Le livre bleu de la psychanalyse

Ce blog sera avant tout une invitation à la découverte de la psychanalyse. En contrepoint de ce livre noir, je propose ce livre bleu de la psychanalyse, bleu comme le ciel à travers les branches des oliviers de Provence ou bleu comme tes yeux, mais auss

05 janvier 2008

ce besoin de protection par le père

kontsedailovPour pouvoir  repérer la  spécificité  des malaises de la civilisation en cette année 2008, avec cette grande déréliction de la fonction paternelle que nous vivons et que Lacan a lié à la perte de la dimension de l'amour,  j'ai essayé de reprendre point par point, ce que Freud écrit de ces malaises, dans les années 1930.

C'est justement une phrase de Freud sur la fonction paternelle, dans « Malaise dans la civilisation »,  qui m'a donné au moins une intuition de ce dont il pourrait s'agir dans cette perte de la dimension de l'amour, d'autant plus que Lacan l'évoque par le biais de l'amour de transfert.

Cette remarque de Freud m'a saisi par sa justesse mais aussi par la sorte de tranquillité avec laquelle il soutient cette assertion. Pour en mesurer sa portée, je la replace dans son contexte : Freud y conteste le sentiment océanique comme fondement du désir religieux, mais en propose une autre source bien plus importante : « Un sentiment ne peut devenir une source d'énergie, affirme-t-il,  que s'il est lui-même source d'un puissant besoin. Quant au besoin religieux, leur rattachement à l'état infantile de dépendance absolue, ainsi qu'à la nostalgie du père que suscite cet état, me semble irréfutable [...] Je ne saurais trouver un autre besoin d'origine infantile aussi fort que celui de protection par le père... On peut suivre d'un trait sûr l'origine de l'attitude religieuse en remontant au sentiment infantile de dépendance. »

Mais il rajoute cette autre phrase qui me paraît être  la solution de l'énigme, avec le sens qu'elle peut avoir en psychanalyse, comme étant une question dont il faut deviner la réponse : « Et si peut-être autre chose se cache-là derrière, ce quelque chose, en attendant,  reste enveloppé de nuées. »

Et si ce quelque chose,  qui reste enveloppé de nuées  était ce qui nécessite absolument ce besoin de protection par le père ?  N'est-ce pas  cette première rencontre avec ce désir de la mère, ce désir de la mère, qui nous laisse sans autre recours que cet appel nécessaire au père, celui qui lui fera un peu la loi, la mettra, elle aussi, sous le joug du signifiant, la rendra désirante et par voie de conséquence désirable ?

C'est ainsi qu'on peut approcher au plus juste de  ce que Freud décrivait comme étant  ce besoin si fort de protection par le père qui persiste jusqu'à l'âge adulte comme fondement des religions et  ce que Lacan appelle, lui, l'amour pour le père.

Une évocation de cette mère archaïque, sorte de monstre dévorant, confirme cette hypothèse : « Certes l'Œdipe a été notre Sinaï », racontait Lacan, il y a bien longtemps (en 1937). « Mais rien ne nous interdit de voir dans la vie œdipienne un aspect seulement du possible. Il y a peut-être derrière lui encore autre chose de plus archaïque. Peut-être « le complexe de la mère ». Si les noms mythologiques nous font défaut ici pour le caractériser, c'est peut-être parce que cette mythologie est celle d'une civilisation patriarcale. Peut-être est-ce l'image terrible de l'Ogresse, de quelque Baal ou Moloch maternel que l'on rencontrerait au fond des légendes matriarcales... »

Pour rendre compte de ce besoin de protection par le père, Lacan avait proposé un autre mot, celui de « père-version » ou de version vers le père. Il faut qu'il  vienne absolument  se substituer à une première version, la version maternelle. Peut-être pourrait-on l'appeler « mère-version ». Elle est source de tous les dangers. C'est elle qui se cache dans les nuées évoquées par Freud et qui précède mais aussi explique ce besoin de protection par le père, en tant qu'il donne  au sujet la clé des champs, du champ de ses désirs.

En ce temps que nous vivons où  on évoque de « nouvelles pathologies », voire « une nouvelle économie psychique » liées à de radicales « mutations du champ social », ces évocations du pouvoir des grandes déesses mères perdues dans les nuées des origines de la civilisation, pourraient nous être fort utiles. Les mères, de nos jours,  retrouveraient-elles leur toute puissance ? Mais alors qu'en serait-il de ces nouvelles pathologies ? Ne serait-ce pas bien au contraire, un retour à l'ancien, voire à l'archaïque ?

Posté par Fainsilber à 09:46 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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