Le livre bleu de la psychanalyse

Ce blog sera avant tout une invitation à la découverte de la psychanalyse. En contrepoint de ce livre noir, je propose ce livre bleu de la psychanalyse, bleu comme le ciel à travers les branches des oliviers de Provence ou bleu comme tes yeux, mais auss

05 août 2007

La naissance d'une villanelle

LippiCorshamLe Président Schreber, dans ses mémoires, raconte comment au début de sa maladie, dans sa phase d'hypochondrie, il croyait qu'il avait été mis enceint par Dieu, comme la Vierge Marie et qu'il avait déjà senti remuer «le fruit de ses entrailles ».

Or ces fantasme de fécondation par l'Esprit Saint se retrouvent  aussi comme étant à la source de l'inspiration poétique. C'est ce que nous raconte Joyce, dans l'un de ses premiers romans, « Portait de l'artiste comme un jeune homme » à propos de la naissance de son premier poème, la naissance d'une villanelle : 

« Un peu avant l'aube il s'éveilla. Quelle douce musique ! Son âme toute entière était baignée de rosée... Sa pensée s'ouvrait lentement à la vibrante lucidité matinale, à l'inspiration du matin. Un esprit entrait en lui, pur comme l'eau la plus limpide, doux comme la rosée, mouvant comme la musique... Un enchantement du cœur !... Dans le sein virginal de l'imagination le verbe s'était fait chair. L'Ange Gabriel avait visité la chambre la vierge ».

Trois vers sont  les  fruits de cette inspiration :

« N'es-tu point lasse des ardents détours,

Toi, l'enjôleuse d'anges en exil ?

N'évoque plus l'enchantement des jours »

Ces vers passèrent de son esprit à ses lèvres ; en les répétant tout bas, il sentit en eux le mouvement rythmique d'une villanelle... 

Le cœur de l'homme est un brasier d'amour

Soumis au gré de ton vouloir subtil,

N'es-tu point lasse des ardents détours...

Un nuage montait de la terre entière, des océans embrumés : l'encens de sa gloire...

Dans la crainte que quelque chose ne fût perdu pour lui, il se souleva brusquement sur le coude, cherchant un papier, un crayon. »

Quelle est  cette féminisation du sujet qui le pousse ainsi à désirer être aimé du père comme une femme et en recevoir un enfant ? Si on repère simplement que l'enfant est un très bel objet phallique, il parait alors évident que ces fantasmes de grossesse du sujet névrosé  sont avant tout l'expression du désir d'être reconnu par le père, et de recevoir en signe de cette reconnaissance, un phallus, sous la forme de cet enfant. C'est par l'attribution de ce phallus, qu'il pense devenir un homme, un vrai.

C'est ce que tente Schreber, dans son délire, en espérant mettre au monde des milliers d'enfants schrébériens en se faisant être l'épouse de Dieu. C'est ce que réalise Joyce, en écrivant ce poème. Simplement l'un délire et  l'autre sublime ce désir d'être enceint et surtout de mettre au monde un enfant.

Posté par Fainsilber à 14:32 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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