ombrages

Dans "La dynamique du transfert"  (p. 57),  Freud indique que le transfert ne joue le rôle d’une résistance que dans la mesure où il est un transfert négatif ou bien un transfert positif composé d'éléments érotiques refoulés. Lorsque nous "liquidons" le transfert en le rendant conscient nous écartons simplement de la personne du médecin ces deux composantes de la relation affective".

Cette définition de la résistance dans son lien au transfert ouvre quand même des horizons inattendus sur la question de la fin de l’analyse et par rapport au sort qui est réservé à l’analyste. Quel mode de relation les analysants gardent-ils vis-à-vis de leur analyste, une fois que ces éléments érotiques et de haine ont été rendus conscients ? Quelle expérience en avons-nous ? 

Dans le texte de Freud nous pouvons recueillir deux assertions contradictoires. Pouvons-nous être d’accord avec ce que Freud en écrivait dans son grand texte « Délire et rêve dans

la Gradiva

de Jensen » ? 

« Le processus de la guérison s’accomplit dans une récidive de l’amour, si nous rassemblons sous le terme « d’amour » toutes les diverses composantes de la pulsion sexuelle et cette récidive est indispensable, car les symptômes à cause desquels le traitement a été entrepris ne sont rien d’autres que des précipités des luttes antérieures liées ou au refoulement ou au retour du refoulé et ne peuvent être dissipés et balayés que par une nouvelle marée des mêmes passions. »

Cependant,  si, dans ce roman,  la petite Zoé Bertgang,  qui a réussi à guérir de son délire son amoureux un peu fou, peut alors répondre à son amour, le psychanalyste ne peut en faire autant.

Freud nous l’affirme : « Le médecin a été un étranger et il doit aspirer à redevenir un étranger après la guérison ».  Notons le : c’est une aspiration.

Lorsqu’il aborde à nouveau cette question dans un autre texte « analyse finie et infinie » il y apporte une nuance qui me paraît relever de l’expérience et qui donc parait plus plausible :

A propos de l’un de ses analysants qui lui avait reproché bien longtemps après de ne pas avoir tenu compte des éléments de transferts négatifs qui auraient dû être, selon lui, analysés, (Il s’agirait de Ferenczi ) Freud en fait ce commentaire : « … il ne faut pas estimer comme un transfert toute bonne relation entre analyste et analysé, pendant et après l’analyse. Il y a aussi des relations amicales qui sont fondées en réalité et s’avèrent viables ».

Alors, entre les deux possibilités, laquelle choisir ? J’aurais l’inclinaison de choisir la seconde. J’ai du mal à croire que l’analyste qui vous a en quelque sorte remis, une seconde fois, symboliquement, au monde, puisse redevenir un étranger pour vous,  même si on peut  s’en éloigner,  tout comme nous nous sommes éloignés de nos amours oedipiennes, nos anciennes amours. Les circonstances de la vie et la mort elle-même peuvent en effet nous en séparer mais de ce travail commun il ne peut que rester des traces vives. Quand on ne se quitte pas "bons amis" peut-être en effet quelque chose n'a pas été entendu de la part de l'analyste et aurait mérité interprétation.