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Je me suis mise à lire un peu de tout ce qui s'est écrit à propos de Joyce et, sans compter l’indispensable biographie de Joyce en deux volumes rédigée par Ellmann,  j'ai trouvé trois livres que j’ai trouvé intéressants par rapport à l’approche qu’en a faite Lacan.


Un livre d'Eugène Jolas, qui a aidé Joyce, et quand je dis aidé,  c'est pour de bon, effectivement, dans sa rédaction de Finnegans Wake. Un autre de Frank Budgen qui, lui,  l'a
aidé à mettre en forme Ulysse.
Enfin le troisième c'est celui d'un de ses confrères, Vladimir Nabokov,  l'auteur de Lolita. L’ouvrage de Nabokov a pour nom «  Proust, Kafka, Joyce ». Il fait de cet Ulysse de Joyce, presque un roman policier dont l’intrigue porte sur un personnage énigmatique l’Homme au mackintosch. 
Le livre de Frank Budgen s'appelle "James Joyce et la création d'Ulysse". Celui d'Eugène Jolas, "Sur Joyce".
Dans ce  dernier y sont adjoints deux manifestes qui ont été signés par des écrivains et poètes contemporains de James Joyce et d'Eugène Jolas.  On peut y  découvrir que le travail que Joyce faisait sur la langue, tout ce qu'il lui faisait  subir de distorsions,  était dans la ligne de ces écrivains. Le premier de ces manifestes avait pour nom  "Proclamation de la révolution du mot" et commençait  ainsi :"Las du spectacle de nouvelles, romans, poèmes et pièces toujours sous la coupe de l'hégémonie du mot banal, de la syntaxe monotone, de la psychologie
statique, du naturalisme descriptif, et désireux de cristalliser un point de vue...  Nous déclarons que... "

Suivaient quelques aphorismes parmi lesquels j’ai retenu ceux-ci :
« .... La poésie pure est un absolu lyrique qui cherche une réalité a priori à
l'intérieur de nous-mêmes.
.... Le créateur littéraire à le droit de désintégrer la substance première,
les mots qui lui sont imposés par les manuels et les dictionnaires.
... Il a le droit de recourir à des mots qu'il a lui même façonnés et de ne
pas se soucier des lois grammaticales et syntaxiques existantes.
... La litanie des mots est admise en tant qu'unité indépendante.
... L'écrivain exprime, il ne communique pas ».
Et pour finir :
"Au diable le lecteur ordinaire".

Dans ces deux manifestes,  les signataires  se référaient à la littérature anglaise et à Joyce.  L’avant- dernière phrase de ce manifeste est à souligner «  L’écrivain exprime, il ne communique pas ». N’illustre-t-elle pas en effet, ce qu’il en est du style de Joyce qui ne sollicite pas, si je puis dire, l’attention, la connivence du lecteur, ne tente pas de le séduire ?

Ce que Lacan formule ainsi : « Le symptôme chez Joyce est un symptôme qui ne vous concerne en rien. C’est le symptôme en tant qu’il n’y a aucune chance qu’il accroche quelque chose de votre inconscient à vous. »

C’est cela qui est dommage, car ainsi, il n’y a aucune chance que puisse se produire cette étincelle de l’amour  qui ne peut naître que d’une heureuse rencontre entre deux savoirs inconscients, celle du lecteur et de l’auteur.