maeght_050La phrase « Ma femme n'est rien pour moi » a été prononcée trois fois d'après ce que nous en dit  Freud. Une première fois elle a été prononcée justement par le père de Dora quand il l'avait accompagnée  chez Freud.

Les deux autres ont été prononcées par Monsieur K. Une première fois il s'adressait à la gouvernante pour la convaincre d'avoir des relations sexuelles avec lui ; Elle se laissa convaincre puis en fera la confidence à Dora.

La seconde fois, c'est donc au cours de la scène au bord du lac, il la redit à Dora.
Donc on peut très prosaïquement trouver plusieurs raisons à cette gifle de Dora flanquée à Monsieur K. 

Elle sait par exemple qu'il a déjà quelques jours avant déjà prononcé cette phrase et qu'elle lui a servi d'argument pour coucher avec la gouvernante.

Autre raison : Dora a à peine dix-huit ans et Monsieur K. est sans doute de l'âge de son père.  Comme le dit Lacan, certes c'est lui qui a l'organe, mais il n'est pas pour autant obligé de s'en servir avec Dora. Cela ne semble pas choquer Freud, mais Dora peut tout à fait  vivre cette relation comme étant tout à fait incestueuse.

Reste  alors la raison inconsciente de cette gifle.
J'aime souvent fureter au travers des pages de mon exemplaire de l'Interprétation des rêves. J'y trouve à chaque fois quelque chose de nouveau et d'inattendu. Or voici une petite anecdote racontée par Freud qui peut éclairer effectivement ce passage à l'acte qu'a été cette gifle.

Freud y décrit les désirs de mort à l'égard de la mère. (p. 225) On s'aperçoit que ce désir est décisif  en tant qu'il inaugure le désir de prendre la place de la mère en tant que femme du père. « Une petite fille très bien douée et très vivante, de quatre ans chez qui ces tendances se manifestent d'une manière toute particulière, dit tout simplement : « maintenant ma petite mère peut s'en aller, mon petit père m'épousera et je serai sa femme. »

On voit bien ainsi comment le destin de l'être sexué, homme ou femme,  ne peut être tracé que par la voie des identifications et des identifications oedipiennes.
Lorsque aussi bien son père que Monsieur K. qui est son substitut, disent à Dora « vous savez bien que ma femme n'est rien pour moi » ils provoquent pour elle un vrai désastre subjectif.
Elle ne peut dès lors s'identifier à Elle. Elle ne peut prendre la place de sa mère ni de Madame K, en tant que femme, en tant que  femme de ces hommes-là.
Enfin, c'est comme ça que je vois les choses.