saorge_223« Nous nous trouvons en face d’une grande énigme, d’un problème posé par un fait biologique, celui de l’existence de deux sexes. »

C’est donc ainsi que Freud la posait dans l’Abrégé de psychanalyse.

Lacan redouble cette première énigme d’une seconde, celle de la différence de rapport d’un homme et d’une femme à l’inconscient :

«  Il est tout à fait concevable que le rapport d’une femme à l’inconscient soit différenciable de celui de l’homme à l’inconscient » In « Réponse à une question de Marcel Ritter le 26 janvier 1975. Lettres de l’école n° 18.

Comment de nos jours pouvons nous essayer d’avancer dans ce champ laissé ouvert par ces deux citations, celle de Freud, tirée de son œuvre ultime et celle de Lacan, contemporaine de ses dernières élaborations avec le nœud borroméen et le Sinthome au cours du  séminaire RSI ? 

Je pense que si Lacan a pu avancer cette hypothèse de différence de rapports à l’inconscient, pour un homme et pour une femme, c’est en fonction de ce qu’il a pu avancer des deux façons de rater et de réussir le rapport sexuel pour un homme et pour une femme.

Pour un homme en effet ce à quoi il se réfère, faute de mieux, c’est à la formule du fantasme que Lacan écrit S barré poinçon de petit a.

Pour un femme, c’est d’autre chose dont il s’agit : Comme on ne peut pas dire toutes les femmes, faute d’en avoir un ou une qui ferait exception à cette règle et qu’on ne peut donc les compter que une par une, ce qui supplée, pour chacune de ses femmes, au rapport sexuel, c’est justement de pouvoir être comptée en tant que telle et ce dans le désir d’un homme.

Ainsi  c’est parce qu’elle peut être le symptôme d’un homme, ce qui le pose en tant que tel,  désirant mais également castré, qu’elle peut faire de lui son symptôme, le garant de sa propre castration, mais aussi et par voie de conséquence, également le garant de ses deux jouissances, la jouissance phallique et celle que Lacan  appelle cette jouissance au-delà du phallus, celle que les analystes du temps de Freud appelaient, faute de mieux la jouissance vaginale, en l’opposant à la jouissance clitoridienne.

Ce qui rendrait compte de cette différence de rapport à l’inconscient ce serait donc ces deux jeux de lettres, pour un homme, la formule du fantasme qui pose le sujet comme divisé devant l’objet perdu. Pour une femme, c’est au  signifiant de grand A barré au grand Autre comme désirant, qu’elle a directement accès. A noter que cette lettre marque un impossible, celui de l’énigme que constitue le désir de l’Autre, mais il s’agit tout autant du sien de désir que de celui de l’Autre, de son homme en l’occasion.

C’est ce que j’ai essayé d’avancer de quelques pas avec mon livre paru en 2000 chez L’Harmattan, « La place des femmes dans la psychanalyse »