisait…

Dans ce rêve, la femme voulait avoir un rapport sexuel avec moi et elle prenait l'initiative… Dans le rêve la femme était sur moi… elle avait évidemment l'intention de s'introduire mon pénis… Je n'étais pas d'accord mais elle était très désappointée, en sorte que je pensais que je devrais bien la masturber".

Lacan souligne la remarque grammaticale de cet analysant : il trouve que le verbe masturber ne peut être qu'intransitif. Autrement dit, il constate qu'on ne peut que se masturber soi-même.

C'est sur cette remarque à proprement parler linguistique concernant l'intransitivité du verbe "se masturber" que Lacan va faire peser toute son interprétation. C'est elle, c'est cette femme, auquel le sujet est identifié.

Nous retrouvons donc là la question cruciale, dans les fantasmes, des identifications viriles des femmes, nous le verrons se dessiner en clair dans le second rêve de Dora, et les identifications féminines des hommes. Cette femme qu'il devrait bien masturber c'est lui-même.

Parmi les associations du rêve, c'est là que surgit un fantasme d'exploration anatomique, il n'y mit pas le pénis, surtout pas, mais il y mit  le doigt.

Cela me fait irrésistiblement penser à cette chanson enfantine :

"Il était une bergère,

et ron et ron petit  patapon

qui faisait du fromage

du lait de ses moutons.

Elle recommande à son chat de ne pas y mettre la patte, hélas, ce ne fut pas la patte qu'il y mit, mais le menton… il eut des coups de bâtons ».

D'autre part ce rêve soulève également la question du lien de l'énurésie avec la masturbation.  Elle surgit dans cette observation d'une façon tout à fait incongrue, puisque c'est à la suite d'une interprétation toute virile de son analyste, concernant sa peur de se servir de son pénis, comme étant un organe qui perce et qui mord - c'est ce qu'elle lui en dit - que son analysant dans la nuit qui suit, mouille sont lit !

Voilà ce qui s'appelle une interprétation efficace !

Si j'ai été relire ces chapitres, c'était parce que je pensais que c'était là que Lacan y parlait de l'énurésie de Dora et la mettait en relation avec l'impuissance du père. Mais c'était un faux souvenir.

Si certains d'entre vous ont le temps de les lire, ces chapitres du désir et son interprétation sont datés du 14, 21 janvier, 4 et 11 février (les sténotypies de ces chapitres sont sur le site de l'école lacanienne).

De plus on voit avec une grande clarté, en relisant ce récit d'analyse d'Ella Sharpe,  quelle idée Lacan se faisait de ce qu'on nomme bien ingénument, et non sans quelque outrecuidance, "conduite de la cure".

C'est de la belle clinique et de la part d'Ella Sharpe et de la part de Lacan.

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Le désir de la petite fille de combler sa mère

a04Dans son texte "Histoire du développement du complexe d'Œdipe chez la femme", de 1927, Jeanne Lampl de Groot se réfère aux deux textes de Freud,  "Le déclin du complexe d'Œdipe" et "Quelques conséquences psychologiques  de la différence anatomique entre les sexes" pour reprendre ce qu’il dit de l'Œdipe féminin et surtout y mettre son grain de sel, à l'aide de deux histoires cliniques.

Je vous retranscris le souvenir du rêve d’une analysante telle que le raconte Jeanne Lampl de Groot,  rêve qu’elle avait fait alors qu’elle était âgée de quatre ans.  Elle avait mouillé son lit en même temps qu'elle rêvait d'avoir comblé sa mère.

«  Elle est au lit, couchée auprès de sa mère, elle éprouve alors un sentiment de béatitude suprême ; sa mère disait c’est bien cela, c’est bien ainsi que cela devrait être. » La patiente s’éveille alors et s’aperçoit qu’elle a uriné dans  son lit ; elle en est extrêmement déçue et se sent très malheureuse ».   

Ce texte précise bien lui aussi ce qu'il en est de l'arrêt de la masturbation liée au complexe de castration, pour la petite fille,  mais d'autre part évoque aussi la fréquence des fantasmes de prostitution. 

L'installation de l'amour pour le père est introduite par le complexe de castration, "c'est à dire qu'il entre en jeu après que la petite fille a perçu la différence entre les sexes et qu'elle a accepté la réalité de sa propre castration".

Or c'est en abandonnant son lien pré-oedipien à sa mère, celui où elle se comportait comme un "petit homme", que la petite fille  abandonne également la masturbation phallique. 

"Dans les premières années de son développement … la fille se comporte exactement comme le garçon non seulement  par rapport à l'onanisme  mais aussi dans sa vie psychique ; dans son besoin d'amour et dans son choix d'objet elle est vraiment un petit homme. Après avoir découvert et pleinement accepté le fait accompli de la castration, la fille doit de gré ou de force, renoncer une fois pour toute à la mère comme objet d'amour et par là, renoncer à ce que son besoin d'amour, la pousse à conquérir d'une manière active de même qu'à l'onanisme clitoridien…"

Trois destins sont possibles

- l'acceptation qui la pousse vers son père et transforme son envie de pénis en désir d'enfant.

- le déni, le démenti de la castration et là Jeanne Lampl de Groot évoque l'histoire de la jeune fille homosexuelle racontée par Freud,

- la sublimation de toutes ces composantes actives avec renoncement à toute activité sexuelle.

"Comme troisième issue possible, écrit Jeanne Lampl de Groot, on peut observer le fait que la femme ait des relations avec un homme mais sans cesser pourtant de rester intérieurement attachée à son premier objet d'amour : la mère. Elle est obligatoirement frigide dans les rapports sexuels parce qu'elle ne désire pas le père ou son substitut mais la mère.

Les fantasmes de prostitution si fréquents chez la femme donnent un éclairage tant soit peu différents à nos considérations. D'après notre manière de voir, ils seraient un acte de vengeance à l'encontre de la mère plutôt que du père. On pourrait expliquer de façon analogue le fait que les prostituées soient si souvent des homosexuelles, manifestes ou latentes, c'est à dire : la prostituée se tourne vers l'homme pour se venger de sa mère, mais elle ne fait pas preuve d'un abandon passif, elle fait plutôt preuve d'une activité masculine ; elle conquiert l'homme dans la rue, le castre en lui prenant son argent, et fait ainsi d'elle-même le partenaire masculin dans l'acte sexuel et lui réserve le rôle féminin."

Je rajouterai même ceci, ce faisant, par ces fantasmes de prostitution, les femmes s'emparent  de ces phallus anonymes, ceux de ces hommes rencontrés, pour les dédier, les offrir à la mère… faute de mieux.

Ces fantasmes de prostitution si fréquents mériteraient plus d'attention. Hélène Deutsch elle aussi les a étudiés, et elle en dit beaucoup de choses très intéressantes notamment sur le rôle que vient  jouer le père dans ces fantasmes. Il est celui qui sauve la fille de tous ces dangers, tandis que la mère, elle, joue dans ces fantasmes, le rôle de la mère maquerelle, la grande maîtresse de ce bordel oedipien.

Les deux textes de Jeanne Lampl de Groot se trouvent dans un recueil qui a pour nom "souffrance et jouissance". Il est très intéressant.

Celui d'Hélène Deutsch décrivant ces mêmes fantasmes de prostitutionse trouve dans "psychologie des femmes ».

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24 janvier 2006

Au grand bal masqué du symptôme

madelain

Dès le début de l'invention freudienne on voit toujours avec émerveillement à quel point le fil du signifiant nous est utile et efficace pour lire toutes les histoires cliniques que Freud nous raconte, mais aussi comment, lui, sans rien savoir encore de cette approche possible à partir de la linguistique, en avait repéré l'essentiel avec ce qu'il appelait "la symbolique". Autrement dit, comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, Freud faisait usage des équivoques signifiantes pour déchiffrer le sens du symptôme sous ses masques.

Il arrive très souvent que Lacan nous invite à relire Freud et à nous transporter à nouveau aux temps des Etudes sur l’hystérie, en y retrouvant par exemple l’histoire  d’Elisabeth Von R.

Il va en effet l’évoquer dans l’une des séances du séminaire des Formations de l’inconscient pour décrire le symptôme comme étant « le masque du désir ».

Mais il considère le symptôme, en lui donnant un sens large, comme étant tout ce qui est analysable. Entrent donc sous cette définition non seulement le symptôme hystérique, la phobie ou l’obsession mais les rêves, les actes manqués et aussi bien les traits d’esprit.

Quant au choix de ce terme « le masque du désir » il  n’est quand même pas anodin. Quand femmes et hommes, invités à un bal masqué, se mettent des loups de velours noir sur le visage, c’est avant tout pour ne pas y être reconnus. Tout le jeu de séduction consiste à essayer de se reconnaître quand même grâce à de légers indices mais avec le risque de se tromper, d’y provoquer des quiproquos. Je pense au bal masqué de Verdi mais j’en ai un peu oublié l’intrigue.

J’ai donc relu cette observation avec grand plaisir et, comme à chaque fois, j’y ai découvert de nouvelles approches. Je savais que la douleur qu’éprouvait Elisabeth, au niveau de la cuisse, se réveillait chaque fois que quelque élément de la signification de ce symptôme pouvait être évoqué. En cours de séance, ce symptôme se mettait à parler, mais j’avais totalement oublié qu’en fait Elisabeth souffrait de ce que Freud appelle de ce nom un peu pompeux, souvenir de ses études médicales, une « astasie-abasie ». Ce symptôme est décrit comme une impossibilité de se tenir debout et de marcher avec des troubles de l’équilibre.

Par rapport à ce que Freud raconte, en un premier temps, de l’histoire de sa maladie, on apprend qu’elle restait au chevet de son père malade pour s’occuper de lui alors qu’elle aurait bien aimé vivre sa vie, sinon courir le guilledou, ce symptôme peut donc être interprété, même si cette interprétation est plus qu’hasardeuse, comme étant le désir contrarié de bouger, de prendre la poudre d’escampette, par rapport à toutes ces contraintes familiales.

Mais ce qu’il y a de merveilleux dans ces observations si anciennes, c’est qu’on peut y retrouver presque à chaque fois l’équivoque signifiante qui a permis ce que Freud appelle « la conversion hystérique » c’est à dire la transformation d’une douleur morale en douleur physique.

Cet aiguillage signifiant est centré sur deux événements traumatiques devant lesquels « elle était restée clouée sur place » le premier étant la mort de son père, par un accident cardiaque, le second du même ordre, la mort de sa sœur, au cours d’un accouchement et pour elle aussi, en raison de complications cardiaques.

A ceci se rajoute le fait qu’au moment de la mort de sa sœur, elle avait pensé, non sans une horrible culpabilité, que son beau-frère était maintenant libre et qu’il pourrait l’aimer.

Freud et Lacan donnent une lecture différente de la situation subjective d’Elisabeth Von R, comme de celle de Dora. Freud pensait que Dora était amoureuse de Monsieur K. tout comme Elisabeth était amoureuse de son beau-frère.

Lacan insiste surtout sur le fait - c’est ce qui constitue le point commun entre l’histoire de Dora et d’Elisabeth - qu’elles sont toutes les deux « intéressées » (au sens fort de ce terme « être entre », « exister entre » ) à une situation de désir entre les différents personnages de leur scénarios.

Ce qui compte c’est donc comment les deux jeunes filles essaient de trouver leur place dans cette circulation du désir entre les différents personnages. C’est le bal masqué du symptôme.

Freud n’était pas encore, en ce temps là, tout à fait analyste. Certes il écoutait déjà, mais il observait, les regardait et il touchait encore ses patientes. Au reste il ne se contentait pas de les examiner mais il leur faisait aussi des massages.

Et même s’il avait déjà abandonné l’hypnose, il tenait encore la tête de ses patientes entre ses mains et exerçait sur elle une lègère pression pour en faire surgir de nouvelles idées à propos de leurs traumatismes psychiques. 

Pourtant il avait déjà repéré l’essentiel comment son seul moyen d’action sur le symptôme était le repérage de la « traduction symbolique » qui avait permis la « conversion hystérique » soit la transformation d’une souffrance psychique en souffrance physique, corporelle.

«  En racontant d’autres faits relatifs à ses tentatives infructueuses pour établir une nouvelle vie familiale, [Elisabeth] ne se lassait jamais de répéter que ce lui semblait pénible en ces cas, c’était le sentiment de son « impuissance »(1), son impression de ne « pouvoir avancer ». Il fallait bien dès lors attribuer à ces réflexions quelque influence sur la formation de l’abasie et admettre qu’en cherchant directement quelque traduction symbolique de ses pensées pénibles, elle l’avait trouvé dans une intensification de ses douleurs ». Je pense que là Freud fait référence au fait que son symptôme parlait au cours de ses séances. Ses douleurs se réveillaient tandis qu’elle les décrivait.

La paralysie d’Elisabeth Von R était selon la définition que nous en donne Freud,  une paralysie non seulement psychique, mais une « paralysie symbolique » autrement dit une paralysie hystérique.

Dans le vocabulaire lacanien est-ce que nous ne pouvons pas dire que cette paralysie est une paralysie signifiante ? C’est tenable mais à condition de rajouter que c’est une paralysie signifiante qui se manifeste avec de multiples significations qui sont les différents masques du désir.

(1) On peut rapprocher cette « impuissance » évoquée par Elisabeth de l’absence de fortune du père de Dora, lui aussi « impuissant ».

Vous retrouverez cette histoire d’Elisabeth Von R dans les Etudes sur l’hystérie, surtout p.120 et 121.

Lacan évoque entre autre cette histoire d’Elisabeth Von R… dans la séance du 16 avril 1957 du séminaire Les formations de l’inconscient, et rapproche les deux histoires d’Elisabeth et de Dora dans un texte des Ecrits dans « La conduite de la cure et les principes de son pouvoir ». p.639.

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29 janvier 2006

Joyce-le-symptôme et Dostoïevski-l’hystérie

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Joyce relu par Lacan, Dostoïevski relu par Freud

Dans son texte « Dostoïevski et le parricide », Freud écrit : « Ce n’est pas un hasard si trois des chefs d’œuvres de la littérature de tous les temps, L’Œdipe-Roi de Sophocle, le Hamlet de Shakespeare et les frères Karamazov de Dostoïveski, traitent tous du même thème, du meurtre du père. Dans les trois œuvres le motif de l’acte  - la rivalité sexuelle pour une autre femme est aussi révélé. »

Si Ulysse de Joyce est maintenant considéré comme une œuvre majeure de la littérature mondiale du dernier siècle, la question du parricide me semble y être éludée, tout autant que la question de la rivalité des hommes entre eux pour la conquête d’une femme.

Bloom, tout au long de son périple au travers des rues de Dublin sait que Molly a rendez-vous avec l’un de ses amants, il connaît même l’heure de leur rendez-vous, sans pour autant apporter  la moindre entrave à cette rencontre. De retour chez lui, il se glisse dans le lit conjugal :

« Que rencontrèrent ses membres en s’étendant graduellement ? Des drap propres ; des odeurs supplémentaires ; la présence d’un corps humain, féminin, le sien à elle ; l’empreinte d’un corps masculin, non le sien à lui, quelques miettes, quelques bribes de viande de conserve, recuite, qu’il épousseta. »

Il évoque alors les sentiments antagonistes qu’il ressent, au nombre de quatre, par paires, « envie » et « jalousie », « abnégation »

et « équanimité ».

Cette abnégation, sinon cette équanimité devant le triomphe de ses rivaux dans l’amour d’une femme, Freud l’a déjà décrite dans ce même texte de Dostoïevski et du parricide. Il la décrit en prenant pour exemple les héros de certaines autres nouvelles de Dostoïevski, mais en la replaçant dans les composantes du complexe de castration masculin.

Avec beaucoup d’assurance mais aussi de sérénité voici ce que Freud en énonce : « le meurtre du père est, selon une conception bien connue, le crime majeur et originaire de l’humanité aussi bien que de l’individu ».

De là vient son sentiment de culpabilité. Mais à cela vient s’adjoindre une autre composante, celle que Freud appelle celle de la bisexualité de chaque sujet.

Lorsque cette composante est trop forte, « la menace que la castration fait peser sur la masculinité renforce l’inclinaison du garçon à s’identifier à sa mère, « à tenir le rôle de celle-ci comme objet d’amour pour le père ». Cette prédisposition renforce donc la névrose. Et c’est là qu’il prend appui sur la vie et l’œuvre de Dostoïevski : «  Une telle prédisposition existe chez Dostoïévski ; elle se révèle sous une forme virtuelle ( homosexualité latente ) dans l’importance des amitiés masculines au cours de sa vie, dans son comportement marqué d’une étrange tendresse envers ses rivaux en amour et dans sa compréhension remarquable  pour des situations qui ne s’expliquent que par une homosexualité refoulée comme le montrent de nombreux exemples de ses nouvelles ».

Est-ce que ce que Freud nous décrit là ne pourrait pas s’appliquer à Joyce notamment dans la lecture que nous pouvons faire, dans l’une de ses œuvres, qui est théâtrale, « Les Exilés » ? On ne peut répondre par l’affirmative car l’analyse de ce qui se passe entre les personnages en est fort complexe. Paradoxalement, elle m’a plutôt fait penser à la situation subjective de Dora entre les différents personnages de son scénario. Car, comme avec Dora, différents couples se déplacent en une étrange danse : Berthe entre les deux amis, Richard et Robert, ces deux hommes rivaux, dans son amour, mais il y a aussi dans le circuit cette Béatrice qui se trouve être doublement la rivale de Berthe, dans l’amour que lui porte Richard, et dans le fait qu’elle aime Robert, qui lui aime Berthe, tout se passe, dans cette pièce, comme si l’amour au lieu d’être réciproque entre un homme et une femme élue, était intransitif.

A prendre les choses par ce biais, de l’analyse des composantes du complexe de castration masculin avec ces composantes féminines, il semble en tout cas qu’une piste s’ouvre celle d’éclairer ce que Lacan a avancé à propos de Joyce, de cette question de sa « Père-version », ou encore sa version vers le père qu’il a soutenu à la mesure de ses moyens pas son écriture, par son art d’écrire. Mais Lacan a laissé cette approche à l’état d’énigme, tout comme d’ailleurs, quelques années avant, il affirmait que tout était encore à dire concernant l’Œdipe inversé.

N’est-ce pas une séduisante piste de travail ?

J’ai effectué ce rapprochement dans l’un de mes ouvrages « Eloge de l’hystérie masculine. Sa fonction secrète dans les renaissances de la psychanalyse » paru chez L’Harmattan en 97.

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05 février 2006

Les deux poires de l’empereur

pommesComme cette si jolie chanson d’Yves Montand le suggère, les fruits évoquent toujours  les rondeurs maternelles, la rondeur des  seins d’une jeune femme.

« Sous un léger corsage qui fait des plis
Deux petits seins bien sages
Comme c'est joli.
J'allais vers la colline
Sous un grand ciel tout bleu
Et je voyais briller les yeux
De Clémentine, de Clémentine. »

Dans l’une de ses premières œuvres, « L’Interprétation des rêves » Freud raconte le rêve d’un enfant de quatre ans qui, lui, avait choisi des poires, les poires du Kaiser, les poires de l’empereur.

Voici le texte de ce rêve : "Un homme actuellement âgé de trente cinq ans raconte un rêve qu'il se rappelle bien et qu'il dit avoir eu quand il avait quatre ans : le notaire chez qui était déposé le testament de son père (il avait perdu son père à l'âge de trois ans) apportait deux grosses poires blanches (Kaiserbine) : on en donnait une à l'enfant, l'autre était sur l'appui de la fenêtre du salon. Il se réveilla persuadé de la réalité de ce qu'il avait rêvé et demanda obstinément à sa mère la seconde poire ; il affirmait qu'elle était sur l'appui de la fenêtre du salon. Sa mère en rit".

De ce rêve, Freud nous indique que l'analysant ne peut pas en dire grand chose sinon le fait que ce notaire qui était responsable, notons le, du testament et donc de l'héritage que lui avait légué son père, lui avait effectivement apporté des poires. Pourtant il rajoute aussitôt, parmi les associations de ce rêve, un autre rêve qui est loin d'être anodin et qui vient donc contredire cette affirmation : il s'agit en effet du récit d'un rêve de sa mère, rêve qu'elle lui avait raconté et donc dans lequel il était forcément partie prenante, puisqu'il lui était fatalement adressé.

Voici le texte de ce rêve, lui aussi rapporté par Freud : "Elle avait deux oiseaux sur la tête et se demandait quand ils s'envoleraient, mais ils ne s'envolaient pas ; seulement l'un deux vint à sa bouche et la suça."

Ce dernier mot "suça" constitue le mot-pont, le pont verbal, comme le nomme Freud, entre le rêve de la mère et celui de l'enfant. Ce rêve fait tout aussitôt penser au souvenir d'enfance de Léonard de Vinci. Lui, c’est un vautour qui lorsqu’il était encore au berceau, lui avait ouvert la bouche et, plusieurs fois, la lui avait heurtée de sa queue. Pourtant Freud n’interprète pas le rêve de sa mère. Il reste comme un point d'énigme aussi bien pour l'analysant que pour Freud lui-même. On pourrait penser qu'il n'ose pas s'en approcher alors que par ailleurs il prend résolument appui sur la fonction symbolique pour interpréter le rêve du fils puisqu’il écrit : "Les deux poires, pommes ou poires, sont les seins de la mère qui l'a nourri".

L'appui de la fenêtre est comme le balcon, une représentation de la poitrine. Freud insiste sur le fait que sa mère l'a effectivement nourri et plus longtemps qu'il n'est d'usage - voici donc un écho de ces deux oiseaux qu'elle ne souhaite pas voir s'envoler - et, quant au rêve du fils, il en donne cette interprétation :

"Donne (montre) moi de nouveau le sein qui m'a nourri autrefois" et pour justifier sa traduction, sa transcription, souligne ce fait : "Il est évidemment très saisissant de voir la symbolique jouer un rôle dans le rêve d'une enfant de quatre ans, mais ceci n'est pas une exception, c'est la règle. On peut dire que le rêveur dispose des symboles dès le début de la vie" et il rajoute que "même en dehors du rêve, l'homme se sert de représentations symboliques".

Ce rêve  met bien en évidence le fait que c'est par le désir de sa mère que ce petit sujet a été introduit au monde du symbole. Les deux poires de l'enfant font incontestablement écho aux deux oiseaux du rêve de sa mère, beaux oiseaux prêts hélas à prendre leur envol. Mais on remarque aussi qu’avec ces deux poires, deux oiseaux, deux seins, deux phallus, rien ne vient interdire cette dualité, cette réciprocité entre le fils orphelin et sa mère. Bien au contraire, c'est le notaire, celui qui est chargé de transmettre l'héritage du père, qui lui apporte ces poires de l'empereur, "Kaiserbine", sur un plateau.

Ainsi la fonction du père, du père symbolique, celui qui est chargé de faire tiers, de faire coupure entre le désir de l'enfant et le désir de sa mère, ne s'y dessine que de son absence, en filigrane. Cependant dans le choix du nom de ces poires, poires de l’empereur ne peut-on pas dire que ce père grandiose, devenu père de la nation,  cet Empereur,  est appelé à la rescousse par ce petit prince régnant sans partage sur l’empire maternel ?

… mais au fait, ne pourrait-on pas parler aussi bien des prunes du dit empereur ?

Posté par Fainsilber à 16:55 - psychanalyse - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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