DSCN1418Vous savez que l’œuvre de Freud est maintenant libre de droits. Il existe cette nouvelle traduction de "L'Interprétation du rêve" de Freud. Elle a été faite par Jean-Pierre Lefèvre. Il a la chaire de littérature allemande à l'école normale supérieure. il a traduit Hegel, Marx et Celan. C'est paru au Seuil.
Cela fait un drôle d'effet de relire ce grand texte qui est nous est si familier dans une autre traduction et surtout une autre présentation.

Le titre a été modifié lui aussi puisque ce n’est plus  « L'interprétation des rêves » mais « L’interprétation  du rêve ». Il y a quelque chose de nouveau qui est introduit dans ce passage du pluriel ou singulier,  une sorte d'approche de la structure du rêve, cela met l'accent, me semble-t-il, davantage sur la théorisation, la technique de son interprétation.

Je n’ai pas la chance de connaître la langue allemande et je ne sais donc quoi penser de cet autre choix de traduction comme titre du Chapitre VII celui de « Défiguration onirique » au lieu du titre « La déformation dans le rêve ».

Mais ce qui m’a tenté dans cette nouvelle traduction de l’Interprétation des rêves, c’est le fait que le traducteur, en tant que professeur de littérature allemande, change radicalement l’angle de vue de ce grand livre et le choix des mots du  titre de ce chapitre VII, « défiguration » ou « déformation » en est l’exemple même. Cette échappée par l’approche littéraire, par la défiguration onirique, nous oblige en effet à regarder de près, attire notre regard sur ce qu’il en est de cette transformation du rêve du contenu latent au contenu manifeste.

Si ce n’est qu’elle évoque plutôt une sorte d’aspect inesthétique, tout compte fait la défiguration ne lui va pas si mal   car quelque chose est défiguré quand il n’est plus reconnaissable et c’est bien ce qui arrive au contenu latent du rêve. Par contre dans le titre « défiguration onirique » le passage du nom à l’adjectif, du « rêve » à « l’onirique » lui fait perdre sa force et surtout son exactitude, car en français, l’onirique est davantage utilisé dans le sens du fantasme, de la rêverie, plus que du rêve.

Quoiqu’il en soit, à un moment, il faut bien choisir et pour le traducteur c’est un acte, un acte où il s’engage. Entre ces deux traductions, chaque lecteur peut s’engager lui aussi. Pour le titre de ce chapitre, je choisirais bien " La défiguration du rêve"

D'ailleurs ce mot entre en écho avec ce que Freud avait dit du rêve comme étant un retour au figuratif, il est mis en images pour faire rébus.

Je n’ai pas encore assez travaillé ces deux traductions l’une littéraire, l’autre analytique, pour pouvoir en dire plus. Ce qui est en faveur de cette nouvelle traduction c’est de redonner à ce grand texte freudien sa portée littéraire en contrepoint de sa portée analytique, car il ne faut pas oublier que Freud s’était vu discerner le grand prix Goethe de littérature à la fin de sa vie, ce dont il était très fier.