Le livre bleu de la psychanalyse

Ce blog sera avant tout une invitation à la découverte de la psychanalyse. En contrepoint de ce livre noir, je propose ce livre bleu de la psychanalyse, bleu comme le ciel à travers les branches des oliviers de Provence ou bleu comme tes yeux, mais auss

01 juin 2006

Ces plaisirs de la bouche

n10fJ’ai regardé avec grand plaisir, même si c’est loin d’être la première fois, ce film « Le Festin de Babette ». Tous les portraits  de ces paysans d’un village isolé du Danemark sont magnifiques. Ils font penser à ces tableaux de facture ancienne, aux couleurs un peu éteintes mais distinguées. De même les fruits et les légumes de la cuisine de Babette sont autant de belles natures mortes, un plaisir pour les yeux. Nous assistons à la préparation de  ce festin et à sa dégustation par des invités affreusement ignorants de cet art de la table et qui pourtant se révèleront être sensibles à ces agapes inconnues d’eux. Seul, un invité surprise, qui, lui, vient de la ville,  est  à même d’apprécier la haute qualité des mets et des vins proposés. Les noms des plats et des vins sont eux aussi choisis avec soin et, par leur poésie,  nous mettent l’eau à  la bouche. Mais de toute façon il semble bien que le plaisir est aussi pour Babette. Elle nous fait partager les joies que nous donne cette forme particulière de satisfaction de la pulsion qu’est la sublimation.

Avec ce festin de Babette s’évoque aussi le festin de Juliette. De ces deux festins, l’un se voit, l’autre s’entend, puisque c’est une chanson,  mais  tous les deux célèbrent les mêmes plaisirs du goût. Ils nous mettent en appétit. 

Ces plaisirs de la bouche l’enfant les découvre très tôt puisque le sein est son  premier objet sexuel. Mais autour de cet échange entre la mère et l’enfant, ce qu’on oublie souvent c’est le plaisir de la mère d’allaiter, de nourrir son enfant.

C’est ce plaisir là, celui de la mère qui nourrit  que les deux festins, celui de Juliette et celui de Babette mettent en scène.

Mais Juliette qui a écrit, mis en musique et chante ce festin y ajoute une autre dimension, celle pourtant si juste de la mort.

« La table sera mise quand vous arriverez,

Amis, amours, amants et autres associés,

Vos noms seront mis aux dossiers de vos chaises

Dans un silence inquiet, vous vous compterez treize

…..

L’invitation dira : Minuit, on vous attend,

Venez, vêtus de noir, comme aux enterrements.

Si vous portez des fleurs que ce soit des violettes !

Soyez mes invités, au festin de Juliette ! »

Tous les mets et les vins servis pour ce festin sont endeuillés de noir : des pains de sarrazin, des olives de Turquie,  caviar et chocolat noir, des mûres et des guignes… « Noir  dans les verres noirs et noir dans les assiettes ».

« Vous m’avez tant aimée, chante-t-elle, oui, pour une gourmande, c’est une fin parfaite  de sceller son destin au festin de Juliette ! »

C’est donc ce dernier festin qu’elle offre généreusement à tous ses amis, le jour de son enterrement. Mais puisque ce n’est que le temps d’une chanson, souhaitons encore longue vie à cette extraordinaire femme poète.

Ces plaisirs du goût, y compris celui du goût de la psychanalyse, m’ont évoqué ce que Lacan avait écrit, il y a bien longtemps, de l’Imago du sein maternel. C’est un fait bien connu que ces premiers liens de l’enfant à sa mère marque en effet la vie amoureuse de chacun et pas seulement par tous ces plaisirs de la bouche, mais ce que j’en ai surtout retenu, cette fois-ci, c’est ce qu’il décrit des satisfactions maternelles qu’ils apportent en écho à ces premiers liens. La petite fille qui a été nourrie par sa mère, est, en quelque sorte, une mère comblée quand, à son tour, elle peut tenir un enfant dans ses bras et l’allaiter.

Lacan, dans « Les complexes familiaux, écrivait : « Dans l’allaitement, l’étreinte et la contemplation de l’enfant, la mère en même temps reçoit et satisfait le plus primitif de tous les désirs… Seule l’Imago qui imprime au plus profond du psychisme le sevrage congénital de l’homme – soit la séparation du sein maternel – peut expliquer la puissance, la richesse et la durée du sentiment maternel. La réalisation de cette imago dans la conscience assure à la femme une satisfaction psychique privilégiée… »

Ce festin de Babette et ce festin de Juliette sont des rejetons de ce primitif désir, celui d’être une mère aimante et qui nourrit bien ses petits, ses petits et tous ses amants et amis, une manifestation sublimée de cette « satisfaction psychique privilégiée », l’un de ces bonheurs précieux que nous offre la vie.

Posté par Fainsilber à 09:50 - psychanalyse - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 juin 2006

Non, la psychanalyse n’a rien à faire avec les neuro-sciences

lesonge

Non, les nouvelles techniques d’imagerie médicale et les avancées de la neurologie ne concernent en rien la psychanalyse. Elle n’appartient pas à ce champ de recherches.

Certains pensent et l’affirment haut et fort que  la psychanalyse va être remise au goût du jour avec ces nouvelles techniques d'imagerie médicale et les avancées de la neurologie. Cela n’est pas possible car  le  champ de la neurologie n'est pas le sien. Quand Freud a abandonné Charcot et ses tentatives d'approche anatomique de l'hystérie et quand il a décrit le mode de fonctionnement de l'appareil psychique, il a bien dit et écrit qu'il ne s'agissait pas pour lui - et en aucun cas - dans sa description, de localisations anatomiques.

Et même, si pour le décrire, il a emprunté à la neurologie une partie de son vocabulaire, pour des raisons de commodité, tels ces mots de neurones ou de synapses, il suffit de lire l'esquisse d’une psychologie scientifique ainsi que le chapitre 7 de L’interprétation des rêves,  pour découvrir qu'il décrit ainsi un mode de fonctionnement de l'appareil psychique qui vise à rendre compte de la clinique analytique qu'il découvre en même temps que son auto-analyse.

Freud s'est servi de ce vocabulaire exactement comme Lacan emprunte à la linguistique le terme de signifiant et de signifié. D'ailleurs, il suffit pour le constater de voir comment dans l'Ethique de la psychanalyse Lacan reprend ligne à ligne ce travail de Freud sur l'appareil psychique et pour le retraduire en termes de "frayages signifiants". Ce qui prouve bien qu'il ne saurait s'agir en quoique ce soit de trajets nerveux ni d'une quelconque localisation cérébrale.

Je pense que c'est une façon pour la médecine de reconquérir le champ de la psychanalyse, champ qui, avec Freud, lui avait échappé. Remettre ainsi au pas la psychanalyse, est aussi pour des scientifiques une façon de nier le fait qu'il y a un champ de savoir qui leur échappe et qui peut même leur être radicalement inaccessible sous la forme de l'existence de l'inconscient.

A ce propos je me rappelle une petite anecdote du temps où j'étais encore médecin mais où j'avais quand même déjà commencé une analyse, ce qui vous ouvre quand même à cet autre savoir. J'assistais donc toutes les semaines à une réunion de travail en milieu hospitalier. Les médecins y présentaient leurs cas difficiles. Donc l'un d'entre eux parlait d'une de ses patientes qui, encore très jeune, avait été opérée d'une hystérectomie, et qui depuis souffrait d'une très grave obésité. Alors qu'ils se posaient tous beaucoup de questions sur les dosages endocriniens de cette patiente, j'avais simplement osé demander  pour quelle raison cette jeune femme avait eu une hystérectomie. A peine avais-je prononcé cette phrase que le chef de clinique était tombé dans une fureur noire. Il m'avait répondu si vertement que je pensais avoir mis le doigt sur quelque chose qu'il n'avait pas repéré, le lien qu'il y avait entre les troubles de cette femme et cette opération mutilante. Je sais bien que de nos jours, ces effets d’une hystérectomie ne seraient peut-être plus ignorés des médecins eux-mêmes, mais quand même, dans les milieux médicaux hautement spécialisés, il n’en reste  pas moins vrai qu’il n’est pas toujours bon d’évoquer, même pas  la psychanalyse, mais l'existence de l'inconscient.

Les scientifiques aiment bien que  que tout soit rationnel et explicable. Ce qu'ils ne veulent pas savoir c'est que les symptômes psychiques, eux aussi peuvent s'expliquer mais  autrement que par des localisations cérébrales.

Quand j'écris que le savoir médical et la formation médicale ne préparent  pas aisément à l'accès de cet autre savoir que nous a révélé Freud, je ne  dis pas pour autant  que certains médecins ne puissent pas être tout à fait sensibles à ce savoir là.  Un temps il y en avait beaucoup de médecins généralistes qui organisaient des groupes Balint pour pouvoir parler un peu de leurs relations avec les malades,  mais leur formation, qui est une réelle accumulation de savoir, ne les y pousse pas d'emblée. Ce savoir là, nous sommes bien contents de le trouver quand nous sommes justement malades. J’ai fait vingt ans de médecine générale et je suis donc un peu au parfum de la réalité des faits (même si c'était, il y a longtemps).

Pour la question des neuro-sciences, j'ai décidé de ne plus me taire et de ne plus laisser dire qu'elles viennent en fin de prouver la validité des thèses freudiennes.

Si vous avez lu comme moi, ce rapport de l'ISERM sur le dépistage de la délinquance avant l'âge de trois ans, vous pouvez constater où nous mènent ces prétendus progrès scientifiques appliqués au champ de l'inconscient à de la pure et simple folie.

Si des psychanalystes commencent à se compromettre avec ces thèses où irons- nous ? Ce n'est pas une démarche acceptable ni du point de vue intellectuel, ni d'un point de vue éthique.

En tout cas cet amalgame, cette confusion si elle est possible c'est faute de lire avec sérieux et ce que Freud en raconte et tout autant la façon dont Lacan commente cette esquisse d'une psychologie scientifique dès ces premières séances de l'Ethique de la psychanalyse. Il suffit en effet de les lire pour constater que le champ du signifiant n'est pas un champ anatomique qui, de plus, pourrait être retrouvé dans une localisation cérébrale.

Posté par Fainsilber à 11:28 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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