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Le désir  de devenir psychanalyste n’est-il pas du même ordre que le désir qu’expriment les enfants de devenir aviateur, conducteur de train ou camionneur, instituteur ou brocanteur ?

Les analystes n’en parlent pas souvent parce que c’est de l’ordre de l’intime, mais quand surgissent des rêves en cours d’analyse où pour la première fois le timide désir d’exercer ce métier s’exprime de façon plus ou moins voilé on s’aperçoit alors à quel point un tel désir a de profondes racines inconscientes. Ce sont celles-ci une fois analysées, interprétées, qui permettent alors à chacun de savoir, selon la jolie formule de Lacan, de savoir s’il veut ce qu’il désire.

Je me souviens du premier rêve (il y en a eu d’autres) que j’ai fait en cours d’analyse et qui témoignait de ce désir de devenir psychanalyste. Je ne veux pas bien sûr en décrire toutes les implications mais je peux au moins en donner le contenu manifeste et vous laisser deviner son contenu latent. A l’époque dans la ville où nous habitions il y avait une rue très en pente. J’ai rêvé que je descendais cette rue confortablement assise dans un fauteuil, un fauteuil de psychanalyste. Il avait ceci de particulier d’être muni de roulettes. Ce rêve évoquait un souvenir d’enfance où je descendais effectivement une rue en pente sur une planche à roulettes que fabriquent un jour ou l’autre tous les enfants. Ce sont des jeux garçonniers qui deviennent par la suite interdit aux jeunes filles et qui m’ont laissé quelques regrets. Voilà où va se nicher ce désir de devenir psychanalyste !

Je repensais ce matin à l'un des premiers rêves que j'avais fait en analyse où j'essayais de dire mon désir de devenir psychanalyste et je trouvais qu'il n'était pas racontable parce que trop intime. Pourtant je peux vous en dire un bout. Dans la région parisienne où nous habitions il y avait une très grande côte, je rêvais que je la descendais à vive allure sur un fauteuil à roulettes. Ce rêve correspondait à un souvenir d'enfance où je descendais une rue en pente sur ces chariots que fabriquent tous les enfants. C'étaient des jeux garçonniers qui deviennent par la suite interdits aux jeunes filles. Voilà où va se nicher le désir de devenir psychanalyste.

Ainsi je pense que lorsque Lacan a lancé cette assertion si risquée « L’analyste ne s’autorise que de lui-même », si risquée par rapport à toutes les conséquences qu’elle a eu, à savoir que n’importe qui pouvait décider de le devenir, en s’autorisant de cette formule,  c’est pourtant à la singularité de ce désir qu’il faisait appel pour cette autorisation. L’analyste ne s’autorise que de la singularité de son histoire et de la singularité de son désir, singularité qui est liée à ce qu’a été pour lui le désir de l’Autre.

De même, quand, reprenant cette formule  il la complète ainsi : « L’analyste ne s’autorise que de lui-même… et de quelques autres », il ne s’agit nullement, je pense, de ces quelques autres qui l’entourent et qui le confortent et le rassurent dans ses positions de prestance imaginaire et qui vont l’accueillir par cooptation au sein de leur groupe et l’affubler d’un titre de psychanalyste mais de ces quelques autres qui ont présidé à la naissance de son désir en tant que ce désir ne peut être justement que désir de l’Autre.

Bien sûr ce désir de l’Autre prend avant tout sa source dans le désir parental mais il a été aussi réactualisé, de par la magie du transfert, dans l’analyse, c’est ainsi que le désir du psychanalyste, de l’analyste de l’analysant, venant se substituer au désir des parents, intervient dans le désir de l’analysant de franchir le pas, de s’autoriser analyste.  L’analyste de celui qui est sur le point de s’autoriser analyste fait donc partie de ces quelques autres dont il s’autorisera.

Restera alors l’essentiel, épurer, effacer suffisamment ce désir d’être psychanalyste pour laisser la place à quelque chose d’un autre ordre, ce que Lacan appelé « désir du psychanalyste » qui, au cœur de l’analyse de celui qu’il a accepté d’écouter, trouvera, dans la répétition de cette expérience, sa véritable fonction, celle de renouveler, réveiller la névrose du sujet, d’en faire à proprement parler une névrose de transfert, de la répéter puis de la dénouer justement parce qu’il peut occuper cette fonction du désir de l’Autre.

Ce passage du désir d’être psychanalyste au désir du psychanalyste est essentiel. Il y a entre les deux toute la distance du travail de l’analyse, celle de sa propre analyse mais pas seulement,  si ce désir l’analyste le remet en jeu dans chaque analyse, avec chacun de ses analysants.

J’ai choisi comme possibilité de choix de métier celui de brocanteur. C’est tout compte fait celui qui est peut-être le plus proche du métier de psychanalyste, l’inconscient n’est-il pas pour chacun d’entre nous une sorte de foire à la brocante. Ca peut se discuter mais quand même on y trouve certes quelques antiquités, quelques pièces de musée, mais aussi beaucoup de vieilleries dont on pourrait se débarrasser sans regret.