maeght_070Un des participants à notre groupe de lecture des cinq psychanalyses, Isidore, a écrit à propos d’un passage de Malaise dans la civilisation : « J'ai noté une phrase… qui me semble d'une grande importance, et je m'étonne de ne pas l'avoir relevée plus tôt dans une lecture antérieure ni de l'avoir retrouvée dans d'autres textes qui traitent du surmoi. Laissons la parole a Freud :
« C'est pour s'aider à triompher d'une situation si difficile au point de vue économique qu'il (l'enfant) recourt aux mécanismes connus de l'identification, qu'il prend ou instaure en lui cette autorité intangible, laquelle devient alors le Surmoi. Celui-ci s'approprie alors toute l'agressivité qu'on eût préféré en tant qu'enfant pouvoir exercer contre l'autorité elle-même. Quant au Moi de l'enfant, il doit s'accommoder du triste rôle de l'autorité ainsi dégradée - du père. Comme il arrive si souvent, la situation est renversée : « Si j'étais le papa et toi l'enfant, comme je te maltraiterais! » La relation entre Surmoi et Moi est la reproduction, mais renversée par ce désir, de relations ayant réellement existé jadis entre le Moi encore indivis et un objet extérieur.» L'importance de ce passage est de concevoir le surmoi non pas comme une simple autorité parentale intériorisée, mais comme une identification à cette autorité qui transforme le moi en « un père faible » ou « un père puni ». Plus loin, Freud rend hommage à Mélanie Klein d'avoir fait remarquer que la sévérité du surmoi est indépendante et pas forcément proportionnelle à la sévérité des parents. »

J’ai relu ce passage cité par Isidore et  effectivement il mérite toute notre attention parce qu’il va justement à contre-courant de ce que Freud décrit par exemple dans un autre texte important quant à cette question du sadisme et du masochisme et la façon dont il se répartissent d’abord entre le père et le fils puis entre le Surmoi et le moi. Il s’agit de Dostoïevski et le parricide ».

Comme l’indiquait Lacan, à propos de ce qu’il appelle « la père-version » ou version vers le père, « le sadisme est pour le père et le masochisme est pour le fils » et là la situation se renverse. Il me semble que la question est alors celle de savoir ce que le fils peut faire de son propre sadisme.

La voie la plus commune est effectivement celle du retournement en son contraire ou en somme il retourne sa haine envers le père contre lui-même. Mais, dans ce paragraphe,  Freud nous indique une autre voie : par identification au père, c’est bel et bien lui  maintenant qui persécute le père, un père qui a donc pris sa place, sa place d’accusé et de victime. On peut donc inverser la formule que proposait Lacan et dire que le sadisme est pour le fils et le masochisme pour le père. Enfin c’est comme ça que j’ai compris ce qu’en dit Freud.

Une fois mis sur cette piste, d’autres éléments viennent apporter de l’eau à notre moulin : Par exemple c’est le fait que les positions masochistes du fils par rapport au père impliquent sa féminisation. En effet comme il l’indique « être violé et accoucher » est un des revêtements psychiques du masochisme dit féminin des hommes. Or devant ces possibilités, l’enfant a un sursaut de virilité. C’est ce que les analystes appellent « protestation virile ». Je ferais l’hypothèse que cette identification au père sadique sert cette protestation.

On peut en trouver encore une autre preuve dans le texte de Freud « Une névrose démoniaque au dix-septième  siècle. Le peintre Christophe Haitzmann avait conclu par deux fois un pacte de neuf ans avec le Diable. Or à chacune de ces apparitions du Diable, celui-ci portait, en plus de sa très longue queue, des seins et des seins multiples, comme ceux de

la Diane

des Ephésiens. Or Freud interprète la présence des seins dont le Diable était affublé comme la projection de sa propre féminité sur le père, comme étant ce qu’il refusait pour lui-même. Ceci dit, la présence de ces seins signait aussi son attachement à son premier objet. Freud le décrivait en effet comme étant resté un éternel nourrisson.

Donc cette identification au père sadique, en renversant ainsi la situation, permet cette protestation virile, lui permet d’échapper à cette féminisation qui accompagne, qui est même une forme de ce masochisme. C’est une façon d’échapper à l’Œdipe inversé, de se situer du côté homme des formules de la sexuation tout en échappant à la culpabilité que provoquait le Surmoi, puisque par cette identification au père, c’est lui qui lui fait des reproches et il n’est donc plus le coupable.