dyn001_original_550_387_pjpeg_2625226_7ea60bd19b5405fd2ef74339e020d2e3   L’échelle de Jacob

Marc Chagall a illustré l’Ancien testament et notamment le songe de Jacob. Voici son histoire : «  Il arriva dans un lieu où il passa la nuit ; car le soleil était couché. Il y prit une pierre, dont il fait son chevet, et il se coucha dans ce lieu-là. Il eut un songe. Et voici, une échelle était appuyée sur la terre, et son sommet touchait au ciel. Et voici, les anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle. Et voici l’Eternel se tenait au dessus elle ; et il dit « je suis l’Eternel, je suis le Dieu d’Abraham, ton père et le Dieu d’Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je la donnerai à toi et à ta postérité. Ta postérité sera comme la poussière de la terre ; tu t’étendras à l’occident et à l’orient […] Jacob s’éveilla de son sommeil et il dit : Certainement l’Eternel est en ce lieu et moi je ne le savais pas. Il eut peur et dit : Que ce lieu est redoutable ! C’est ici la maison de Dieu, c’est ici la porte des cieux. » (Genèse XXVIII 13-19)

Les mythes peuvent être déchiffrés comme des rêves, d’autant plus quand ils en prennent   la forme. On ne peut bien sûr que penser, à propos de ce rêve de Jacob, à ce que nous indique Freud dans l’Interprétation des rêves, du symbolisme de l’échelle ou de l’escalier comme étant une représentation de rapports sexuels. «  Les sentiers escarpés, les échelles, les escaliers, le fait de s’y trouver soit que l’on monte, soit qu’on y descende, sont des représentations symboliques de l’acte sexuel » (p.305)

Quelques pages plus loin, pour l’illustrer d’un exemple, Freud rapporte un rêve d’escalier qui concerne la mère et qui est donc un rêve œdipien typique, il figure dans le paragraphe intitulé Un rêve modifié d’escalier (p.319)

L’un de ses analysants faisait de nombreux rêves d’escalier. Freud lui ayant fait remarquer que l’abstinence concernant la masturbation n’était pas forcément la plus souhaitable pour lui, le jeune homme fit ce rêve en réponse : «  Son professeur de piano (Freud en l’occurrence)  lui reproche de négliger ses exercices, de ne pas jouer les Etudes de Moscheles et le Gradus ad Parnassum de Clementi. Il dit,  en commentaire, que le gradus est aussi un escalier et le clavier de même, puisqu’il contient une échelle ».

Si nous revenons maintenant au rêve de Jacob, on constate que, si rapport sexuel il y a, c’est avec Dieu, même si ce dont les anges qui montent et descendent l’échelle.

Mais comme ce rêve est aussi complété par cette autre phrase « que ce lieu est redoutable, c’est ici la maison de Dieu, c’est ici la porte des cieux » on peut aussi considérer que cette maison de Dieu, comme l’église, ou le temple, représente la mère.

Ainsi ce rêve de Jacob est à rapprocher pour l’éclairer, de la représentation de la scène primitive de l’Homme aux loups et peut donc être considéré comme étant la mise en scène d’un fantasme de retour au ventre maternel, fantasme au cours duquel il a ainsi l’occasion de rencontrer le père. Ce fantasme paradoxalement Freud l’interprète, alors qu’il s’agit d’un fantasme de retour au ventre de la mère, comme étant issu d’un attachement au père : « on voudrait être dans le corps de la mère, pour se substituer à elle dans le coït, prendre sa place auprès du père ».

Prendre sa place implique bien sûr aussi d’avoir des enfants du père. De ce point de vue Jacob sera comblé, comme Dieu le lui promet,  par les anges qui sont ses messagers, il aura une nombreuse descendance : Ta postérité sera comme la poussière de la terre ; tu t’étendras à l’occident et à l’orient, au septentrion et au midi et toutes les familles de la terre seront bénies en toi et en ta postérité. »

Et son combat avec l’ange

Si avec  ce songe de Jacob, on évoque en même temps,  son combat avec l’ange qui est décrit dans la Genèse (XXXII, 7-15) combat dont Jacob sort victorieux, nous retrouvons les références bibliques des doubles liens d’un fils à son  père, ce que Lacan a appelé la « père-version », d’une part la haine et le désir de triompher de lui et de le voir disparaître, d’autre part, l’amour, un amour féminin passif, entaché de culpabilité et accentuant donc le versant masochiste du fils en référence au sadisme du père.

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Comme le dit Jacob, ce lieu est terrible, lieu de toutes les angoisses, dont celles de la castration.

D’ailleurs de cette double épreuve, Jacob ne sortit pas indemne. Il fût blessé à la hanche comme Œdipe au pied. Il se mit à boiter, à jamais éclopé ! Il changea aussi de nom et fut baptisé par Elohim « Israël » celui qui combat, sans doute en sous-entendu, ce nom indique-t-il aussi celui qui a triomphé, triomphé dans son combat avec le père.