28 février 2006
Protestation concernant le projet de loi sur la délinquance
Ce matin, à la pharmacie de mon village, une femme venait chercher de
Une pétition a circulé ces jours-ci avec appel à la signer. Elle portait sur le projet de loi concernant la prévention de la délinquance. Comme j’approuve entièrement le contenu de cette pétition. Je la mets en page dans le contexte de ce livre bleu de la psychanalyse.
Ce n’est pas la prévention de la délinquance en elle-même que je mets en cause, mais les appuis « scientifiques » qu’elle a choisi de privilégier pour la mettre en place.
En effet avant de signer cette pétition je me suis assurée de son bien-fondé et j’ai lu de près, d’une part le rapport Bénisti, qui rend compte de ce projet de loi, et surtout ce fameux rapport de l’INSERM sur lequel il prend appui. Il vaut tout à fait la peine de le lire de bout en bout. Il s’agit en effet - ceux qui le liront pourront le constater - d’un véritable délit, non pas de faciès, comme on dit, mais de gènes voire de localisations cérébrales censés inscrire un petit sujet dans son destin irrémédiable de délinquance. Sous de bonnes intentions, celles de mesures de prévention, il est en effet difficile de ne pas y voir des relents de racisme qui échappent tout à fait aux auteurs de ce rapport basé sur les neuro-sciences.
Les problèmes de délinquance sont réels et ne peuvent être sous-estimés. Mais il serait plus judicieux de les aborder par une extension du champ de la psychanalyse au champ du politique, ce qu’aussi bien Freud que Lacan avait proposé. La mise en place de moyens de prévention prenant appui sur ce qu’il en est de l’insertion de chaque petit sujet dans l’ordre symbolique, insertion prenant appui sur la fonction du père, ce que Lacan a appelé la métaphore paternelle. Reconnaître comment elle rudement mise à mal et dans la famille et dans le champ social et trouver moyens d’y remédier, serait une façon efficace de prendre à bras le corps ce grave problème et de trouver des solutions adéquates pour tenter de le résoudre au mieux.
Voici le texte de cette pétition qui vaut tout à fait la peine d’être signée pour faire prendre conscience à nos gouvernants des dangereux chemins qu’ils sont entrain d’emprunter.
Appel en réponse à l’expertise INSERM sur le trouble des conduites chez l’enfant
Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans [1]
Le gouvernement prépare actuellement un plan de prévention de la délinquance qui prône notamment une détection très précoce des « troubles comportementaux » chez l’enfant, censés annoncer un parcours vers la délinquance. Dans ce contexte la récente expertise de l’INSERM, qui préconise le dépistage du « trouble des conduites » chez l’enfant dès le plus jeune âge, prend un relief tout particulier.
Les professionnels sont invités à repérer des facteurs de risque prénataux et périnataux, génétiques, environnementaux et liés au tempérament et à la personnalité. Pour exemple sont évoqués à propos de jeunes enfants « des traits de caractère tels que la froideur affective, la tendance à la manipulation, le cynisme » et la notion « d’héritabilité [génétique] du trouble des conduites ». Le rapport insiste sur le dépistage à 36 mois des signes suivants : « indocilité, hétéroagressivité, faible contrôle émotionnel, impulsivité, indice de moralité bas », etc. Faudra-t-il aller dénicher à la crèche les voleurs de cubes ou les babilleurs mythomanes ?
Devant ces symptômes, les enfants dépistés seraient soumis à une batterie de tests élaborés sur la base des théories de neuropsychologie comportementaliste qui permettent de repérer toute déviance à une norme établie selon les critères de la littérature scientifique anglo-saxonne. Avec une telle approche déterministe et suivant un implacable principe de linéarité, le moindre geste, les premières bêtises d’enfant risquent d’être interprétés comme l’expression d’une personnalité pathologique qu’il conviendrait de neutraliser au plus vite par une série de mesures associant rééducation et psychothérapie. A partir de six ans, l’administration de médicaments, psychostimulants et thymorégulateurs devrait permettre de venir à bout des plus récalcitrants. L’application de ces recommandations n’engendrera-t-elle pas un formatage des comportements des enfants, n’induira-t-elle pas une forme de toxicomanie infantile, sans parler de l’encombrement des structures de soin chargées de traiter toutes les sociopathies ? L’expertise de l’INSERM, en médicalisant à l’extrême des phénomènes d’ordre éducatif, psychologique et social, entretient la confusion entre malaise social et souffrance psychique, voire maladie héréditaire.
En stigmatisant comme pathologique toute manifestation vive d’opposition inhérente au développement psychique de l’enfant, en isolant les symptômes de leur signification dans le parcours de chacun, en les considérant comme facteurs prédictifs de délinquance, l’abord du développement singulier de l’être humain est nié et la pensée soignante robotisée.
Au contraire, plutôt que de tenter le dressage ou le rabotage des comportements, il convient de reconnaître la souffrance psychique de certains enfants à travers leur subjectivité naissante et de leur permettre de bénéficier d’une palette thérapeutique la plus variée.
Pour autant, tous les enfants n’en relèvent pas et les réponses aux problèmes de comportement se situent bien souvent dans le domaine éducatif, pédagogique ou social.
Cette expertise INSERM intervient précisément au moment où plusieurs rapports sont rendus publics au sujet de la prévention de la délinquance. On y lit notamment des propositions visant à dépister dès les trois premières années de leur vie les enfants dont l’« instabilité émotionnelle (impulsivité, intolérance aux frustrations, non maîtrise de notre langue) [va] engendrer cette violence et venir alimenter les faits de délinquance ». On assiste dès lors, sous couvert de « caution scientifique », à la tentative d’instrumentalisation des pratiques de soins dans le champ pédopsychiatrique à des fins de sécurité et d’ordre public. Le risque de dérive est patent : la détection systématique d’enfants « agités » dans les crèches, les écoles maternelles, au prétexte d’endiguer leur délinquance future, pourrait transformer ces établissements de lieux d’accueil ou d’éducation en lieux de traque aux yeux des parents, mettant en péril leur vocation sociale et le concept-même de prévention.
Professionnels, parents, citoyens, dans le champ de la santé, de l’enfance, de l’éducation, etc. :
Contact : contact@pasde0deconduite.ras.eu.org
Vous pouvez télécharger ce rapport de l'ISERM à l'adresse suivante :
http://ist.inserm.fr/basisrapports/trouble_conduites/trouble_conduites_syhttp://cirdel.lyon.free.fr/article.php3?id_article=16
nthese.pdf
et lire le rapport Benisti concernant ce projet de loi, à cette adresse : http://cirdel.lyon.free.fr/article.php3?id_article=16
Commentaires
Merci
Bonjour Liliane
Je vous remercie, car je n’avais pas eu encore l’occasion de lire la pétition.
Je la rejoins tout à fait et même elle me rassure.
Je vois qu’il ya un contact et je suppose que pour la signer je dois envoyer un mail à cette adresse : contact@pasde0deconduite.ras.eu.org ?
Amitiés
Ingrid
Bonjour, Pour être psychologue dans un établissement qui reçoit des adolescents handicapés, je peux vous dire que dans les déclenchements d'actes délictueux, il y a un préalable, qui est la forte culpabilité due à des fantasmes inconscients, qui incluent le père comme jouissant perversement du sujet. Seulement, cela n'y change rien de l'avoir entendu et le père de la vie n'a rien de quelqu'un d'absent. Freud et son texte sur les criminels par conscience de culpabilité, nous met sur la question de la cause, et pas sur la prophylaxie.
C'est pourtant cela qui nous est demandé par le corps social, de réguler ce qui n'est pas notre boulot...
Je ne sais pas trop.
A vous,
M.M.
délinquance
Oui, je comprends bien votre point de vue, mais il me semble que de repérer au moins les causes de la délinquance, comme étant liées à l'Oedipe, au sein de la famille, évite quand même de s'égarer vers d'autres causes, économiques et sociales qui ne viennent que se surajouter et compliquer les vraies causes. La prévention portant sur l'aide à apporter aux familles serait à ce moment-là la plus efficace si elle était prise en compte par exemple avec des équipes de psychologues ayant eux-mêmes une formation analytique, c'est à dire ayant fait l'expérience d'une analyse. Mais vous avez raison, il y a de quoi être pessimiste, voire très pessimiste. Cordialement. Liliane Fainsilber.
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=93175&pid=1442429
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :