Le livre bleu de la psychanalyse

06 décembre 2020

Note à propos du sexe et du genre dans la foulée de ce film « Petite fille »

 

 

 

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C'est  dans le séminaire D'un discours qui ne serait pas du semblant , séance du 20 janvier.

 Voici ce que Lacan indique dans ce passage du texte sur le trans-sexualisme :«  On s'imagine qu'on dit quelque chose quand on dit que ce que Freud a apporté c'est la sous-jacence de la sexualité à tout ce qu'il en est du discours.
    On dit cela quand on a été un tout petit peu touché par ce que j'énonce de l'importance du discours pour définir l'inconscient, et puis qu'on ne prend pas garde que je n'ai pas encore, moi, abordé ce qu'il en est de ce terme : sexualité, rapport sexuel.
    Il est étrange certes, et il n'est pas étrange que d'un seul point de vue, le point de vue de la charlatanerie qui préside à toute action thérapeutique dans notre société, il est étrange qu'on ne se soit pas aperçu du monde qu'il y a entre le terme sexualité partout où il commence, où il commence seulement à prendre une substance biologique, et je vous ferai remarquer que, s'il y a quelque part où on peut commencer de s'apercevoir du sens que ça a, c'est plutôt du côté des bactéries, du monde qu'il y a entre ça et ce dont il s'agit concernant ce que Freud énonce : les relations que l'inconscient révèle.
    Quels que soient les trébuchements auxquels lui-même a pu succomber dans cet ordre, ce que Freud révèle dans le fonctionnement de l'Inconscient n'a rien de biologique. Cela n'a le droit de s'appeler sexualité que parce qu'on appelle rapport sexuel complètement légitime d'ailleurs, jusqu'au moment où on se sert de sexualité pour désigner autre chose, à savoir
ce que l'on étudie en biologie, à savoir le chromosome et sa combinaison,  XY, XX, XXY, cela n'a absolument rien à faire avec ce dont il s'agit qui a un nom parfaitement énonçable et qui s'appelle les rapports de l'homme et de la femme.
    Il convient de partir de ces deux termes avec leurs sens pleins, avec ce que cela comporte de relations parce qu'il est très étrange quand on voit les petits essais timides, comme ça, que les gens font pour penser à l'intérieur des cadres d'un certain appareil qui est celui de l'institution psychanalytique, on s'aperçoit que tout n'est pas réglé par les ébats de ce qu'on nous donne comme conflictuel et ils voudraient bien autre chose : du non-conflictuel, ça repose. Et alors, là ils s'aperçoivent par exemple de ceci, c'est qu'on n'attend pas du tout la phase phallique pour distinguer une petite fille d'un petit garçon. Ce n'est pas du tout pareil. Ils s'émerveillent de ça. Et alors, je vous le signale, parce que d'ici que je me retrouve en enseignant au mois de février, le deuxième mercredi de février, vous aurez peut-être eu le temps de lire quelque chose, [...]
2. enfin, ça fera monter le tirage, qui s'appelle Sex and Gender ; c'est en anglais. C'est d'un nommé Stoller.3
C'est très intéressant à lire, à deux points de vue, d'abord parce que ça donne sur un sujet important celui des transsexualistes un certain nombre de cas très bien observés avec leurs corrélats familiaux. Vous savez peut-être que le transsexualisme, ça consiste très précisément en un désir très énergique de passer par tous les moyens à l'autre sexe, fût-ce à se faire opérer quand on est du côté mâle.
    Voilà. Ce transsexualisme avec les coordonnées, les observations qui sont là, vous y apprendrez certainement beaucoup de choses, car ce sont des observations tout à fait utilisables. Vous y apprendrez également ceci, le caractère complètement inopérant de l'appareil dialectique avec lequel l'auteur de ce livre traite ces questions, et qui font que surgissent tout à fait directement les plus grandes difficultés qu'il rencontre pour expliquer ces cas.
   
Une des choses les plus surprenantes, c'est que la face psychotique de ces cas est complètement éludée par lui, faute bien entendu de tout repère, la fonction lacanienne ne lui étant jamais parvenue aux oreilles, ce qui explique tout de suite et très aisément la forme de ces cas, mais qu'importe.
    L'important est ceci : c'est que pour parler d'identité de genre, ce qui n'est rien d'autre que ce que je viens d'exprimer dans ces termes, l'homme et la femme, il est clair que la question n'est posée de ce qui en surgit précocement qu'à partir de ceci qu'à l'âge adulte, il est du destin des êtres parlants de se répartir entre homme et femme et que pour comprendre l'accent qui est mis sur ces choses, sur cette instance, il faut se rendre compte que ce qui définit l'homme, c'est son rapport à la femme et inversement ; que rien ne nous permet dans ces définitions de l'homme et de la femme de les abstraire de l'expérience parlante complète jusques et y compris dans les institutions où elle s'exprime, à savoir le mariage.
    Si on ne comprend pas qu'il s'agit à l'âge adulte de
faire homme, que c'est cela qui constitue la relation à l'autre partie, que c'est à la lumière, au départ, en partant de ceci qui constitue une relation fondamentale qu'est interrogé tout ce qui dans le comportement de l'enfant peut être interprété comme s'orientant vers ce "faire homme" par exemple, et que de ce "faire homme" l'un des corrélats essentiels, c'est de faire signe à la fille qu'on l'aime. Que nous nous trouvons pour tout dire placés d'emblée dans la dimension du semblant et aussi bien tout en témoigne, y compris les références, qui sont communes, qui traînent partout, à la parade sexuelle chez les mammifères, supérieurs principalement, mais aussi chez, dans un très très grand nombre de vues que nous pouvons avoir très, très loin, dans le phylum animal, qui montrent le caractère essentiel dans le rapport sexuel de quelque chose qu'il convient parfaitement de limiter au niveau où nous le touchons, qui n'a rien à faire ni avec un niveau cellulaire qu'il soit chromosomique ou pas, ni avec un niveau organique, et qu'il s'agisse ou non de l'ambiguïté de tel ou tel tractus concernant la gonade, c'est à savoir un niveau éthologique qui est celui-ci, celui proprement d'un semblant.
    C'est en tant que le mâle, le mâle le plus souvent, la femelle n'en est pas absente puisqu'elle est précisément le sujet qui est atteint par cette parade, c'est en tant qu'il y a parade que quelque chose qui s'appelle copulation sexuelle sans doute dans sa fonction, mais qui est statuée d'éléments d'identité particuliers, il est certain que le comportement sexuel humain trouve référence aisément dans cette parade telle qu'elle est définie au niveau animal. Il est certain que le comportement sexuel humain consiste dans un certain maintien de ce semblant animal.
    La seule chose qui l'en différencie, c'est que ce semblant soit véhiculé dans un discours et que c'est à ce niveau de discours, à ce niveau de discours seulement qu'il est porté vers, permettez-moi, quelque effet qui ne serait pas du semblant. Cela veut dire qu'au lieu d'avoir l'exquise courtoisie animale, il arrive aux hommes de violer une femme ou inversement. »

 

« Faire homme c'est […] faire signe à la fille qu'on aime »

Mais alors « faire femme » qu'est-ce que c'est ? Serait-ce d'accepter ce signe par un oui ou par un non, comme le suggère la suite, à savoir la possibilité de franchissement d'une limite, celle du viol ?

Tout repose donc entre les hommes et les femmes sur cette question du « faire signe » et ouvre sur une seconde, la différence qui existe entre un signe et un signifiant.

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26 mai 2020

Les rêves de ce chapitre IV intitulé La défiguration onirique

 

 

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Il y a beaucoup de rêves regroupés dans ce chapitre IV de l'Interprétation du rêve et je trouve qu'il est difficile de retrouver la façon dont Freud poursuit sa démonstration du rêve comme satisfaction de désir.

Il me semble, qu'à part justement le premier rêve, celui de l'oncle Joseph, qui sert à démontrer la fonction de deux instances s'opposant l'une à l'autre, avec donc l'apparition de la censure qui est responsable de la défiguration, du camouflage du rêve, tous les autres rêves peuvent être regroupés sous la rubrique «  anti-rêves de désir ».

Parmi eux, certains essaient de prouver que Freud a tort en proposant sa définition du rêve comme étant satisfaction d'un désir. Sont de cet ordre les rêves marqués d'un astérisques.

En tout cas, tous répondent à cette définition «  Le non-accomplissement d'un désir signifie la satisfaction d'un autre »

Je les ai tous regroupés :

- Le rêve de l'oncle Joseph

- Le rêve de la belle bouchère*

- le rêve de celle qui ne voulait pas passer ses vacances avec sa belle-mère*

- Le rêve de l'ami d'enfance de Freud où il perd tous ses procès *

- Les deux rêves de mort d'enfant.

- Le rêve du juriste qui est arrêté comme criminel au petit matin

- Le rêve du médecin qui a des ennuis avec ses déclarations de revenus

- Un rêve masochiste d'un homme qui a beaucoup tourmenté son frère

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18 mai 2020

L'hystérie ou l'art de « saisir le symptôme de l'autre au vol »

 

 

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A propos de ce rêve de la belle bouchère, quand Freud évoque l'identification hystérique au désir de l'Autre, au symptôme de l'Autre, cette troisième forme d'identification, j'ai repensé au fait que dans un texte tardif « Joyce le symptôme, dans sa version II, Lacan parle de l'hystérie de Socrate et de la façon dont il saisissait dit-il « le symptôme de l'autre au vol » mais, ce qui a surtout retenu mon attention, c'est que dans sa phrase il étend cette aptitude à l'analyste.

Lui aussi, l'analyste, doit savoir saisir le symptôme de l'autre au vol pour pouvoir l'interpréter. Il fait ainsi de Socrate, en une seule phrase, le modèle de tous les hystériques mais aussi de tous les analystes.

 

« Socrate, parfait hystérique, était fasciné du seul symptôme saisi de l’autre au vol. Ceci le menait à pratiquer une sorte de préfiguration de l’analyse. Eût-il demandé de l’argent pour ça au lieu de frayer avec ceux qu’il accouchait que c’eût été un analyste, avant la lettre freudienne. Un génie quoi ! 

Le symptôme hystérique, je résume, c’est le symptôme pour LOM de s'intéresser au symptôme de l’autre comme tel : ce qui n’exige pas le corps à corps. Le cas de Socrate le confirme, exemplairement.»

 

Je trouve très belle cette expression de l'hystérie comme étant, en somme, l'art de saisir le symptôme de l'autre au vol. Or c'est ce que fait Freud en saisissant le symptôme de la belle bouchère au vol en repérant qu'elle s'est identifiée à son amie, en substituant, au titre de désir insatisfait, son désir de caviar à celui du désir de saumon de son amie.

Il a certes saisi ce symptôme, tout comme un hystérique, mais de plus il l'a interprété, tout comme Socrate : «  Elle se met à la place de son amie parce que celle-ci se met à sa place auprès de son mari et qu'elle aimerait prendre sa place dans l'estime de son mari ».

 

Un analyste doit donc, non seulement se servir en quelque sorte de son hystérie, de sa capacité à saisir le symptôme, mais aussi de retrouver en somme la raison inconsciente de ce symptôme partagé. En l'occurrence dans ce rêve, la jalousie de la belle bouchère à l'égard de son amie dans sa relation avec son mari.

Je trouve que, dans ce rêve, le désir de la belle bouchère dans son lien au désir de Freud est un peu élidé. Il ne mentionne que son désir de lui démontrer qu'il a tort dans sa définition du rêve comme étant la réalisation d'un désir, mais Freud note quand même, comme en passant, qu'il connaît aussi l'amie de la bouchère et son désir insatisfait de saumon. N'y aurait-il pas aussi un brin de jalousie à l'idée des liens de Freud avec son amie ? Nous n'en saurons rien mais le milieu viennois, celui où Freud travaillait et avait ses amis était assez restreint. On le découvre par exemple, à l'occasion de l'analyse du rêve de l'injection faite à Irma, se sont ses amis qui lui donnent des nouvelles d'Irma, son analysante et amie.

 

A propos de Socrate ainsi nommé premier analyste mythique, avant même l'invention freudienne, par son art de saisir le symptôme de l'autre au vol, j'ai failli aller relire le Banquet de Platon et le célèbre dialogue de Socrate et d'Alcibiade, pour aller le vérifier, mais je me suis arrêtée en chemin. Ce sera pour une autre fois.

En attendant, est-ce que cette approche de l'hystérie dans l'analyse n'illustre pas, et magistralement je trouve, ce qu'affirmait Lacan qu'à la fin d'une analyse on pouvait savoir y faire avec son symptôme ? 1

 

 

 



1L'Insu que sait de l'une bévue s'aile amourre, séance du 16 novembre 1976.

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02 février 2020

Premières notes sur le rêve de l'injection faite à Irma

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Le rêve dit de l'injection faite à Irma occupe une place toute spéciale dans la théorie analytique puisque Freud l'a utilisé comme un premier exemple de ce qu'est l'interprétation d'un rêve, pour démontrer qu'il a un sens. Mais il s'empresse tout aussitôt d'ajouter dans une note de bas de page qu'il s'est bien gardé de tout révéler. Il écrit «  Je n'ai presque jamais communiqué l'interprétation complète à laquelle j'avais pu parvenir pour un rêve personnel. J'avais sans doute raison de ne pas trop me fier à la discrétion des lecteurs. »

Qu'il ne nous a pas tout révélé c'est tout à fait flagrant dans l'analyse qu'il nous propose de ce rêve mais comme un rêve ne peut être déchiffré que par rapport à la langue maternelle dans laquelle il a été rêvé, le texte de ce rêve ne peut donc être approché au plus près qu'avec l'allemand.

Traum vom 23./24. Juli 1895

Eine große Halle – viele Gäste, die wir empfangen. – Unter ihnen Irma, die ich sofort beiseite nehme, um gleichsam ihren Brief zu beantworten,ihr Vorwürfe zu machen, daß sie die »Lösung« noch nicht akzeptiert. Ich sage ihr: Wenn du noch Schmerzen hast, so ist es wirklich nur deine Schuld. – Sie antwortet: Wenn du wüßtest, was ich für Schmerzen jetzt habe im Hals, Magen und Leib, es schnürt mich zusammen. – Ich erschrecke und sehe sie an. Sie sieht bleich und gedunsen aus; ich denke, am Ende übersehe ich da doch etwas Organisches. Ich nehme sie zum Fenster und schaue ihr in den Hals. Dabei zeigt sie etwas Sträuben wie die Frauen, die ein künstliches Gebiß tragen. Ich denke mir, sie hat es doch nicht nötig. – Der Mund geht dann auch gut auf, und ich finde rechts einen großen weißen Fleck, und anderwärts sehe ich an merkwürdigen krausen Gebilden, die offenbar den Nasenmuscheln nachgebildet sind, ausgedehnte weißgraue Schorfe. – Ich rufe schnell Dr. M. hinzu, der die Untersuchung wiederholt und bestätigt... Dr. M. sieht ganz anders aus als sonst; er ist sehr bleich, hinkt, ist am Kinn bartlos... Mein Freund Otto steht jetzt auch neben ihr, und Freund Leopold perkutiert sie über dem Leibchen und sagt: Sie hat eine Dämpfung links unten, weist auch auf eine infiltrierte Hautpartie an der linken Schulter hin (was ich trotz des Kleides wie er spüre)... M. sagt: Kein Zweifel, es ist eine Infektion, aber es macht nichts; es wird noch Dysenterie hinzukommen und das Gift sich ausscheiden... Wir wissen auch unmittelbar, woher die Infektion rührt. Freund Otto hat ihr unlängst, als sie sich unwohl fühlte, eine Injektion gegeben mit einem Propylpräparat, Propylen... Propionsäure... Trimethylamin (dessen Formel ich fettgedruckt vor mir sehe)... Man macht solche Injektionen nicht so leichtfertig... Wahrscheinlich war auch die Spritze nicht rein.

 Techniquement on peut s'apercevoir dans le texte de ce rêve que Freud souligne toujours en les mettant soit entre guillemets, soit en caractères gras, les mots qui ont pour lui de l'importance. C'est le cas de « Losung », la solution qui joue de l'équivoque solution d'un problème et solution du produit mis dans la seringue sale puis de la Trimethylamin. Mais en lisant le texte de ce rêve à notre tour nous pouvons nous aussi porter attention à deux autres mots qui ne sont pas non plus sans rapport avec les deux premiers, à savoir Injektion et Infektion. C'est quand même de cela dont il est question tout au long de ce rêve et de son interprétation.

 Par rapport à toutes les questions que je me suis posée à propos notamment des deux rêves de Maury, sur le fait de savoir si on pouvait déjà considérer comme signifiants des mots qu'on pouvait repérer dans le contenu manifeste du rêve comme ces « gilolo », « loto » et « Kilo », avec ce « Losung » souligné par Freud, il me semble qu'on peut répondre par l'affirmative.

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14 décembre 2019

La pauvre psyché mise sous curatelle

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Comme ce dernier paragraphe de ce chapitre C, intitulé « Stimuli et sources du rêve », est important et assez complexe, je l'ai gardé, si on peut dire, pour la bonne bouche. Je trouve de plus que son déchiffrage n'est pas facile.

Je reprends le texte p. 77 de la traduction Levebvre. «  Nous découvrirons plus tard que l'énigme de la formation du rêve peut être résolue par la mise au jour d'une source de stimulation psychique insoupçonnée. Pour l'instant et provisoirement nous n'allons pas nous étonner de la surestimation des stimuli de la formation du rêve qui ne procèdent pas de la vie psychique. Ce n'est pas seulement qu'eux seuls soient faciles à trouver et même à confirmer expérimentalement ; la conception somatique de la genèse du rêve correspond de bout en bout à l'orientation de la pensée dominante aujourd'hui dans la psychiatrie. Certes la domination qu'exerce le cerveau sur l'organisme est soulignée de manière on ne peut plus expresse, mais tout ce qui pourrait prouver une indépendance de la vie psychique par rapport à des modifications organiques démontrables, où une dimension spontanée dans ses expressions, effraie nos psychiatres d'aujourd'hui, comme si en le reconnaissant on allait faire revenir les beaux jours de la philosophie de la nature et de l'âme des métaphysiciens.

J'avoue ne pas trop savoir ce qui pourrait ainsi effrayer nos psychiatres par rapport à cette philosophie. Mais Freud semble faire aux psychiatres encore un autre grief celui de mettre la psyché sous curatelle, comme si en somme elle était elle-même une malade mentale incapable d'être autonome et responsable :

«  La méfiance du psychiatre a en quelque sorte mis la psyché sous curatelle et exige maintenant qu'aucune de ses émotions ne trahissent une faculté qui lui serait propre. Mais cette attitude ne témoigne de rien d'autre que d'une confiance infime dans la validité de l'enchaînement causal qui se déploie entre le corporel et le psychique. Même quand le psychique s'identifie pour le chercheur comme étant le déclencheur primaire d'un phénomène, une investigation plus approfondie finira bien par trouver le moyen de prolonger la voie qui aboutit au fondement organique du psychique. Cela étant, quand bien même le psychique devrait par force signifier le terminus pour la connaissance qui est la nôtre aujourd'hui, ce n'est pas pour autant qu'il faut le nier. »

J'ai été regarder comment ce passage à été traduit dans l'autre traduction, celle de Meyerson : « une pareille attitude témoigne d'une confiance médiocre dans la solidité de l'enchaînement causal entre le corps et l'esprit. Souvent là où le psychique paraît être la cause primaire d'un phénomène, une recherche plus profonde arrive à en découvrir les fondements organiques. Mais il ne faudrait pas dissimuler le psychique là où il semble être, l'aboutissement momentané de nos connaissances. »

Les deux traductions semblent contradictoires à propos des liens de causalité entre le psychique et l'organique. Néanmoins elles en arrivent à la même conclusion : Le psychique serait donc pour Freud ce point de butée de la connaissance, celui à partir duquel peut surgir le rêve ou le symptôme comme trace d'un autre savoir, le savoir inconscient.

A ce propos, on peut se rappeler que Freud a déjà écrit, à cette époque, les Etudes sur l'hystérie et que de même il a traduit en allemand, les Leçons du Mardi de Charcot, ce dénommé Charcot qui pratiquait des autopsies à la mort des sujets hystériques dans l'espoir de trouver des lésions anatomiques sources de cette hystérie.

Par contre, Freud n'a pas encore écrit ses Trois essais sur la théorie de la sexualité qui datent de 1905, là où les liens entre l'organique et le psychique commencent à se préciser pour lui, avant d'aboutir bien longtemps après à la théorie des pulsions.

En attendant dans ce modeste paragraphe de l'Interprétation du rêve nous découvrons une belle charge contre les psychiatres de son temps qui étaient indifférents, si ce n'est hostiles, à la portée de la découverte freudienne.

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06 décembre 2019

Note sur le Réel comme la rencontre de la structure de l'analyste

 

 

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Dans un des premiers textes où Lacan évoque les trois registres qu'il a spécifié du Symbolique, de l'Imaginaire et du réel, texte qui date de 1953, nous avons la surprise de constater qu'il définit le réel dans ce contexte, par la rencontre de ce qu'il appelle «  la structure de l'analyste ». Or je ne vois pas trop comment la définir si ce n'est qu'il ne peut s'agir que de la structure de la névrose de l'analyste. Mais est-ce si étonnant ? Dans un séminaire plus tardif celui de l'Angoisse, Lacan avait longuement commenté le compte-rendu d'une analyse effectuée par Lucie Tower. Elle y racontait comment, dans cette analyse, elle avait remis en jeu sa propre situation œdipienne, par rapport à ses objets parentaux et donc toute la structure de sa névrose.  Elle avait réussi, en prenant conscience de ce fait, à s'en dégager et en dégager surtout son analysant. Or c'est à ce propos que Lacan y souligne l'émergence de ce qu'il a appelé « désir du psychanalyste ».

 Voici donc ce passage du texte « Symbolique, imaginaire et réel » :

 DR LIEBSCRUTZ–(C'est Serge Leclaire) « Vous nous avez parlé du symbolique de l’imaginaire. Mais il y avait le réel, dont vous n’avez pas parlé.

 DR LACAN–J’en ai tout de même parlé quelque peu. Le réel est ou la totalité, ou l’instant évanoui...Dans l’expérience analytique pour le sujet, c’est toujours le heurt à quelque chose, par exemple: le silence de l’analyste.

J’aurais dû dire que, tout de même, il se produit quelque chose que j’ai ajouté seulement à la fin. Il se produit tout de même, à travers ce dialogue, quelque chose qui est tout à fait frappant, sur lequel je n’ai pas pu insister, c’est-à-dire, c’est un des faits de l’expérience analytique qui vaudrait, à soi tout seul, beaucoup plus qu’une communication. On doit poser la question sous cet angle: comment se fait-il...? (je prends un exemple tout à fait concret), qu’à la fin de l’analyse des rêves... (je ne sais pas si j’ai dit ou non qu’il sont composés comme un langage... effectivement, dans l’analyse, ils servent de langage. Et un rêve en milieu ou en fin de l’analyse c’est une partie du dialogue avec l’analyste...). Eh bien, comment se fait-il que ces rêves (et bien d’autres choses encore: la façon dont le sujet constitue ses symboles...) portent quelque chose qui est la marque absolument saisissante de la réalité de l’analyste, à savoir: de la personne de l’analyste telle qu’elle est constituée dans son être? Comment se fait-il qu’à travers cette expérience imaginaire et symbolique on aboutisse à quelque chose qui, dans sa dernière phase, est une connaissance limitée, mais frappante, de la structure de l’analyste? C’est quelque chose qui à soi tout seul pose un problème que je n’ai pas pu aborder ce soir. »

 

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02 novembre 2019

Un rêve de Freud, le rêve du médecin borgne

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 Parmi les rêves qu'il décrit comme étant "hypermnésiques",  se trouve le premier des rêves de Freud. Je l'appelle « le rêve du médecin borgne »1. Il précède le célèbre rêve de l'injection faite à Irma.

Voici le texte de ce rêve tel qu'il nous le rapporte : «  Je voyais une personne dont je savais qu'elle était le médecin de mon pays natal. Son visage était indistinct et se confondait avec celui d'un de mes professeurs de mon lycée que je rencontre encore aujourd'hui. Réveillé, je ne pus découvrir quel rapport unissait ces deux personnages. Je parlais à ma mère de ce médecin, j'appris qu'il était borgne ; Le professeur dont le visage se confondait dans mon rêve avec celui du médecin l'était aussi. Il y avait trente huit ans que je n'avais plus vu ce médecin et jamais à ma connaissance je n'avais pensé à lui, durant la veille, bien qu'une cicatrice au menton eût dû me rappeler une de ses interventions. »

Ce rêve en tant que tel, n'est pas du tout interprété, cependant, parce que c'est un rêve de Freud, il nous met déjà sur la voie de son interprétation, avec la dernière phrase de son texte, à propos de la cicatrice au menton qui aurait dû lui rappeler une de ses interventions.

En effet, Lacan dans son séminaire le désir et son interprétation, au moment où il analyse le grand rêve de l'analysant d'Ella Sharpe, le rêve dit du chaperon, indique que tout ce qui accompagne le récit du rêve, ses commentaires font déjà partie intégrante de son contenu latent, de son énonciation.

On pourrait donc inscrire sur un graphe du désir, ce rêve de Freud, avec son contenu manifeste, sur la chaîne signifiante du bas, sur la ligne de l'énoncé et inscrire comme rejoignant la ligne du haut, son petit commentaire concernant sa cicatrice au menton, trace de l'intervention très probablement castratrice du médecin de famille.

 Voici le graphe du désir tel que Lacan le décrit à propos du rêve du chaperon

 

 

 commentaires du rêve

 

Et voici le graphe du rêve de Freud

 

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1L'interprétation des rêves, traduction.Meyerson, p. 24.

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14 mars 2019

Mon nouveau livre "Trois boutures de jasmin" 

couverture Trois boutures

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03 juillet 2017

Les orthographes du désir ( mon nouveau livre)

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Un viens-avec-moi du graphe du désir : mon nouveau livre

 Ce serait sympa de m'aider à le diffuser !

orthogaphe couverture

 

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