12 décembre 2006
Retour au pays de sa naissance
Je voudrais porter à l'attention de tous ceux qui sont intéressés à la question de l'adoption ce documentaire extraordinaire de Sophie Bredier et Myriam Aziza que j’ai eu l’occasion de voir sur Arte, dans « la vie en face ». Ce film s'appelle "Nos traces silencieuses".
Sophie Bredier est une jeune femme d'origine coréenne qui a été adoptée tardivement à l'âge de quatre ans. Elle retourne dans son pays d'origine pour tenter de retrouver sa famille. Tous les documents de son adoption ayant été détruits, tout au long du film on assiste à ce nécessaire travail de deuil dont le documentaire lui-même devient le témoignage.
Il y a une extraordinaire scène où une mère pleure sur ses deux enfants qu'elle a abandonnés et ou l'héroïne, l'absout en quelque sorte, en tant qu'enfant elle-même abandonnée. C'est une rencontre avec cette mère qu'elle était venue pour retrouver, qui n'est pas réelle mais symbolique.
Une autre chose m'a aussi frappée c'est la façon dont elle retrouve tout d'abord des souvenirs d'enfance par ce qu'elle goûte sur les marchés et dans les restaurants et même ces fleurs qui avaient un goût sucré, souvenirs oraux qui apportent une très déconcertante conclusion à ce documentaire : Le souvenir de son premier repas en France où ses parents adoptifs lui avaient préparé un gigot de mouton avec des flageolets, repas de fête, et un bol de riz. Elle raconte avoir résolument repoussé le bol de riz pour pouvoir "mordre la vie à pleine dents".
C'est triste mais pourtant très réconfortant, parce que ce travail de deuil ainsi effectué montre les extraordinaires pouvoirs de la sublimation.
Je voulais aussi dire que la question de la conservation du prénom d'un enfant adopté est à considérer, même pour les enfants à peine âgés de quelques mois au moment de leur adoption, ce serait en effet pour eux une façon de garder une trace, trace bien ténue, mais trace quand même de ce tout premier désir de l'Autre, de ces Autres qui l'ont mis au monde.
