Le livre bleu de la psychanalyse

Ce blog sera avant tout une invitation à la découverte de la psychanalyse. En contrepoint de ce livre noir, je propose ce livre bleu de la psychanalyse, bleu comme le ciel à travers les branches des oliviers de Provence ou bleu comme tes yeux, mais auss

06 décembre 2006

L'importance du nom propre, du nom de son père

abrahamIl n'est pas facile de saisir, dans une approche analytique,  l'importance du  nom propre. J'ai plusieurs fois essayé de reprendre pas à pas les textes de Lacan où il en parle, notamment celui d' "Un discours qui ne serait pas du semblant", mais je n'ai pas réussi à en faire, à mon idée, un juste repérage sauf quand même quelques points qui sautent aux yeux et avant tout celui-ci : que le nom propre  est une façon de trouver sa place dans la lignée de ses ancêtres.

1 - Le nom propre a ceci de particulier que, bien sûr, vous le portez, mais que ce nom vous a quand même été donné par quelqu'un,   votre père, votre mari et quelquefois votre mère quand il n'y a pas eu d'acte de reconnaissance par le père et qu'il ne vous a pas donné son nom. Porter volontiers ou non ce nom qui vous a été donné, l'accepter ou le refuser, se trouver des noms de plume, de théâtre ou de psychose, c'est une façon de prendre position par rapport à ce don du nom, poser votre désir par rapport au désir du père ou de l'homme qui vous l'a donné ou pas donné.

2 - En même temps, c'est aussi un nom qui vous permet de vous repérer dans votre lignée,  la lignée de vos ancêtres. Lacan prend comme exemple, dans ce séminaire,  les généalogies royales qui sont intéressantes parce qu'on les associe à des chiffres, Jacques premier, Henri quatre, Louis onze, Louis seize. On peut aussi y adjoindre la lignée des Papes, Jean vingt-trois, Pie Douze et un qui me plaisait beaucoup quand j'étais petite, qui s'appelait Pie sept.

Il est frappant de constater comment  dans la Bible  nous pouvons lire une longue  litanie de noms organisés en fonction d’une  filiation paternelle  et ce qui m'a toujours frappé dans cette longue énumération, c'est que justement le nom des femmes qui ont porté ces fils est le plus souvent élidée, comme si c’était une façon symbolique d’instaurer la métaphore paternelle, littéralement donc une effectuation de  la substitution de ce nom du père à ce qu’il en était du désir de la mère.
Mais il y a, à ces élisions, des exceptions, au moment justement du fondement d’une lignée :
Sarah ainsi que sa servante égyptienne, Hagar,  sont, elles, nommées. Grâce à ces deux femmes, le patriarche Abraham,  sera le fondateur d’une double lignée, celle d’Isaac et celle d'Ismaël, deux frères qui, au fil des siècles, pourtant si proches, puisque nés d'un même ancêtre, deviendront des frères ennemis.

3  - On trouve, dans toute analyse, y compris bien sûr dans la sienne,  la façon dont chacun utilise son nom propre, repris dans les rêves et les symptômes - ( le second rêve de Dora où elle fait des jeux de mots équivoques et sans doute à connotation sexuelle, à propos du nom de son père (Bauer)  ou encore l’anecdote de la girafe chiffonnée du petit Hans en rapport avec son nom propre, Graff, )-  mais ce qui me fait difficulté c'est de bien cerner quel est le rapport de ce nom propre avec le nom du père, avec la métaphore paternelle.

Dans une première approche on peut dire que le nom propre, étant pris dans les symptômes,  participe ainsi à cette fonction de suppléance du nom du père qui est attribué au symptôme mais ça mériterait d'être un peu plus solidement étayé, étayé par la clinique.
Voilà une question en chantier.

En tous cas, toucher à ces questions de filiations par l’énoncé de lois qui modifient  ainsi leur  juste repérage, repérage   qui est solidement arrimé au nom propre et au  nom propre du père, se révèlera, en deux ou trois générations, sources d’imprévisibles perturbations dont il conviendrait de se préoccuper. Les analystes, sur cette question, se doivent de prendre position.
Je fais ici référence à cette loi qui a été votée  sur le choix possible de donner soit le nom du père, soit le nom de la mère à son enfant ou encore les deux noms - sous l’impulsion de femmes alors au pouvoir, je les nomme. Il s’agissait alors de  Marie-Lise Lebranchu,  ministre de la justice, et d’Yvette Roudy,   ministre de la condition féminine. Aucun homme dans cette commission des lois, n’a eu le cran, de s’insurger contre la modification de cette loi concernant le nom à donner à l’enfant. Comme le rappelait en effet Freud, la mère est toujours certaine, le père ne l’est pas. Porter son nom, est donc une façon de le faire père, de lui donner son statut de père, non seulement pour la mère mais aussi pour l’enfant. Et on ne peut impunément porter atteinte ainsi à une fonction si importante pour le destin de chaque sujet.

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