19 septembre 2007
De l’importance d’avoir du nez
L’odorat comme « base organique » du refoulement
Dans l’histoire de Dora, Freud aborde la question du dégoût, dégoût éprouvé par elle, au moment où Monsieur K. avait essayé de l’embrasser, alors qu’elle avait une quinzaine d’années. Il met ce dégoût en relation avec l’odeur et notamment l’odeur des excréments, nous ne sommes donc pas au niveau des bonnes odeurs mais des mauvaises.
Il écrit : « La sensation de dégoût semble primitivement être une réaction à l’odeur (plus tard aussi à l’aspect des déjections. Or les organes génitaux de l’homme, en particulier le membre viril, peuvent rappeler les fonctions excrémentielles, car l’organe y sert, en dehors de la fonction sexuelle, à celle aussi de la miction ». Freud y rappelle le célèbre « entre les selles et les urines nous sommes nés » des pères de l’Eglise.
Cependant, comme souvent, Freud laisse ouverte cette question de ces liens entre la vie sexuelle et les fonctions excrémentielles, en indiquant que le fait que « cette association puisse être suscitée n’explique pas pourquoi elle l’est en fait ».
Nous trouvons pourtant un début de réponse à cette question dans l’une des lettres de Freud adressée à Fliess, c’est dans la lettre 75, datée du 14 novembre 1897, lettre au cours de laquelle il annonce qu’il est lui-même son « plus important patient », il a en effet commencé son auto-analyse.
Voici ce que Freud annonce à son correspondant avec quelque solennité : « Il y a quelques semaines seulement, je manifestai le désir de saisir ce qui se trouvait d’essentiel derrière le refoulement et c’est de cela que je vais t’entretenir dans cette lettre. »
Or ce qu’il va y décrire c’est justement ce qu’il en est de la fonction du nez comme étant en quelque sorte l’opérateur structural du mécanisme du refoulement et donc de la constitution de l’inconscient.
L’homme en se mettant debout a appris à « lever haut le nez » c'est-à-dire, selon le sens de cette expression, à être hautain et méprisant.
Que mépriserait-il ? Justement les souvenirs que l’on souhaite oublier, ces « pages de honte » d’un lointain passé, ce temps où les excréments étaient l’objet du plus vif intérêt.
Comme c’est une articulation non seulement neuve mais un peu subtile, cela vaut la peine de la reprendre pas à pas et même mot à mot.
« Il m’est souvent arrivé de soupçonner – il subodore – qu’un élément organique entrait en jeu dans le refoulement et je t’ai raconté un jour qu’il s’agissait de l’abandon d’anciennes zones sexuelles… Cette hypothèse se rattachait pour moi au rôle modifié des sensations olfactives : au port vertical, aux narines s’éloignant du sol, et par cela même, une foule de sensations antérieurement intéressantes qui émanent du sol deviennent repoussantes. »
Cet abandon n’est pas suffisant pour expliquer le refoulement, il faut de plus, que le réveil de ces affects concernant ces zones abandonnées, anales et buccales, provoquent du déplaisir.
Il y a un effet d’après-coup à propos des souvenirs d’excitation des zones sexuelles abandonnées. Elles ne provoquent plus du plaisir mais du déplaisir, « une sensation interne analogue au dégoût ressenti dans le cas d’un objet.
Pour nous exprimer plus crûment, le souvenir dégage maintenant la même puanteur qu’un objet actuel. De même que nous nous détournons avec dégoût notre organe sensoriel (tête et nez) devant les objets puants, de même le pré-conscient et notre compréhension consciente se détournent du souvenir. C’est là ce qu’on nomme refoulement ».
Il semble donc que ce n’est pas pour Freud une simple métaphore, le détournement de dégoût de la tête et du nez face à la vue et à l’odeur des excréments double en quelque sorte le processus du refoulement, en constitue sa solide base organique.
Un point reste quand même mystérieux, c’est le dégoût lié non plus aux excréments, mais aux satisfactions orales. Nous pouvons penser par exemple à ce que racontait Freud à propos de Dora, la suçoteuse, comment elle exprimait, dans ses symptômes, un dégoût pour les baisers.
On peut se demander si ce ne sont pas alors les mauvais souvenirs liés à l’épreuve du sevrage, qui provoquent le dégoût et donc la cause du refoulement. Entre alors en jeu toutes ces manifestations de dégoût pour le lait et tous les produits lactés que l’on retrouve si souvent, mais peut-être aussi toutes les inappétences, voire les anorexies.
