04 janvier 2006
Le désir de la petite fille de combler sa mère
Dans son texte "Histoire du développement du complexe d'Œdipe chez la femme", de 1927, Jeanne Lampl de Groot se réfère aux deux textes de Freud, "Le déclin du complexe d'Œdipe" et "Quelques conséquences psychologiques de la différence anatomique entre les sexes" pour reprendre ce qu’il dit de l'Œdipe féminin et surtout y mettre son grain de sel, à l'aide de deux histoires cliniques.
Je vous retranscris le souvenir du rêve d’une analysante telle que le raconte Jeanne Lampl de Groot, rêve qu’elle avait fait alors qu’elle était âgée de quatre ans. Elle avait mouillé son lit en même temps qu'elle rêvait d'avoir comblé sa mère.
« Elle est au lit, couchée auprès de sa mère, elle éprouve alors un sentiment de béatitude suprême ; sa mère disait c’est bien cela, c’est bien ainsi que cela devrait être. » La patiente s’éveille alors et s’aperçoit qu’elle a uriné dans son lit ; elle en est extrêmement déçue et se sent très malheureuse ».
Ce texte précise bien lui aussi ce qu'il en est de l'arrêt de la masturbation liée au complexe de castration, pour la petite fille, mais d'autre part évoque aussi la fréquence des fantasmes de prostitution.
L'installation de l'amour pour le père est introduite par le complexe de castration, "c'est à dire qu'il entre en jeu après que la petite fille a perçu la différence entre les sexes et qu'elle a accepté la réalité de sa propre castration".
Or c'est en abandonnant son lien pré-oedipien à sa mère, celui où elle se comportait comme un "petit homme", que la petite fille abandonne également la masturbation phallique.
"Dans les premières années de son développement … la fille se comporte exactement comme le garçon non seulement par rapport à l'onanisme mais aussi dans sa vie psychique ; dans son besoin d'amour et dans son choix d'objet elle est vraiment un petit homme. Après avoir découvert et pleinement accepté le fait accompli de la castration, la fille doit de gré ou de force, renoncer une fois pour toute à la mère comme objet d'amour et par là, renoncer à ce que son besoin d'amour, la pousse à conquérir d'une manière active de même qu'à l'onanisme clitoridien…"
Trois destins sont possibles
- l'acceptation qui la pousse vers son père et transforme son envie de pénis en désir d'enfant.
- le déni, le démenti de la castration et là Jeanne Lampl de Groot évoque l'histoire de la jeune fille homosexuelle racontée par Freud,
- la sublimation de toutes ces composantes actives avec renoncement à toute activité sexuelle.
"Comme troisième issue possible, écrit Jeanne Lampl de Groot, on peut observer le fait que la femme ait des relations avec un homme mais sans cesser pourtant de rester intérieurement attachée à son premier objet d'amour : la mère. Elle est obligatoirement frigide dans les rapports sexuels parce qu'elle ne désire pas le père ou son substitut mais la mère.
Les fantasmes de prostitution si fréquents chez la femme donnent un éclairage tant soit peu différents à nos considérations. D'après notre manière de voir, ils seraient un acte de vengeance à l'encontre de la mère plutôt que du père. On pourrait expliquer de façon analogue le fait que les prostituées soient si souvent des homosexuelles, manifestes ou latentes, c'est à dire : la prostituée se tourne vers l'homme pour se venger de sa mère, mais elle ne fait pas preuve d'un abandon passif, elle fait plutôt preuve d'une activité masculine ; elle conquiert l'homme dans la rue, le castre en lui prenant son argent, et fait ainsi d'elle-même le partenaire masculin dans l'acte sexuel et lui réserve le rôle féminin."
Je rajouterai même ceci, ce faisant, par ces fantasmes de prostitution, les femmes s'emparent de ces phallus anonymes, ceux de ces hommes rencontrés, pour les dédier, les offrir à la mère… faute de mieux.
Ces fantasmes de prostitution si fréquents mériteraient plus d'attention. Hélène Deutsch elle aussi les a étudiés, et elle en dit beaucoup de choses très intéressantes notamment sur le rôle que vient jouer le père dans ces fantasmes. Il est celui qui sauve la fille de tous ces dangers, tandis que la mère, elle, joue dans ces fantasmes, le rôle de la mère maquerelle, la grande maîtresse de ce bordel oedipien.
Les deux textes de Jeanne Lampl de Groot se trouvent dans un recueil qui a pour nom "souffrance et jouissance". Il est très intéressant.
Celui d'Hélène Deutsch décrivant ces mêmes fantasmes de prostitutionse trouve dans "psychologie des femmes ».
Commentaires
un cas de figure ?
je viens de lire rapidement - sic - votre article - je dis rapidement, car je cherche quelque chose que je ne trouve pas, comme je voudrais..
à la suite d'une discussion avec des amis, je me suis mise à décrire une posture du désir - de l'attraction chez moi, dès l'âge de 2, 3 ans, qu'exerçaient à la fois les bébés garçons : vue de leur sexe, intérêt, toucher, et flash fou lors l'irruption d'un homme dans mon territoire de petite fille - mangeant sa soupe, etc...
j'ai dû expliquer à mes amis avec vigueur cette attraction très forte, une émotion très vive.
Une amie m'interroge : mais ça signifiait donc que c'était du désir, de la libido - et moi, niant :
mais non ! je ressentais d'abord l'émotion, le trouble, le désordre que cela causait dans ma petite vie... à 2, 3 ans, je ne pouvais pas mettre des mots là-dessus, quant aux fantasmes ?
Emotion, émotion, vous dis-je, d'abord !
En revanche, voilà que je raconte le doublet :
je détestais être vue, nue, férocement, impossible de mettre un bikini sur une plage... je ressentais le regard de l'homme comme très intrusif et pénétrant. j'évoque ces crises pas possibles, j'avais 4, 5 ans, sur la plage. c'était comme si
je refusais tout désir dans le regard de l'homme : c'était déjà presque comme un "viol".
je ne voulais pas que l'homme me surprenne... tandis que je continuais à ressentir des troubles aussi vifs,en effet , même à la période de latence.
A ce moment de la description "phénoménologique", j'ai refusé toute interprétation.
Comme si les interprétations des uns et des autres me paraissent encore maintenant des choses apprises, des vues de l'esprit, des constructions toutes faites.
Je veux chercher encore par moi-même !
Drôle d'idée, Non ?
Nous avons aussi parlé du viol : là aussi, force est de constater que depuis quelques années et tant mieux, les langues se sont déliées : il apparaît pratiquement, que parmi les filles de ma génération ( baby-boom), une fille sur trois, dans mon entourage prétend avoir eu des rapports incestueux avec son père.
De mon côté, et je dis que c'est différent, et que c'est encore une autre sorte de traumatisme, ce n'est pas le viol avec pénétration que j'ai connu - mais de la part d'un ami professeur de mon père, j'avais 7 ans : une séance où cet homme a porté ma main sur son sexe à lui -
et non du tout sur le mien - mais bien sur le sien - le soir même, j'ai tout raconté à ma mère - et je n'ai plus reu cet homme - mais pendant un an et plus, j'étais obsédée par les braguettes des hommes et je souffrais bien entendu de cette obsession dont je parlais à ma mère.
voici donc quelques témoignages personnels qui vous intéresseront peut-être - et puis pourquoi pas, émettre encore des hypothèses, des suggestions, des questions
merci de votre attention
dodo
Re U
"Je n'ai plus Re U cet homme"…
?
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