Le livre bleu de la psychanalyse

Ce blog sera avant tout une invitation à la découverte de la psychanalyse. En contrepoint de ce livre noir, je propose ce livre bleu de la psychanalyse, bleu comme le ciel à travers les branches des oliviers de Provence ou bleu comme tes yeux, mais auss

18 octobre 2006

"Qu'avez-vous fait de la libération sexuelle ?"

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« Qu’avez-vous fait de la libération sexuelle ? » Cette question Marcela Iacub la pose bien sûr aux féministes de notre temps, de nos jours. Si ce livre  m’a intéressé,  c’est parce que cette juriste rejoint, avec cette question, mais sous une forme réactualisée, puisqu’il a été publié en 2002, ce que Lacan évoquait lui, en 1948, de la « lutte des sexes ».

Louise Tugènes donc recueille les confidences  d’Orchidée, sa belle-mère, une féministe de la vieille école : « Tu sais quand j’avais vingt ans, au début des années soixante, tout ce qui était sexuel était très compliqué pour une femme. Non seulement on avait peur de tomber enceinte à chaque fois, mais si cela nous arrivait, les hommes mais aussi nos mères et les autres femmes nous traitaient de salopes, de sales garces. Quand je me suis éveillée à la vie amoureuse, je me suis trouvée dans un monde où mes frères étaient libres de tout, et moi de rien… Très vite j’ai eu un sentiment de grande injustice et je me suis mise à lire des livres qui, à l’époque n’étaient pas traduits en français et qui prônaient la mise en œuvre d’utopies pour parvenir à la libération sexuelle et des choses de ce genre. »

Ce que raconte Orchidée, en fait elle s’appelle Berthe, a évoqué pour moi  une sorte de dicton, qui avait cours à cette époque, à propos de l’inégalité des droits entre fille et garçon concernant la vie sexuelle. C’était une sorte de mot d’ordre qui s’adressait aux mères « Rentrez vos poules,  je lâche mon coq ».

Il y avait aussi une recommandation que toutes les mères dignes de ce nom adressaient à leur fille nubile «  Si jamais tu te laisses séduire par un garçon et que tu tombes enceinte, il ne te restera plus que tes deux yeux pour pleurer » il y avait aussi une autre variante, il ne s’agissait pas de ses deux yeux mais de son mouchoir. Grossesse, que de pleurs, on a versé en ton nom !

Notre Orchidée, mise au parfum par toutes ces lectures venues d’outre-Atlantique, a quitté la maison de ses parents, est devenue journaliste et dans la foulée, s’est faite stériliser « pour pouvoir mener une vie professionnelle et amoureuse tranquille ».

A la fin de son récit, elle annonce quand même à sa belle-fille que tout compte fait son père et elle ont décidé d’avoir un enfant par le biais d’une mère porteuse inséminée par le sperme de son mari. Ils ont, tels Abraham et Sarah, depuis longtemps passé l’âge de procréer, mais c’est cette femme italienne qui a engendré à l’âge de soixante deux ans, qui leur en a donné l’idée et l’envie.

Mais le jugement critique que porte Orchidée sur les féministes de notre époque est lui aussi à retenir car il donne un bon éclairage de ce qu’est devenue de nos jours cette guerre des sexes.  Elle, une féministe des mois de mai, en arrive à prendre la défense des hommes !

Elle décrit ainsi cette situation : « Il y avait, je dirais, trois chantiers principaux à entamer, trois territoires de notre esclavage de femmes à reconquérir. D’abord le sexe… il fallait que les femmes puissent avoir des rapports sexuels comme les hommes, qu’elles aient la même liberté.

Par rapport à la famille, au lieu de se débarrasser de la charge que constitue le fait d’avoir à élever des enfants, « elles continuent à être les gardiennes presque exclusives des enfants, à ceci près que désormais elles peuvent exiger bien plus des hommes, être en partie soutenues par les hommes et par l’état… même lorsqu’elles décident de fonder, comme on dit aujourd’hui, une famille monoparentale. Tout cela a encore été fait, au détriment des hommes ; ils doivent subir les enfants qu’elles font, sans leur demander leur avis et doivent accepter sans un mot le fait de  ne pas avoir les enfants qu’ils auraient souhaité avoir, lorsque la femme décide d’avorter. De la même façon qu’elles devaient avant subir ces enfants, faute de pilule et d’avortement ».

La situation s’est donc complètement inversée, mais elle présente des inconvénients pour les mères elles-mêmes. « Loin de les émanciper en quoique ce soit, ce renversement les a rendues mères plus que jamais, alors que l’esclavage en question n’est plus subi mais volontaire ».

Le troisième volet de ce chantier qu’Orchidée évoque maintenant est celui du travail. Une phrase résume la situation «  En France, moins de cinquante pour cent des femmes travaillent à plein temps ».

Comme si Louise n’en était pas à une provocation près, elle finit son livre par une très jolie métaphore, l’invention d’une machine à fabriquer des bébés, qui libérera pour de bon les femmes. On n’aura plus besoin d’elles pour les fabriquer et les  mettre au monde.

Tout cela est bien beau mais que deviendra alors la psychanalyse ! Aura-t-elle  encore de beaux jours devant elle ou bien sera-t-elle condamnée à disparaître en même temps que  l’existence même de l’inconscient ? Il y a fort à parier que même avec cette machine substitut du ventre maternel, le désir des parents concernant la mise au monde de cet enfant restera pour lui décisif : aura-t-il été ou non un enfant désiré ?   Quel rôle aura joué son père auprès de sa mère et auprès de lui ? Est-ce qu’il lui aura transmis son nom, son nom de famille ? L’aura-t-il reconnu ?

Posté par Fainsilber à 16:21 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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