25 décembre 2005
« Gardez ceci, qui est le plus aimé »
La langue française porte encore maintes traces de l’oeuvre de Rabelais, telles ces expressions : un appétit gargantuesque, un repas pantagruélique, un rire rabelaisien. Tous les plaisirs du corps y sont évoqués avec truculence, plaisirs urinaires, n’oublions pas que Gargantua avait noyé tous les parisiens en pissant du haut des tours de Notre-Dame, plaisirs de la bonne chère et du vin mais aussi plaisirs du sexe.
Certes depuis mai 68, la libération des mœurs et la découverte de moyens contraceptifs efficaces ont modifié les rapports entre les hommes et les femmes mais les ont-elles pour autant simplifiés et surtout améliorés ? Rien n’est moins sûr. Aussi l’évocation de l’éthique rabelaisienne qui place le Souverain Bien au niveau des braies et des braguettes peut-elle nous être, dans cette approche, de quelque secours pour redonner tout son poids et ses pouvoirs de séduction non pas à l’organe masculin en tant que tel mais à son symbole, celui qui était célébré aux temps des divins mystères, sous la forme d’un phallus érigé.
Comme nous le rappelle, fort justement, Rabelais, déplaçant légèrement l’objet en question, « Sans la tête, c’est l’homme qui disparaît mais sans les couilles c’est toute la nature humaine ».
En recentrant ainsi la question des rapports entre les sexes autour de ce symbole, il en fait ainsi un objet d’intérêt qui leur est commun. En témoigne cette gente dame rabelaisienne.
« Celle qui vit son mari tout armé,
Sauf la braguette, aller en escarmouche,
Lui dit : « Ami ; de peur qu’on ne vous touche,
Armez cela qui est le plus aimé. »
Quoi ? Tel conseil doit-il être blâmé ?
Je dis que non : car sa peur la plus grande
Etait de perdre, le voyant animé,
Le bon morceau dont elle était friande. »
Comme chacun peut le constater, Socrate n’était donc pas le seul à s’y connaître, concernant les choses de l’amour. Rabelais aussi. Il les mettait à leur juste place : dans les braies et les braguettes.
Mais dans le champ de la psychanalyse, nous pouvons pousser plus loin cette approche rabelaisienne. C’est bien connu, les poètes devancent souvent les psychanalystes et est-ce qu’avec « ce bon morceau dont elle était friande » nous ne glissons pas de l’objet viril à l’objet oral, cet objet primordial, le sein? La friandise, la gourmandise nous évoquent en effet tous les plaisirs de la bouche. Ainsi est évoqué ce que Lacan dans son algèbre, nommera objet, « objet petit a ».
(J’ai emprunté ce symbole phallique ainsi figuré à ce site :
http://www.apol.net/dightonrock/3_meaning_of_colon.htm)
Commentaires
bonne
idée, un blog sur la psychanalyse..... merci pour Rabelais
interessant
n'ayant aucune initiation dans ce domaine, j'apprécie ce blog qui devrait me permettre de faire mes premiers pas dans ce monde
merci
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