Soulages

 

Dans ce temps particulier, on entend des choses troublantes.

Le mariage tente de prendre de nouvelles formes, la famille, les mots qui la fonde s'en trouvent bouleversés, parfois même escamotés.

Que des mots viennent à disparaître, remplacés par d'autres, s'inventer, quoi de plus naturel dans une langue vivante.

Mais il est certains mots, appelons les «signifiants primordiaux», qui demandent attention.

 

« Je ne pense même pas que la question fasse doute. Mais le fait que ce ne serait pas généralement reçu ne change rien à la question. Il suffit que certains le tienne pour sûr pour que là même soit posé cette question. C'est donc d'une expérience purement symbolique, à un de ces niveaux tout au moins impliquant la conquète de la relation symbolique comme telle, que dépend l'équilibre, la juste situation du sujet humain dans la réalité, dans son ensemble.

Et après tout, maintenant, à y réfléchir, qu'avons nous besoin même de la psychanalyse pour le savoir? Comment ne sommes nous étonnés que depuis longtemps les philosophes n'aient pas mis l'accent sur le fait que la réalité humaine est irréductiblement structurée comme signifiante.

C'est de là que je partais une fois de plus la dernière fois, que sont bâties si je puis dire ces arches, que ces lignes de forces sont faites, du signifiant comme tel, qu'il y a un certain nombre d'éléments... Je parlais tout à l'heure du jour et de la nuit, de l'homme et de la femme, de la paix et de la guerre. Je pourrais encore énumérer un certain nombre de choses qui sont quelque chose qui ne se dégage pas du monde réel, qui lui donne son bâti, ses axes, sa structure, qui l'organisent, qui font que l'Homme s'y retrouve, qui font qu'il y a pour lui en effet une réalité, telle que nous la faisons intervenir dans l'analyse comme telle, [cela] suppose à l'intérieur de lui-même, cette trame, ces nervures de signifiants comme tel.» (1)

Dans cette énumération de mots qui semblent ne pas pouvoir aller l'un sans l'autre, ou encore qui ne peuvent se substituer l'un à l'autre (la paix n'est pas la guerre, la nuit n'est pas le jour...) et qui donnent son bâti au monde réel,

ne pourrait on pas ajouter les mots père et mère ?

 

Un peu plus loin, à propos des mythes et des signifiants qui les composent:

« N'est-il pas clair que ces mythologies, c'est très précisément quelque chose qui veut dire ça, qui vise ce qui est en effet essentiel à la position, à l'installation, à la tenue debout de l'Homme dans le monde. Savoir en effet quels sont les signifiants primordiaux. Comment on peut concevoir leurs rapports, leur généalogie. »(2)

 

 

David Berton, le 5 mars 2013.

 

 

  1. J. Lacan, Séminaire Les Psychoses, 1955-56, version sténotypie, séance du 18 avril 1957, pp. 6-7.

  2. Ibid, p. 9.