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Lacan, dans la seule séance du séminaire interrompu « Les noms du père », évoque le travail, à son dire, plein de promesses de Conrad Stein. Je me suis donc reporté à quelques uns de ses textes et je suis donc tombé sur cette affirmation de l'auteur qui m'a intriguée et intéressée à plus d'un titre et qui mérite d’être travaillée de beaucoup plus près. Elle se trouve dans un article qui à pour titre « Constitution du complexe d'Oedipe ». C'est dans un ouvrage paru chez Denöël, « La mort d'Oedipe ». Conrad Stein évoque donc ce que Freud avait écrit dans sa seconde préface de «L'interprétation des rêves » à savoir que ce livre avait été écrit dans les quelques mois qui avaient suivi la mort de son père. C'est donc par rapport à la fois à cet amour du père et au désir de sa mort, que Conrad Stein interprète, certes de façon un peu sauvage, ce qui aurait été le désir de Freud. Il en écrit ceci: « Freud nous a donné une interprétation de ses propres rêves qui en témoigne, si on veut bien la considérer comme exemplaire : Je ne veux pas avoir d'ancêtres, je veux être l'ancêtre». Conrad Stein prend appui pour sa démonstration un peu fugitive et qui reste donc énigmatique, sur le fait, qu'à la fin de L'Oedipe, ce qu'on ne peut pas avoir, l’objet, on le devient par un jeu d'identification. Il s'agit donc d'une identification au père, mais, en principe, au père en tant qu'objet d'amour et non pas de haine. Même si, Conrad Stein interprète, je dirais en fonction de lui-même, ce qui serait l'interprétation des rêves de Freud, concernant l'ambivalence à l'égard du père, sa formule à l'emporte-pièce mérite réflexion. Elle me parait porter avec elle un accent de vérité, quelque chose d'irréfutable, que je formulerais bien ainsi "Avant moi, le déluge", car après, c’est en somme là, que les fondateurs de nouvelles lignées prennent leur importance. Ce sont des rédemptions. Noé, par exemple, sera ainsi le père d’une très nombreuse lignée alors que par le déluge, toute vie sur terre avait été anéantie. « Elohim bénit Noé et ses fils. Il leur dit : « Fructifiez et multipliez-vous, remplissez la terre ». Cette phrase que Conrad Stein a empruntée à Freud, « je veux être l’ancêtre », soulève une question qui est importante puisque elle ouvre peut-être des horizons, sur ce qu'aurait été l'élaboration lacanienne s'il avait poursuivi son séminaire au-delà de cette première séance. Cela vaudrait la peine d’étayer plus solidement cette hypothèse.