Mother_20with_20Two_20Children_20Egon_20SchieleLes premières relations de l’enfant à sa mère sont les « facteurs primaires » de la délinquance

Notes de lectures sur le livre de Kate Friedlander « La délinquance juvénile »  qui a  comme sous titre : Théorie –Observations- Traitement » paru au PUF en 1951.

Lacan évoque cet ouvrage ainsi que celui d’Auguste Aichhorn, dans son texte « Fonction de la psychanalyse en criminologie ».
Il me semble qu’il l’évoque pour démontrer le fait que ces problèmes de délinquance proviennent de ce qu’il appelle « une déhiscence du groupe familial au sein de la société ».
La délinquance, liée à ce que Kate Friedlander appelle « un caractère névrotique » est en effet définie par Lacan comme étant « le reflet, dans la conduite individuelle, de l’isolement du groupe familial dont ces cas démontrent toujours la position asociale, tandis que la névrose exprime plutôt ses anomalies de structure… Cette référence sociologique du « caractère névrotique » concorde du reste avec la genèse qu’en donne Kate Friedlander, s’il est juste de la résumer comme la répétition, à travers la biographie du sujet, des frustrations pulsionnelles qui se seraient arrêtées comme en court-circuit sur la situation oedipienne, sans jamais plus s’engager dans une élaboration de structure ».

Que faut-il entendre par cette définition que nous donne Lacan de ce caractère névrotique, celui qui est sensé être à l’origine de ces phénomènes de délinquance ? Pour préciser cette question, il est donc important de lire ce qu’en raconte Kate Friedlander avec de nombreux exemples cliniques. Elle donne les raisons de ce caractère névrotique dans les premiers liens pulsionnels de l’enfant à sa mère et aux nécessaires frustrations qui l’accompagnent, tant à l’occasion de l’épreuve du sevrage qu’au moment de l’apprentissage de la propreté.

Cet ouvrage de Kate Friedlander est ennuyeux à lire car il est très didactique et donc suit un plan rigoureux mais un peu pesant, toutefois, cela vaut la peine de suivre de près ses élaborations qui sont heureusement étayées par de nombreux exemples cliniques. J’ai découpé la lecture que j’ai faite de cet ouvrage en quelques rubriques.

1 - Le rôle que joue la famille dans l’adaptation aux lois de la vie en société

a- Les parents donnent l’exemple

Kate Friedlander écrit : «  La formation de la conscience morale, fait d’une importance capitale, se trouve étroitement liée à la liquidation du conflit oedipien. Nous avons déjà décrit certaines caractéristiques du Surmoi tel qu’il se forme au moment où se constitue un code moral personnel… on a constaté aussi que le code moral de l’enfant se fondait sur la personnalité des parents. Si le milieu de l’enfant est un milieu de criminels, la formation de la conscience de ce dernier peut s’effectuer normalement mais, de toutes façons, sa conduite deviendra antisociale. L’enfant a fait sien le code criminel de ses parents. (p. 65)
b- la première adaptation sociale se produit au sein de la famille, par rapport aux frères et sœurs.
« Si ce groupe familial a pu se former de façon satisfaisante – ce qui dépend d’une aprt du développement instinctuel et d’autre part, de l’attitude des parents, l’enfant n’aura nulle peine par la suite à s’adapter par la suite à un autre groupe : le groupe scolaire. Quand au contraire la formation du groupe familial s’est mal réalisée, attendons-nous à rencontrer dès  la période de latence certaines difficultés comme aussi les premiers symptômes d’une conduite antisociale. (p.65-66)

2 – Le rôle que joue le milieu

Kate Friedlander nous indique que grâce à un petit nombre de cas, on peut se rendre compte de l’influence du milieu – représenté par les parents – et les facteurs psychiques. C’est important sa définition du milieu, même si on peut le définir comme étant la champ social dans lequel est élevé l’enfant, il est quand même important de souligner que ce sont les parents qui en sont les premiers représentants, ensuite viendront les instituteurs, dans le nouveau champ social que constitue pour l’enfant l’école.

Et c’est là que nous trouvons dans ce livre une grande note d’espoir. Voici ce qu’elle en décrit : « Nous avons montré que le futur délinquant, au moment où il entre dans la période de latence, est affecté d’un trouble psychique que nous considérons comme une structure caractérielle antisociale. Nous appelons facteurs primaires – c’est à dire le rôle qu’y joue la famille – ceux qui ont provoqué cette structure particulière.
Il arrive que les incidents de la période de latence contribuent à remédier au trouble, auquel cas l’enfant peut ne jamais se comporter de façon antisociale ou ne manifester que de légers symptômes destinés à disparaître avant la puberté ou tout de suite après ».
Est-ce à dire qu’il s’agit là du rôle décisif que pourrait jouer l’école dans la prévention de la délinquance ? Elle ne le dit pas mais on peut le déduire de son texte.

En tout cas elle ne mâche pas ses mots pour affirmer que « les facteurs primaires responsables d’un comportement antisocial se découvrent dans la relation de l’enfant avec sa mère, et plus tard, avec son père et dans d’autres facteurs affectifs qui durant les premières années de la vie constituent l’ambiance familiale. Les facteurs du milieu : l’indigence, le chômage, le taudis, et, dans une certaine mesure le surpeuplement, exercent sur la vie de l’enfant … une action indirecte en troublant ses relations avec sa mère.