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« A l’importance pratique des lapsus calami se rattache un intéressant problème. Vous vous rappelez sans doute le cas de l’assassin H… qui se faisant passer pour un bactériologiste, savait se procurer dans les instituts scientifiques des cultures de microbes pathogènes excessivement dangereux et utilisait ses cultures pour supprimer par cette méthode ultramoderne des personnes qui lui tenaient de près. Un jour cet homme adressa à la direction de l’un de ses instituts une lettre dans laquelle il se plaignait de l’inefficacité des cultures qui lui ont été envoyées, mais il commit une erreur en écrivant, de sorte qu’à la place des mots « dans mes essais sur des souris ou des cobayes, on pouvait lire distinctement «  dans mes essais sur des hommes ». Cette erreur frappa d’ailleurs les médecins de l’institut en question qui, autant que je sache n’en ont tiré aucune conclusion »[1].

Freud conclut cette petite histoire en regrettant que le lapsus  n’ait pas été pris en compte au titre d’un aveu et n’ai pas donc provoqué une enquête qui aurait mis fin beaucoup plus tôt aux entreprises de cet assassin.

Mais Freud en profite quand même, à partir de cet exemple, pour souligner la différence qui existe entre la réalité psychique et la réalité matérielle. On peut être un assassin en pensée, en parole et en action. On peut souhaiter la mort de ses ennemis sans pour autant mettre ce désir à exécution. Chacun de nous aurait donc pu faire ce lapsus et pourrait donc regretter que ces souches bactériologiques soient très peu efficaces pour se débarrasser de son voisin. Ainsi va la vie. Un psychanalyste plein de verve que j’aime beaucoup nous avait prescrit cette règle d’hygiène «  Un meurtre tous les jours en pensée et bonne santé vous garderez ». Cette maxime nous repose un peu de ce très hypocrite énoncé chrétien : « Aimez-vous les uns les autres » dont à peine  quelques séances d’analyse nous permettent de découvrir l’inanité.

 



[1] S.Freud, Introduction à la psychanalyse, p. 57 et 58.