Le livre bleu de la psychanalyse

Ce blog sera avant tout une invitation à la découverte de la psychanalyse. En contrepoint de ce livre noir, je propose ce livre bleu de la psychanalyse, bleu comme le ciel à travers les branches des oliviers de Provence ou bleu comme tes yeux, mais auss

02 septembre 2008

De Freud à Lacan, de l’énigme de la différence des sexes, à la différence de rapport à l’inconscient, pour un homme et pour une

saorge_223« Nous nous trouvons en face d’une grande énigme, d’un problème posé par un fait biologique, celui de l’existence de deux sexes. »

C’est donc ainsi que Freud la posait dans l’Abrégé de psychanalyse.

Lacan redouble cette première énigme d’une seconde, celle de la différence de rapport d’un homme et d’une femme à l’inconscient :

«  Il est tout à fait concevable que le rapport d’une femme à l’inconscient soit différenciable de celui de l’homme à l’inconscient » In « Réponse à une question de Marcel Ritter le 26 janvier 1975. Lettres de l’école n° 18.

Comment de nos jours pouvons nous essayer d’avancer dans ce champ laissé ouvert par ces deux citations, celle de Freud, tirée de son œuvre ultime et celle de Lacan, contemporaine de ses dernières élaborations avec le nœud borroméen et le Sinthome au cours du  séminaire RSI ? 

Je pense que si Lacan a pu avancer cette hypothèse de différence de rapports à l’inconscient, pour un homme et pour une femme, c’est en fonction de ce qu’il a pu avancer des deux façons de rater et de réussir le rapport sexuel pour un homme et pour une femme.

Pour un homme en effet ce à quoi il se réfère, faute de mieux, c’est à la formule du fantasme que Lacan écrit S barré poinçon de petit a.

Pour un femme, c’est d’autre chose dont il s’agit : Comme on ne peut pas dire toutes les femmes, faute d’en avoir un ou une qui ferait exception à cette règle et qu’on ne peut donc les compter que une par une, ce qui supplée, pour chacune de ses femmes, au rapport sexuel, c’est justement de pouvoir être comptée en tant que telle et ce dans le désir d’un homme.

Ainsi  c’est parce qu’elle peut être le symptôme d’un homme, ce qui le pose en tant que tel,  désirant mais également castré, qu’elle peut faire de lui son symptôme, le garant de sa propre castration, mais aussi et par voie de conséquence, également le garant de ses deux jouissances, la jouissance phallique et celle que Lacan  appelle cette jouissance au-delà du phallus, celle que les analystes du temps de Freud appelaient, faute de mieux la jouissance vaginale, en l’opposant à la jouissance clitoridienne.

Ce qui rendrait compte de cette différence de rapport à l’inconscient ce serait donc ces deux jeux de lettres, pour un homme, la formule du fantasme qui pose le sujet comme divisé devant l’objet perdu. Pour une femme, c’est au  signifiant de grand A barré au grand Autre comme désirant, qu’elle a directement accès. A noter que cette lettre marque un impossible, celui de l’énigme que constitue le désir de l’Autre, mais il s’agit tout autant du sien de désir que de celui de l’Autre, de son homme en l’occasion.

C’est ce que j’ai essayé d’avancer de quelques pas avec mon livre paru en 2000 chez L’Harmattan, « La place des femmes dans la psychanalyse »



05 septembre 2008

Le corset de la structure et la "belle gorge" de la poésie

100_5335Je voulais écrire quelque chose sur la poésie de Mallarmé, et en lisant quelques uns de ses textes, j'ai trouvé ce passage amusant : C'est un petit paragraphe à propos d'une question qu'on pose à Mallarmé :

"Connaissez-vous les psychologues ? - Un peu. Il me semble qu'après les grandes oeuvres de Flaubert, des Goncourt et de Zola, qui sont des sortes de poèmes, on est revenu aujourd'hui au vieux goût français du siècle dernier, beaucoup plus humble et modeste qui consiste non à prendre à la peinture ses moyens pour montrer la forme extérieure des choses, mais à disséquer les motifs de l'âme humaine. Mais il y entre cela et la poésie, la même différence qu'il y a entre un corset et une belle gorge..."

L'évocation de la métapsychologie, la « fée métapsychologie », comme corset semble un peu rude et dépourvue en effet de poésie, par rapport à la blancheur nuageuse des seins d'une femme, mais quand même ce corset, condition d'une belle gorge, ne fait-il pas écho avec la notion si importante dans le travail de l'analyste, celle de la structure ? Certes affirmer « l'inconscient est structuré comme un langage » semble, au premier abord, ne pas pouvoir nous faire rêver, mais est-ce si sûr ?

Le corset de la structure est condition de la belle gorge de la poésie, tout comme de celle des symptômes et ce n'est sans doute pas pour rien que Mallarmé évoque ainsi comme source première de la poésie, ce sein « ce sein que je ne saurais voir », ni surtout posséder à nouveau, celui de la mère.

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14 septembre 2008

Un dilemne pour les analystes

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Freud, comme tous les médecins, avait prononcé devant ses pairs, le serment d’Hyppocrate. J’ai eu la curiosité de retrouver son énoncé qui devient pour chaque médecin une énonciation qui l’engage. Il en existe plusieurs versions. J’ai choisi celle qui suit, car la question du secret médical y est clairement énoncée :

"En présence des Maîtres de cette Ecole, de mes chers Condisciples et devant l'effigie d'Hippocrate je promets et je jure, au nom de l'Etre suprême, d'être fidèle aux lois de l'honneur et de la probité dans l'exercice de la médecine. Je donnerai mes soins gratuits à l'indigent et n'exigerai jamais un salaire au-dessus de mon travail. Admis dans l'intérieur des maisons, mes yeux ne verront pas ce qui s'y passe, ma langue taira les secrets qui me seront confiés, et mon état ne servira pas a corrompre les moeurs ni à favoriser le crime. Respectueux et reconnaissant envers mes Maîtres, je rendrai à leurs enfants l'instruction que j'ai reçue de leurs pères.
Que les hommes m'accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses. Que je sois couvert d'opprobre et méprisé de mes confrères si j'y manque".

En relisant ce que Freud écrit aussi bien dans son introduction du texte de Dora que de celle du texte de l’Homme aux rats, on s’aperçoit du poids énorme de culpabilité que Freud doit surmonter devant cette sorte de transgression qu’il se sent par ailleurs obligé d’effectuer pour pouvoir rendre compte de son invention de la psychanalyse, comme un moyen de guérir de la névrose.
Ce serment d’Hyppocrate n’est pas prononcé par tous les analystes, puisqu’ils ne sont pas tous de formation médicale, cependant cette question du secret analytique à respecter a un incontestable effet surmoïque sur chacun d’entre nous et entrave sans nul doute les approches cliniques que nous serions tentés d’effectuer. Freud lui avait le courage de franchir ces interdits. Car c’est manifeste qu’il encourait la désapprobation de ses pairs. Il lui fallait beaucoup de courage.

Dans dans son introduction au texte  de Dora,  Freud expose son dilemne explicitement : «Des personnes scrupuleuses aussi bien que des personnes timides, dans ces conditions mettraient au premier plan le devoir de la discrétion médicale et regretteraient de ne pouvoir rendre service à la science en cette circonstance en l’éclairant. Toutefois je suis d’avis que le médecin a des devoirs non seulement envers le malade, mais aussi envers la science. Envers la science, cela veut dire au fond envers d’autres malades qui souffrent du même mal et en souffriront ».

C’est vrai que si ce secret avait été respecté, à la lettre, nous n’aurions pas eu ces magnifiques observations, celles de Freud bien sûr, mais aussi bien, celles de Mélanie Klein, d’Ernest Jones ou encore de Winnicott. Nous n’aurions pas eu non plus « le cas Dominique » de Dolto ou l’extraordinaire enfant-loup de Rosine Lefort.
Il n’en reste pas moins vrai que cette question reste vivante parce que non résolue, chaque réponse apportée à cette question ne pouvant être que singulière, parce que devant être abordée, dans chaque cas, par le psychanalyste avec la participation et l’assentiment de l’analysant. Enfin c'est ainsi que je vois les choses, mais cela mérite discussion, ne serait-ce que par rapport au temps où peut avoir lieu cette demande de l'analyste faite à l'analysant, si tant est qu'elle puisse être faite
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15 septembre 2008

le silence de Lorna : un délire hystérique ?

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J’ai vu le dernier film des frères Dardenne, « Le silence de Lorna ». Le récit du film se passe en Belgique, dans le milieu de la mafia albanaise. Il y est question de mariages blancs pour pouvoir obtenir la nationalité belge. Lorna est l’instrument de ces transactions, mais elle en est aussi complice, jusqu’à un certain moment où tout bascule : Elle a épousé un jeune homme, en lui donnant une somme d’argent qu’il dépense en drogue. Il est prévu qu’elle se retrouvera veuve  rapidement.  Ses complices ont décidé de faire disparaître son épisodique mari par une overdose de morphine.

Mais Lorna s’attache à cet homme et commence à l’aimer. Ils passent ensemble une nuit d’amour juste avant que ses complices ne mettent leur projet à exécution, malgré tous ses efforts pour les en dissuader.

Sous le choc, ce choc traumatique, elle développe un fantasme de grossesse. Tout l’intérêt de ce film est en effet centré sur le fait qu’on ne sait pas si c’est un symptôme hystérique -  elle se tord de douleur et arrive à l’hôpital, comme si elle était entrain d’accoucher – ou alors un délire, elle se pense enceinte, enceinte de cet homme qui a été tué. Je pense qu’on peut le qualifier de délire hystérique où on voit en clair comment ce délire est appelé à la rescousse de la métaphore paternelle, celle qui protége et qui libère du désir envahissant de l’Autre.

Les dernières scènes du film sont très émouvantes et très belles : réfugiée dans une hutte dans la forêt, elle se couche dans une position fœtale et s’endort en caressant son ventre et en parlant à son bébé, celui qu’elle pense avoir dans son ventre. 

Dans cette hutte-refuge, elle se remet elle-même au monde. C’est le seul message d’espoir de ce film par ailleurs très noir.

J’ai écouté et regardé une interview des deux réalisateurs du film. Ils n’ont vraiment aucune idée d’où le film leur est venu. Ils ne peuvent rien en dire, sauf à propos de ce qu’ils ont demandé aux acteurs.

En ce qui me concerne, ce qui m’a intéressé, c’est comment, dans cette situation extrême, où sa vie elle-même était en danger, Lorna, avec l’aide de ce fantasme de grossesse, imaginaire ou symbolique, avait tenté d’instaurer quelque chose de la métaphore paternelle, quelque chose qui l’a propulsée vers la vie au lieu d’aller vers la mort.

J’ai en effet pensé à ce qu’avait décrit Lacan, des trois modes d’instauration de la fonction paternelle, pour le sujet dit normal, par un conflit imaginaire, par une grossesse symbolique, exprimée dans ses symptômes, pour le sujet névrosé - et il avait ainsi décrit à ce propos le fantasme de grossesse du conducteur de tramway, celui qui souffrait de douleurs atroces, rythmées et pulsatiles, au niveau de sa côte d’Adam -  le troisième mode d’instauration de cette fonction paternelle étant celle de Schreber, par son délire, celui de devenir la femme de dieu et de mettre au monde des milliers d’enfants pour en repeupler la terre entière.

Il m’a semblé, c’est en tout cas, ce que ce film m’a évoqué, que  Lorna restaurait cette fonction paternelle, si gravement mise à mal pour elle, en pensant attendre un enfant que lui aurait donné cet homme avant d’être purement et simplement assassiné. Cela lui avait donné la force de prendre la fuite et d’échapper elle aussi à une mort certaine.

Pour l’amour de cet enfant hypothétique, elle s’était sauvée.

Posté par Fainsilber à 10:20 - psychanalyse - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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