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« Α la vérité, je ne crois pas qu'il y ait dans ce que j'ai jamais enseigné deux temps, un temps qui serait centré sur le stade du miroir, sur quelque chose de pointé sur l'imaginaire, et puis après, avec ce moment de notre histoire qu'on repère sur le rapport de Rome, 1a découverte que j'aurais faite tout d'un coup du signifiant. Dans un texte qui je crois n'est plus facile d'accès, mais enfin qui se trouve dans toutes les bonnes bibliothèques psychia­triques, un texte paru à L'Évolution Psychiatrique qui s'appelle Propos sur 1a causalité psychique, discours qui nous fait remonter, si mon souvenir est bon, juste après la guerre en 1946, ceux qui s'intéressent à 1a question qui m'est ainsi posée, je les prie de s'y reporter, ils y verront des choses qui leur prouveront que ça n'est pas de maintenant que cet entre jeu de ces deux registres a été par moi intimement tressé.

[…] Ι1 y a bien des façons de vous rappeler que l'articulation du sujet au petit autre et l'articulation du sujet au grand Autre ne vivent pas séparées dans ce que je vous démontre. Ι1 y aurait plus d'une façon de vous le rappeler. Je vais vous le rappeler dans un certain nombre de moments qui ont déjà été éclai­rés, ponctués comme essentiels dans mon discours. Je vous fais remarquer que ce que vous voyez 1à dans mon tableau, ce n'est rien d'autre qu'un schéma déjà publié, dans les remarques que j'ai cru devoir faire sur le rap­port à Royaumont de Daniel Lagache.

 

 

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Et ce dessin où s'articule quelque chose qui a le rapport le plus étroit avec notre sujet, c'est-à-dire 1a fonction de dépendance de ce que j'appelais respectivement le moi-idéal, et l'idéal du moi, le reprenant de ce rapport de Daniel Lagache, mais aussi d'un discours antérieur que j'avais fait ici, dès 1a deuxième année de mon séminaire. Rappelons donc comment le rapport spéculaire se trouve inséré, se trouve donc prendre sa place, se trouve dépendre du fait que le sujet se constitue au lieu de l'Autre. Il se constitue de sa marque dans le rapport au signifiant. Déjà rien que dans la petite image exemplaire d'où part la démonstration du stade du miroir, dans ce moment dit jubilatoire où l'enfant s'assume comme totalité fonctionnant comme telle dans son image spéculaire, est-ce que, depuis toujours, je n'ai pas rappelé le rapport essentiel à ce moment, de ce mouvement qui fait que le petit enfant qui vient se saisir dans cette expé­rience inaugurale de 1a reconnaissance dans le miroir se retourne vers celui qui le porte, qui le supporte, qui le soutient, qui est 1à derrière lui, l'adulte, l'enfant se retourne en un mouvement vraiment tellement fréquent, je dirais constant que tout un chacun je pense peut avoir le souvenir de ce mouve­ment; il se retourne vers celui qui le porte, vers l'adulte, vers celui qui, là, représente le grand Autre comme pour appeler en quelque sorte son assen­timent, vers ce qu'à ce moment l'enfant dont nous nous efforçons d'assu­mer le contenu de l'expérience, dont nous reconstruisons dans le stade du miroir quel est le sens de ce moment en le faisant se reporter à ce mouve­ment de rotation de 1a tête qui se retourne et qui revient vers l'image, semble lui demander d'entériner 1a valeur de cette image. Bien sûr, ce n'est là qu'un indice que je vous rappelle, compte tenu de 1a liaison inaugurale de ce rap­port au grand Autre avec cet avènement de la fonction de l'image spéculai­re ainsi notée comme toujours par i (a). »

Séance du 5 décembre 1962, séminaire des Psychoses.