SaintAugustin4

De Saint Augustin, je ne connaissais que le passage souvent repris par Lacan, sur l'invidia.

Et , par curiosité, je suis allé ouvrir un volume des « Confessions ». Quelle n'a pas été ma surprise d'y lire comment il était si proche de la découverte de Freud. Ou plutôt comment, avec l'éclairage de Freud nous pouvons (re)lire Saint Augustin... Comme si on pouvait lire Freud, mais aussi Lacan, dans Saint Augustin...

C'est un passage du livre XI des Confessions (1):

 « Si l'avenir et le passé existent, je veux savoir où il sont. Si je ne puis encore le savoir, je sais cependant qu'en quelque lieu qu'ils soient, ils n'y sont ni futurs ni passés, mais présents. Car s'ils sont à venir, ils ne sont pas encore; et s'ils sont passés, ils ne sont déjà plus. En quelque lieu donc qu'ils soient, ils n'y peuvent être que comme présents. Ainsi, lorsqu'on raconte des événements passés qui ont vraiment eu lieu, la mémoire reproduit non pas ces événements qui ne sont plus, mais les mots qui expriment les images que les événements ont gravés dans notre esprit en passant par les sens, comme les traces de leur passage. Mon enfance, par exemple, qui n'est déjà plus, est dans le passé, qui lui même n'est plus; mais son image, lorsque j'évoque son souvenir et que j'en parle aux autres, c'est dans le présent que je la vois, parce qu'elle est encore dans ma mémoire. »

 Un lieu qui ne répond qu'au présent, des événements qui laissent des traces de leur passage...

 Et puis aussi, comme un nouage avant la lettre: «Ainsi, lorsqu'on raconte des événements qui ont vraiment eu lieu, la mémoire reproduit non pas ces événements qui ne sont plus, mais les mots qui expriment les images...».

Le Réel des événements, les mots qui Symbolisent les Images.

Et puis, comme pour nouer l'ensemble, retour au début de la phrase, «lorsqu'on raconte...», il y a là nécessairement quelqu'un à qui on raconte, un autre.

Dans l'expérience de la psychanalyse, cet autre, dans le meilleur des cas, vient à entendre autre chose que ce qui est dit, ou encore, par un heureux hasard, vient entendre ce qui était dit sans le savoir. Nous sommes alors en présence du transfert symbolique.

Ce transfert est de la même nature que celui qui nous permet de lire autre chose que ce qui était écrit dans un texte, ou, peut-être, d'y lire ce qui y était écrit sans le savoir.


David Berton.

 

 

(1) Saint Augustin, Confessions, livre XI, chap. XVII, 23, Les intégrales de philo, Nathan, 1998, p. 39.