image_1377

Dans l'un des séminaires d’un discours qui ne serait pas du semblant Lacan reprend ce qu’il avait déjà élaboré à partir de la Lettre volée d’Edgar Poe.

Ce qu’il y développe c’est le fait qu’en raison de l’ininscriptible du rapport sexuel entre un homme et une femme, ininscriptible justement parce que chacun d’entre eux ne se préoccupe que de son rapport au phallus, donc en raison de cet ininscriptible, les deux personnages du Roi et de la Reine sont ce qui s’y substitue comme des « êtres de fiction ». Cette séance est celle du 10 mai 1967.

Ces personnages de roi et de reine se retrouvent dans nombre de contes, y compris celui de Blanche-Neige ou de Peau-d’âne. Œdipe est fils de Roi et épouse sa mère, la Reine Jocaste.

Dans Ondine, existe aussi un roi et une reine. Cette dernière est très gentille avec Ondine : elle la prend sous sa protection. Dans les rêves aussi on retrouve les parents sous l’image du roi et de la reine. Lacan commente celui de l’analysant d’Ella Sharpe, dans le séminaire du désir et de son interprétation. Je ne me souviens plus si Freud en rapporte quelques uns dans l’Interprétation des rêves. En tout cas nous avons celui de Renée sous la main, quand elle pénètre au bras du Roi, dans la salle du banquet.

On peut dire qu’elle pénètre ainsi au bras du Roi son père et de son analyste, dans l’Œdipe, celui où c’est enfin le père qui est préféré à la mère comme étant celui qui a le phallus, qui le détient et qui a donc le pouvoir de le donner.

Or comme le rappelait, il y a quelque temps, David, pour le névrosé, il ne s’agit pas de le recevoir ou de le donner, ce phallus, mais de l’être. Or il y a dans ce rêve encore un indice qui mérite notre attention.

Je reprends le texte de ce rêve :

« Voici un très joli rêve qui, malgré bien des incidences prégénitales orales, semble marquer une tendance à une évolution œdipienne normale : « je suis sur les boulevards - Le roi d'Angleterre passe en cortège avec sa femme au bras. Je lui parle et lui dis combien mon fils est heureux de se trouver dans ce beau pays. Il me remercie et m'invite à dîner - Je repars à son bras - La reine s'est effacée - Nous arrivons dans une petite maison - je me trouve alors en présence de laquais qui me montrent une desserte où se trouvent des cristaux de forme variée. Ils m'invitent à choisir une coupe. Je leur réponds que je n'en ai pas envie - Puis je vais dans les communs et je me trouve en présence de ma mère qui fait sa lessive - Elle a ses cheveux blancs en désordre - je lui dis : « Mère, mettez vos chaussures, il faut venir au banquet du Roi. » A ce moment, une dame en manteau de cour me dit de me hâter. Elle a quelque chose d'important à me dire. - Depuis ce rêve, j'éprouve un étrange sentiment de joie et de confiance. » p. 64 du texte de Bouvet.

Voici donc l’indice que j’ai souligné : elle est invitée à choisir une coupe et elle la refuse, elle n’en a pas envie.

Or cette coupe Bouvet l’interprète fort justement comme un « pénis en creux ». Elle refuse encore de recevoir cette coupe et c’est bien dommage pour elle, car nous apprenons dans la suite des associations de ce rêve, qu’elle est sans doute frigide, malgré l’analyse en cours.

Voici ce qu’en écrit Bouvet :

« Ce rêve semble bien montrer la naissance d'un désir œdipien positif. Elle renonce à la possession du pénis, elle accepte l'invitation du roi, dont elle sera l'obligée, mais la persistance de pulsions prégénitales s'y traduit par l'invitation à un repas ; les rapports avec le roi sont d'ordre alimentaire. D'ailleurs le symbolisme du refus de la coupe est 'évidemment complexe, si la malade l'interprète spontanément comme la traduction de son abandon de ses prétentions à la puissance phallique en est-il bien ainsi ? N'est-ce pas un symbole du pénis « creux », expression du désir normal d'assimilation du pénis de l'homme par une femme très réceptive, comme certains analystes l'ont voulu ? »

Dans l’un des rêves précédents, elle avait abandonné son pénis noir, mais elle n’en est pas encore, dans ce rêve, à pouvoir accepter ce pénis en creux.

Avec ce rêve, nous abordons de façon latérale, en lumière rasante, la question si épineuse de la frigidité féminine.