15 octobre 2008
Avant moi, le déluge !
Lacan, dans la seule séance du séminaire interrompu « Les noms du père », évoque le travail, à son dire, plein de promesses de Conrad Stein. Je me suis donc reporté à quelques uns de ses textes et je suis donc tombé sur cette affirmation de l'auteur qui m'a intriguée et intéressée à plus d'un titre et qui mérite d’être travaillée de beaucoup plus près. Elle se trouve dans un article qui à pour titre « Constitution du complexe d'Oedipe ». C'est dans un ouvrage paru chez Denöël, « La mort d'Oedipe ». Conrad Stein évoque donc ce que Freud avait écrit dans sa seconde préface de «L'interprétation des rêves » à savoir que ce livre avait été écrit dans les quelques mois qui avaient suivi la mort de son père. C'est donc par rapport à la fois à cet amour du père et au désir de sa mort, que Conrad Stein interprète, certes de façon un peu sauvage, ce qui aurait été le désir de Freud. Il en écrit ceci: « Freud nous a donné une interprétation de ses propres rêves qui en témoigne, si on veut bien la considérer comme exemplaire : Je ne veux pas avoir d'ancêtres, je veux être l'ancêtre». Conrad Stein prend appui pour sa démonstration un peu fugitive et qui reste donc énigmatique, sur le fait, qu'à la fin de L'Oedipe, ce qu'on ne peut pas avoir, l’objet, on le devient par un jeu d'identification. Il s'agit donc d'une identification au père, mais, en principe, au père en tant qu'objet d'amour et non pas de haine. Même si, Conrad Stein interprète, je dirais en fonction de lui-même, ce qui serait l'interprétation des rêves de Freud, concernant l'ambivalence à l'égard du père, sa formule à l'emporte-pièce mérite réflexion. Elle me parait porter avec elle un accent de vérité, quelque chose d'irréfutable, que je formulerais bien ainsi "Avant moi, le déluge", car après, c’est en somme là, que les fondateurs de nouvelles lignées prennent leur importance. Ce sont des rédemptions. Noé, par exemple, sera ainsi le père d’une très nombreuse lignée alors que par le déluge, toute vie sur terre avait été anéantie. « Elohim bénit Noé et ses fils. Il leur dit : « Fructifiez et multipliez-vous, remplissez la terre ». Cette phrase que Conrad Stein a empruntée à Freud, « je veux être l’ancêtre », soulève une question qui est importante puisque elle ouvre peut-être des horizons, sur ce qu'aurait été l'élaboration lacanienne s'il avait poursuivi son séminaire au-delà de cette première séance. Cela vaudrait la peine d’étayer plus solidement cette hypothèse.
30 octobre 2008
Une nouvelle formation de l'inconscient
Je propose à la lecture une petite formation de l'inconscient qui ( je crois) n'a jamais été encore décrite : celle d'une maladresse de qui n'est pas en mon honneur : Nous étions entrain de travailler, dans notre groupe de lecture des cinq psychanalyses, le début du texte de l'Homme aux rats. Freud essaie de décrire le mieux possible le grand délire obsessionnel de Ernst Lanzer, toutes les prouesses qu'il a du faire pour tenter de rembourser une dette qu'il n'avait jamais contractée au lieutenant A.
Dans le compte-rendu que je compte en faire, en repartant du texte de Freud, cela devient cette affreuse phrase lourde et redondante, redondance dont je ne me rends pas compte et qui est celle-ci : D'ailleurs Freud se rend compte de l'impossibilité de rendre compte de ce qui lui passe par la tête et de ce qu'il se croit obligé de faire pour réaliser son serment puisqu'il écrit : « Je ne serais pas surpris que le lecteur eut été incapable de suivre ce que je viens d'exposer... »
Là-dessus, l'un de mes interlocuteurs me fait remarquer la maladresse de la phrase et sa lourdeur répétitive dans laquelle il y a déjà un glissement de sens entre « se rendre compte » et « rendre compte ».
Je prends en compte ce qu'il en a repéré et je prends alors conscience, je me rends compte que c'est toute la problématique de Ernst avec sa dette impossible à régler.
C'est son Surmoi qui lui demande des comptes, qui le persécute même, par rapport à cette dette qu'il ne put payer puisque ce n'est même pas la sienne mais celle de son père.
C'est vrai aussi que dans l'analyse, il s'agit de rendre compte de son histoire, de s'en rendre compte mais au total de cesser de se demander des comptes, par rapport à sa culpabilité.
Mais je vais même aller un peu plus loin, comme par hasard, tandis que j'écrivais ce petit bout de texte sur la grande obsession d'Ernst, j'étais accaparée par un autre comte, l'un des très beaux rêves de Freud, le rêve dit du Comte de Thun. J'ai même hésité à l'écrire avec un P. C'est un vrai conte de fée ! Pour l'instant, je n'en sais pas plus.
L'interprétation de cette formation de l'inconscient est un bon exemple de ce en quoi elle consiste : un travail sur le signifiant. Elle suscite une autre remarque qui est importante : si mon interlocuteur n'avait pas repéré cette phrase si mal construite je n'en aurais pas pris conscience. L'interprétation se doit de passer par l'Autre.

