02 mars 2008
Freud et Goethe
En l’année 1930, Freud reçut le prestigieux prix Goethe. Sa fille Anna prononça l’allocution écrite par son père. Il était déjà trop éprouvé par la maladie pour pouvoir se rendre à Francfort et assister à la remise de ce prix dont il était très fier étant donné l’admiration qu’il avait toujours porté à ce grand poète.
Il commence son discours en indiquant que le fait d’avoir reçu ce prix l’oblige à sortir de son « étroit domaine », celui d’une « science de l’âme » et il évoque alors ce que Goethe a apporté à l’humanité, mais surtout il s’interroge sur ce qu’aurait pu être la passion de ce poète pour la psychanalyse, lui qui en avait été en quelque sorte un précurseur :
« En évoquant la figure du grand homme universel qui est né dans cette maison, qui a vécu son enfance dans ces lieux, cette distinction impose de se justifier devant lui, pour ainsi dire, et soulève la question de savoir comment lui se serait comporté si son regard attentif à chaque innovation de la science s’était porté sur la psychanalyse ».
Freud fait ce pari : « Je pense que Goethe n’aurait pas, contrairement à tant de nos contemporains, rejeté la psychanalyse. Il s’en est même approché sur bien des points ».
Il en donne deux exemples, d’une part, son savoir sur la façon dont les choix amoureux de l’âge adulte sont liés aux premiers attachements infantiles à la sœur et à la mère. D’autre part il souligne que ce poète avait déjà eu l’intuition du sens des rêves quand, dans l’un de ses poèmes, il écrivait :
Ce qui inconnu des hommes
Ou par eux dédaigné,
A travers le labyrinthe du cœur
Chemine dans la nuit.
Freud ne peut que confirmer le fait que « derrière cette magie, nous découvrons le témoignage vénérable et incontestablement juste d’Aristote, selon lequel rêver, c’est poursuivre, dans le sommeil, l’activité de l’âme. » Cependant Goethe, pas plus qu’Aristote, n’avait pas découvert « l’énigme de la déformation du rêve ». Ils ne pouvaient savoir, avant la découverte de la psychanalyse et de l’existence de l’inconscient, le fait que le désir inconscient du rêve était soumis à la censure, censure qui exigeait sa déformation.
Après avoir attribué en quelque sorte à Goethe une supposée sympathie pour la psychanalyse Freud élargit le champ de son investigation et aborde la question des liens de la littérature et de la psychanalyse par rapport à la biographie des auteurs : en quoi cette biographie peut intéresser les psychanalystes et que peuvent-ils attendre de cette approche, dans leur lecture de l’œuvre ? Mais il se demande aussi à quel titre, ils peuvent s’autoriser à s’y intéresser : quelles pourraient être leurs motivations ?
Il aborde cette question d’une façon surprenante, par rapport aux reproches que l’on pourrait faire aux psychanalystes qui rabaisseraient ainsi « ce grand homme au rang d’objet de la recherche analytique ». Mais c’est amusant de constater qu’il ne réfute pas pour autant ce reproche. Il l’admet : oui c’est vrai. Il écrit : « Notre attitude envers nos pères et nos maîtres est, une fois pour toutes, ambivalentes car notre vénération pour eux couvre régulièrement un élément de révolte et d’hostilité ».
Ceci étant posé, il n’empêche que la psychanalyse peut établir de solides liens entre les œuvres d’un artiste, les « dispositions pulsionnelles » et les événements de son histoire familiale.
Pourtant il arrive à cette conclusion que, malgré toutes les confidences qu’il nous a faites dans « Fiction et vérité », encore traduit « Poésie et vérité », Goethe était «un homme qui se dissimulait soigneusement ». Les deux titres mêmes de cette autobiographie le suggèrent, marquant cette imperceptible fissure entre cette vérité cachée et la fiction qu’il en donne à ses lecteurs. Freud, malgré le récit de ses rêves les plus intimes, se dissimulait tout autant. Ce n’est donc pas pour rien, qu’en cette maison de Weimar où avait vécu le poète, il a fit siennes ces paroles prononcées par Méphisto :
« Le meilleur de ce que tu sais,
Tu ne saurais pourtant le dire aux écoliers ».
En ce point, psychanalystes et poètes se rejoignent.
- S. Freud, Prix Goethe 1930. « Allocution prononcée à la maison de Goethe à Francfort ». 1930, in
- E. Jones, La vie et l’œuvre de Sigmund Freud, volume 3, Les dernières années ( 1919-1939) P.U.F. p. 173.
06 mars 2008
Petite contribution à la psychopathologie de la vie quotidienne
J’ai écrit, il y a quelques jours, et à sa demande, un texte pour un ami, le compte-rendu d’une lecture du livre de Célia Bertin, une biographie de Marie Bonaparte[i] et à la fin de ce texte, j’ai fait un lapsus révélateur qui a pris la forme d’une élision.
Contrairement à ce que je comptais affirmer, j’ai écrit : « On ne peut regretter que, malgré son dévouement à la cause analytique et à Freud, elle ait éprouvé une haine aussi solide à l’égard de Jacques Lacan. Elle le traitait de « fou » ou encore de « paranoïaque ». …
De cette lutte sans merci qu’elle lui a livré nous avons quelques échos dans cette biographie. Je dois dire que cela m’a intéressé de retrouver dans cette histoire de la psychanalyse en France, les points de vue des détracteurs de Lacan, notamment à propos de la question de ses « séances courtes » et que l’on devrait plutôt qualifier de « séances à durée variable. »
Quel dérapage y a-t-il eu entre cet énoncé et l’énonciation qui s’y est glissée ? Lacan cite souvent cette phrase « je crains qu’il ne vienne » pour indiquer les rapports de l’énoncé et de l’énonciation. Le sujet de l’énonciation, se révélant dans ce « ne », laissant au sujet du verbe, le « je » du « je crains », la responsabilité de son énoncé.
Dans ce lapsus par élision, c’est un « que » que j’ai fait disparaître de mon énoncé : « on ne peut [que] regretter que… ». Du coup, manifestant résolument mon ambivalence à l’égard de Lacan, je ne regrette vraiment pas que Marie Bonaparte lui ait réglé, durant toutes ces années, son compte. C’est donc par cette élision du « que », en le subtilisant de mon énoncé, que j’y trahis mon énonciation, mon désir secret.
Que pourrais-je bien trouver pour me justifier ? Autant demander secours à Freud en personne. Je lisais justement récemment l’allocution qu’il avait préparée et qu’Anna Freud avait lue à Francfort, dans la maison de Goethe, à l’occasion du prix Goethe qui lui avait été décerné en l’année 1930.
Il y évoquait quelles pouvaient être les motivations des analystes pour s’intéresser à la biographie des grands hommes et donc les critiques que l’on pouvait leur faire à ce propos :
« Je m’attends à ce reproche : nous analystes, nous aurions perdu le droit de nous placer sous le patronage de Goethe parce que nous avons trahi le respect qui lui est dû en essayant d’appliquer l’analyse à lui-même, en rabaissant ce grand homme au rang d’objet de la recherche analytique. Quant à moi, je conteste en premier lieu que cela ait pour but ou pour conséquence de le rabaisser »[ii].
De toute façon, il y a une part de mystère qui ne pourra jamais être élucidée, « l’énigme du don merveilleux qui fait l’artiste et ne pourrait pas nous aider à mieux concevoir la valeur et l’effet des œuvres ». Pourtant malgré ces impossibilités, quand aucun élément biographique ne nous est connu, pour un auteur, et il cite Shakespeare, cela nous manque beaucoup. « Cette biographie satisfait donc en nous « une forte exigence ».
Quelle serait donc cette nécessité que nous éprouvons ?
« On dit généralement que ce serait le désir de rendre un tel homme humainement aussi proche de nous. Admettons ; c’est donc le besoin d’avoir des rapports affectifs avec de tels hommes, de les adjoindre aux pères, maîtres, modèles que nous avons connu et dont nous avons déjà subi l’influence, avec l’espoir que leurs personnalités seront aussi imposantes et admirables que les œuvres que nous tenons d’eux. »
Tout cela est bien beau, mais Freud le reconnaît sans ambages : « Notre attitude envers nos pères et nos maîtres est, une fois pour toute, ambivalente car notre vénération pour eux couvre régulièrement un élément de révolte et d’hostilité. »
C’est ce dont j’ai allègrement témoigné par mon lapsus, lapsus que je n’avais même pas repéré et qui l’a été par le premier lecteur à qui je l’ai adressé. Il ne me restait plus qu’à rajouter, dans l’après-coup, ce « que » subtilisé qui redonnait à ma phrase le témoignage de mes regrets et non plus de ma grande satisfaction : Je ne peux que regretter …. Oui, mais quand même…
[i] Célia Bertin, Marie Bonaparte, Ed.Perrin, 1999.
[ii] S. Freud, « Prix Goethe 1930. Allocution prononcée à la maison de Goethe à Francfort », Résultats, idées, problèmes, PUF, p. 181.
14 mars 2008
Sur les amours de transfert
Dans son texte « observations sur l’amour de transfert », écrit en 1915, Freud décrit les mésaventures qui peuvent arriver à un jeune analyste inexpérimenté lorsqu’il se trouve aux prises avec les flambées de l’amour de transfert, amour qui est provoqué par la situation analytique elle-même. Il indique donc comment s’y prendre avec cet événement inévitable mais pourtant difficile à gérer.
« Parmi toutes les situations qui se présentent, je n’en citerais qu’une particulièrement bien circonscrite, tant à cause de sa fréquence et de son importance réelle que par l’intérêt théorique qu’elle offre. Je veux parler du cas où une patiente, soit par de transparentes allusions, soit ouvertement fait comprendre au médecin que, comme toute n’importe simple mortelle, elle s’est éprise de son analyste. Cette situation comporte des côtés pénibles et comiques et des côtés sérieux… elle est si complexe, si inévitable, si difficile à liquider que son étude est depuis longtemps devenue une nécessité vitale pour la technique psychanalytique ».
Donc dès les premières phrases de ce texte « Observations sur l’amour de transfert », nous pénétrons au cœur de l’expérience analytique avec ce terme décisif « maniement du transfert ». Ce maniement du transfert, qui serait donc la part de l’analyste dans le travail que poursuit l’analysant, ne peut être précisé sans avoir cerné au plus près, ce concept essentiel de la théorie analytique, puisqu’il en est sa condition, celui du transfert.
Dans sa correspondance avec Jung, Freud raconte, avec beaucoup d’humour, comment il en a lui-même fait l’expérience. A la fin d’une de ses séances, une de ses jolies et charmantes analysantes lui sauta gentiment au cou. Seule, l’arrivée inattendue de quelqu’un de ses proches le sauva de cette inconfortable situation. Mais si Freud raconte cette anecdote, c’est pour prémunir ses collègues inexpérimentés du danger de se laisser aller à ses amours analytiques, de répondre à cet amour de transfert, par un amour de contre-transfert.
Dans ce même texte (« Observation sur l’amour de transfert ») Freud déploie trois possibilités pour faire face à la situation :
- les deux amoureux coulent ensemble des jours heureux, encore que ces amours soient interdites en tant qu’amours oedipiennes, répétition de ces dites amours infantiles.
- L’analyse tourne court. Il y a rupture.
- Troisième solution, la seule souhaitable, l’analysant et l’analyste passent outre à cet amour de transfert, non seulement passent outre mais en tirent profit pour l’analyse, en tant qu’elle y met à jour la répétition de ces amours anciennes, de ces amours infantiles remises en jeu avec l’analyste.
Un joli rêve de transfert que raconte Freud dans L’interprétation des rêves illustre ces romantiques amours analytiques : « pendant son séjour d’été au lac de… elle se précipite dans l’eau sombre, là où la lune pâle se reflète dans l’eau. »
Freud nous l’indique, c’est pour elle, à la fois un rêve de renaissance, elle est remise au monde par Freud, au cours de son analyse, mais elle désire aussi être mère elle-même et que donc qu’il lui donne un enfant en cadeau. L’analyste rajoute que ce rêve servit beaucoup à la cure. Cela ne nous étonne guère car on y voit se dessiner, pour l’analysante, les chemins de sa féminité, accompagné en cela par son psychanalyste.
Avec cette découverte clinique de ce qu’est l’amour de transfert, la technique analytique, celle qui est censée nous permettre d’accéder à cette compétence de l’analyste, à ce dit « maniement du transfert », terme qui évoque le tour de main de l’artisan, un savoir faire, cette technique donc se trouve ainsi mise sous la dépendance, sous la tutelle même de la théorie puisque c’est à elle que revient la charge de préciser ce qu’est le transfert.
Ce transfert, quelle définition conceptuelle pouvons-nous en proposer ? Peut-être convient-il de poser d’emblée sa polyvalence dans le texte même de Freud :
1- il est d’abord transport amoureux de l’analysant pour l’analyste, c’est l’amour de transfert, dans son usage le plus courant.
2- Il est aussi, dans la métapsychologie freudienne, celle qui concerne les mécanismes de formation des symptômes, le mécanisme même de cette formation : Il y a « transfert », par déplacement, de l’affect d’une représentation refoulée sur une représentation substitutive.
3- Mais c’est aussi, et c’est le sens premier que Freud lui donne dans l’Interprétation des rêves, la « transcription d’une langue dans une autre » (L’Interprétation des rêves, chapitre VI, « le travail du rêve » p.240). Quand cette transcription se fait dans le sens du contenu latent du rêve à son contenu manifeste, le transfert rend compte de la fabrication d’un rêve. Dans l’autre sens, du contenu manifeste à son contenu latent, ce même transfert, toujours pris dans le sens de traduction d’une langue dans une autre, livre le secret de ce qu’est « l’interprétation » du rêve.
Ce que Freud appelle « maniement du transfert », c’est donc, pour l’analyste, l’art de manier ces trois sens du mot, ce transfert d’amour pour l’analyste, ce transfert des affects qui provoquent les manifestations des symptômes pour arriver enfin à cette traduction d’une langue dans une autre qui consiste à retrouver la langue du désir inconscient.
Manier le transfert, pour l’analyste, c’est donc savoir interpréter les rêves, les symptômes mais aussi les actes de ses analysants malgré et grâce à cet amour de l’analysant éprouvé pour l’analyste.
A noter, que sous ces amours de transferts ainsi mises en avant, se cachent ces vigoureuses haines de transfert, non moins encombrantes pour le travail analytique. De ces haines solides nous avons quelques beaux exemples dans l’histoire du mouvement analytique. Mais elles sont, sinon passées sous silence, en tout cas, pas du tout analysées. A quand ce beau titre : « Le maniement de la haine de transfert » ?
15 mars 2008
Souvenirs d’enfance et souvenirs-écrans
Quand un analysant rencontre pour la première fois un analyste, sans doute lui décrit-il tout d’abord ses angoisses, ses symptômes, et ses inhibitions, il parle aussi des circonstances de sa vie mais très vite, il commence à évoquer ses souvenirs d’enfance. Or Freud a donné à quelques uns de ces souvenirs un nom plus précis, celui de « souvenirs-écrans ». C’est assez dire que ces souvenirs ne sont pas à prendre pour argent comptant, mais que, par contre, ils sont à prendre à la lettre, c'est-à-dire qu’ils sont à déchiffrer tout à fait comme le texte d’un rêve. Un souvenir-écran doit être interprété, car derrière des événements apparemment anodins, sans intérêt, se cachent les événements les plus importants de la vie du sujet, ce qu’on peut qualifier d’événements traumatiques, à condition bien sûr de donner à ce qualificatif sa portée exacte.
Freud a consacré deux textes à ces souvenirs-écrans, un daté de 1899, « Sur les souvenirs-écrans », le second, qui fait partie de La psychopathologie de la vie quotidienne, a pour titre « souvenirs d’enfance et souvenirs-écrans ». Le titre est en lui-même intéressant puisque il pose que tous les souvenirs d’enfance ne seraient donc pas des souvenirs-écrans.
Il écrit, dans ce dernier texte : « je suis parti de ce fait bizarre que les premiers souvenirs d’enfance d’une personne se rapportent le plus souvent à des choses indifférentes et secondaires, alors qu’il ne reste dans la mémoire des adultes aucune trace (je parle d’une façon générale, non absolue) des impressions fortes et affectives de cette époque ». Tout a sombré dans l’amnésie des premières années de l’enfance, tout, sauf quelques souvenirs souvent indifférents mais de plus incongrus.
Un des exemples de ces souvenirs-écrans que Freud nous indique est très intéressant car il nous démontre à quel point Freud était un lacanien avant la lettre et que, dans le déchiffrage de toutes ces petites formations de l’inconscient, il procédait toujours comme un linguiste, alors que la linguistique en tant que science n’avait même pas encore été inventée.
Un homme, l’un de ses analysants, ayant déjà eu beaucoup de déboires dans sa vie sentimentale, était l’aîné de neuf enfants et, il était âgé de quinze ans, lorsque naquit sa dernière petite sœur. Or il semblait ne garder aucun souvenir d’avoir vu sa mère enceinte, alors que pendant ces quinze années, cela aurait du pour le moins le frapper. Seul un souvenir-écran lui permit d’en prendre conscience :
Il « finit par se rappeler qu’à l’âge de onze ou douze ans il vit un jour sa mère défaire hâtivement sa jupe devant une glace… Il complète ce souvenir en disant que ce jour-là sa mère venait de rentrer et s’était sentie prise de douleurs inattendues. Or, le délaçage ( Aufbinden) de la jupe n’apparaît dans ce cas que comme un souvenir-écran pour accouchement (Entbindung). Il s’agit là d’un « pont verbal » dont nous retrouverons l’usage dans d’autres cas ».
En tout cas, c’est ce pont verbal AUFBINDEN === ENTBINDUNG qui permet de franchir cet écran du délaçage de la jupe à la mise au monde de l’un de ses nombreux frères et sœurs : neuf en tout.
21 mars 2008
l'analysant et l'analyste à la fin d'une analyse
Dans "La dynamique du transfert" (p. 57), Freud indique que le transfert ne joue le rôle d’une résistance que dans la mesure où il est un transfert négatif ou bien un transfert positif composé d'éléments érotiques refoulés. Lorsque nous "liquidons" le transfert en le rendant conscient nous écartons simplement de la personne du médecin ces deux composantes de la relation affective".
Cette définition de la résistance dans son lien au transfert ouvre quand même des horizons inattendus sur la question de la fin de l’analyse et par rapport au sort qui est réservé à l’analyste. Quel mode de relation les analysants gardent-ils vis-à-vis de leur analyste, une fois que ces éléments érotiques et de haine ont été rendus conscients ? Quelle expérience en avons-nous ?
Dans le texte de Freud nous pouvons recueillir deux assertions contradictoires. Pouvons-nous être d’accord avec ce que Freud en écrivait dans son grand texte « Délire et rêve dans la Gradiva
« Le processus de la guérison s’accomplit dans une récidive de l’amour, si nous rassemblons sous le terme « d’amour » toutes les diverses composantes de la pulsion sexuelle et cette récidive est indispensable, car les symptômes à cause desquels le traitement a été entrepris ne sont rien d’autres que des précipités des luttes antérieures liées ou au refoulement ou au retour du refoulé et ne peuvent être dissipés et balayés que par une nouvelle marée des mêmes passions. »
Cependant, si, dans ce roman, la petite Zoé Bertgang, qui a réussi à guérir de son délire son amoureux un peu fou, peut alors répondre à son amour, le psychanalyste ne peut en faire autant.
Freud nous l’affirme : « Le médecin a été un étranger et il doit aspirer à redevenir un étranger après la guérison ». Notons le : c’est une aspiration.
Lorsqu’il aborde à nouveau cette question dans un autre texte « analyse finie et infinie » il y apporte une nuance qui me paraît relever de l’expérience et qui donc parait plus plausible :
A propos de l’un de ses analysants qui lui avait reproché bien longtemps après de ne pas avoir tenu compte des éléments de transferts négatifs qui auraient dû être, selon lui, analysés, (Il s’agirait de Ferenczi ) Freud en fait ce commentaire : « … il ne faut pas estimer comme un transfert toute bonne relation entre analyste et analysé, pendant et après l’analyse. Il y a aussi des relations amicales qui sont fondées en réalité et s’avèrent viables ».
Alors, entre les deux possibilités, laquelle choisir ? J’aurais l’inclinaison de choisir la seconde. J’ai du mal à croire que l’analyste qui vous a en quelque sorte remis, une seconde fois, symboliquement, au monde, puisse redevenir un étranger pour vous, même si on peut s’en éloigner, tout comme nous nous sommes éloignés de nos amours oedipiennes, nos anciennes amours. Les circonstances de la vie et la mort elle-même peuvent en effet nous en séparer mais de ce travail commun il ne peut que rester des traces vives. Quand on ne se quitte pas "bons amis" peut-être en effet quelque chose n'a pas été entendu de la part de l'analyste et aurait mérité interprétation.




