Le livre bleu de la psychanalyse

Ce blog sera avant tout une invitation à la découverte de la psychanalyse. En contrepoint de ce livre noir, je propose ce livre bleu de la psychanalyse, bleu comme le ciel à travers les branches des oliviers de Provence ou bleu comme tes yeux, mais auss

19 septembre 2007

De l’importance d’avoir du nez

stael

L’odorat comme « base organique » du refoulement

Dans l’histoire de Dora, Freud aborde la question du dégoût, dégoût éprouvé par elle, au moment où Monsieur K. avait essayé de l’embrasser,  alors qu’elle avait une quinzaine d’années. Il  met ce dégoût  en relation avec l’odeur et notamment l’odeur des excréments, nous ne sommes donc pas au niveau des bonnes odeurs mais des mauvaises.

Il écrit : « La sensation de dégoût semble primitivement être une réaction à l’odeur (plus tard aussi à l’aspect des déjections. Or les organes génitaux de l’homme, en particulier le membre viril, peuvent rappeler les fonctions excrémentielles, car l’organe y sert, en dehors de la fonction sexuelle, à celle aussi de la miction ». Freud y rappelle le célèbre « entre les selles et les urines nous sommes nés » des pères de l’Eglise.

Cependant, comme souvent, Freud laisse ouverte cette question de ces liens entre la vie sexuelle et les fonctions excrémentielles, en indiquant que le fait que « cette association puisse être suscitée n’explique pas pourquoi elle l’est en fait ».

Nous trouvons pourtant un début de réponse à cette question dans l’une des lettres de Freud adressée à Fliess, c’est dans la lettre 75, datée du 14 novembre 1897, lettre au  cours de laquelle il annonce qu’il est lui-même son « plus important patient », il a en effet commencé son auto-analyse.

Voici ce que Freud annonce à son correspondant avec quelque solennité : «  Il y a quelques semaines seulement, je manifestai le désir de saisir ce qui se trouvait d’essentiel derrière le refoulement et c’est de cela que je vais t’entretenir dans cette lettre. »

Or ce qu’il va y décrire c’est justement ce qu’il en est de la fonction du nez comme étant en quelque sorte l’opérateur structural du mécanisme du refoulement et donc de la constitution de l’inconscient.

L’homme en se mettant debout a appris à « lever haut le nez » c'est-à-dire, selon le sens de cette expression, à être hautain et méprisant.

Que mépriserait-il ?  Justement les souvenirs que l’on souhaite oublier, ces « pages de honte » d’un lointain passé, ce temps où les excréments étaient l’objet du plus vif intérêt.

Comme c’est une articulation non seulement neuve mais un peu subtile, cela vaut la peine de la reprendre pas à pas et même mot à mot.

« Il m’est souvent arrivé de soupçonner – il subodore – qu’un élément organique entrait en jeu dans le refoulement et je t’ai raconté un jour qu’il s’agissait de l’abandon d’anciennes zones sexuelles… Cette hypothèse se rattachait pour moi au rôle modifié des sensations olfactives : au port vertical, aux narines s’éloignant du sol, et par cela même, une foule de sensations antérieurement intéressantes qui émanent du sol deviennent repoussantes. »

Cet abandon n’est pas suffisant pour expliquer le refoulement, il faut de plus, que le réveil de ces affects concernant ces zones abandonnées, anales et buccales, provoquent du déplaisir.

Il y a un effet d’après-coup à propos des souvenirs d’excitation des zones sexuelles abandonnées. Elles ne provoquent plus du plaisir mais du déplaisir, « une sensation interne analogue au dégoût ressenti dans le cas d’un objet.

Pour nous exprimer plus crûment, le souvenir dégage maintenant la même puanteur qu’un objet actuel. De même que nous nous détournons avec dégoût notre organe sensoriel (tête et nez) devant les objets puants, de même le pré-conscient et notre compréhension consciente se détournent du souvenir. C’est là ce qu’on nomme refoulement ».

Il semble donc que ce n’est pas pour Freud une simple métaphore, le détournement de dégoût de la tête et du nez face à la vue et à l’odeur des excréments double en quelque sorte le processus du refoulement, en constitue sa solide base organique.

Un point reste quand même mystérieux, c’est le dégoût lié non plus aux excréments, mais aux satisfactions orales. Nous pouvons penser par exemple  à ce que racontait Freud à propos de Dora, la suçoteuse, comment elle  exprimait, dans ses symptômes,  un dégoût pour les baisers.

On peut se demander si ce ne sont pas alors les mauvais souvenirs liés à l’épreuve du sevrage, qui provoquent le dégoût et donc la cause du refoulement. Entre alors en jeu toutes ces manifestations de dégoût pour le lait et tous les produits lactés que l’on retrouve si souvent, mais peut-être aussi toutes les inappétences, voire les anorexies.

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22 septembre 2007

Secrètes fragrances

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De beaux mots de la langue française tombent sans cesse en désuétude. Dans les dictionnaires.   Ces mots, qui brillent de leurs derniers feux avant de disparaître,  portent souvent l’adjectif de « vieilli » ou,  au mieux,  de « littéraire ». Le mot « fragrances » fait partie de tous ces mots en voie de disparition. Avec ce titre « Secrètes fragrances » j’espère le tenir encore sur le fil de sa  vie,  au titre de parfums, de parfums suaves.

Juliette, une chanteuse qui compose le plus souvent à la fois les textes et les musiques de ses chansons, a célébré dans l’une d’elles,  des  parfums,  traces de la présence d’une femme aimée ou peut-être de l’homme aimé, on ne sait. Mais ce serait plutôt des parfums de femme qui sont ainsi évoqués.

« ….

Je veux garder pour en mourir

Ce que vous avez oublié

Sur les décombres de nos désirs

Votre parfum sur l’oreiller

Laissez-moi deviner ces subtiles odeurs

Et promener mon nez

Parfait inquisiteur

Il y a des fleurs en vous

Que je ne connais pas

Et que gardent jaloux

Les replis de mes draps »

Suivent dans ce poème de subtiles évocations poétiques de parfums de fleurs ainsi que des références littéraires

«  Sans doute il y eut des rois

Pour vous fêter enfant

En vous disant « Reçois

Et la myrrhe et l’encens »

Les fées de la légende

Penchées sur le berceau

Ont fleuri de lavande

Vos yeux et votre peau

J’ai deviné tous vos effets

Ici l’empreinte du jasmin

Par là la trace de l’œillet

Et là le soupçon du benjoin »

Certes elle convoque aussi d’autres parfums de l’enfance,  « l’odeur du roudoudou », « la grand-mère aux confitures », « l’orange de Noël », « les filles à la vanille et les garçons au citron », cependant soudain d’autres odeurs sont évoquées, celles-là plus secrètes, les odeurs corporelles : 

« Voici qu’au milieu des bouquets

De douces fleurs et de bonbons

S’offre à mon nez inquiet

Une troublante exhalaison

C’est l’odeur animale

De l’humaine condition

Et voici qu’ils affleurent

L’effluve du trépas

L’odeur d’un corps qui meurt

Entre ses derniers draps… »

Cette chanson  se termine par une invitation à profiter de la vie tant qu’il en est encore temps : «  Avant que le temps souverain et sa cruelle taquinerie n’emportent votre amour ou le mien vers d’autres cieux ou d’autres lits, je veux garder pour en mourir, ce que vous avez oublié, sur les décombres de nos désirs, toute votre âme sur l’oreiller ».

On peut mourir d’amour et Juliette, célébrant les secrètes fragrances de son objet d’amour, nous en apporte la preuve. Mais il est un autre mot, dans le registre de ces odeurs qui est, lui aussi, un peu tombé en désuétude, et qui, au contraire des fragrances, est de l’ordre des mauvaises odeurs, c’est celui de « pestilence ». Jadis, au cours des épidémies de peste, les populations pour s’en protéger se mettaient des nez postiches. De la peste, cette pestilence  n’a gardé que ce registre nasal, celle des odeurs putrides.

C’est un mot que Lacan avait utilisé à propos de l’analyste. Il avait en effet trouvé cette très jolie métaphore selon laquelle « l’analyste est un feu follet » pour l’opposer au Fiat Lux, « Et la lumière fut » de la création du monde. « Un feu follet, affirme-t-il n’éclaire rien, il sort même ordinairement de quelque pestilence ».

Ce Feu follet  est un effet  de la décomposition des matières organiques. Selon la tradition il effrayait les passants qui osaient de nuit traverser les cimetières car ils y voyaient une   manifestation d’outre-tombe, celle de l’âme des morts.

Est-ce de ces pulsions partielles qui ont jalonnées son enfance, de ces pestilences pulsionnelles, que l’analyste trouve le chemin de son désir, tout d’abord, puis celui du désir du psychanalyste, un désir « averti »  concernant «  l’humaine condition » ?   

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14 octobre 2007

Lacan parle de l’amour

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Lacan, dans son séminaire en 1974, évoquait la perte de la dimension de l'amour à l'époque où nous vivons et il en décrivait quelques unes de ses   conséquences catastrophiques pour le destin de chaque sujet.

Or il a toujours  abordé cette question de l’amour dans les trois registres du symbolique, de l’imaginaire et du réel.

J’en ai retenu trois définitions qui vont pouvoir nous servir de points de repères quant aux effets qu’entraîne sa perte.

« L’amour est l’imaginaire spécifique de chacun, ce qui ne l’unit qu’à un certain nombre de personnes pas choisies du tout au hasard. »

Seconde définition abordée avec le réel « L’amour est ce qui supplée à l’absence de rapport sexuel ».

La troisième définition que je trouve la plus sensible se trouve à la fin du séminaire Encore, son approche en est symbolique :

« Tout amour se supporte d’un certain rapport entre deux savoirs inconscients »

Il est « en somme la reconnaissance à des signes toujours ponctués énigmatiquement de la façon dont l’être est affecté en tant que sujet du savoir inconscient »

L’amour enfin est mis à l’épreuve du réel : « Il n’y a rien d’autre que… la rencontre chez le partenaire des symptômes, des affects, de tout ce qui chez chacun marque la trace de son exil… du rapport sexuel".

Quelque chose donc cesse de ne pas s’écrire de cette rencontre entre un homme et une femme. Elle est mise sous le signe du petit bonheur la chance.

Pour que cette rencontre soit possible, il faut que chacun ait pu franchir l’épreuve du complexe de castration,  c'est-à-dire qu’il ait pu s’inscrire dans la fonction phallique comme homme ou comme femme, et qu’il  ait donc  renoncé à être l’objet métonymique du désir de la mère, qu’il  ait renoncé à être son phallus et donc de coïncider avec l’objet de son désir et ce de par l’action efficace de la métaphore paternelle.

Cette fonction du complexe de castration par rapport à l’enfant qui naîtra de cette rencontre lui est tout aussi nécessaire : sans ce repérage de l’Autre maternel comme Autre désirant, et donc comme castré, il ne peut que tenter en vain de se dégager de la toute puissance du désir de sa mère.

C’est bien en effet autour de cette question du désir de l’Autre, de sa nécessaire symbolisation, que Lacan va articuler ce qu’il en est de cette dégénérescence catastrophique de la fonction paternelle à l’époque où nous vivons.

A rester sous l'emprise de ce désir de l'Autre, L'enfant en sera réduit à trouver d'autres appuis, dans le champ social, pour réussir à réaliser ce désir de l'Autre, de se parer par exemple de titres universitaires, en tant que ces titres sont des instruments de puissance.

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29 octobre 2007

La mort d’un père

abraham

Dans l’une de ses  lettres adressées à Fliess, datée du 30 juin 96, nous retrouvons la trace de la mort du père de Freud.

Il lui écrit : « Mon vieux père (il a 81 ans) se trouve à Bade dans un état de santé très critique, avec collapsus cardiaque, paralysie de la vessie, etc. Les seuls événements importants de cette quinzaine ont été l’attente des nouvelles et les visites que je lui ai faites… »

Le 26 septembre 96, il lui annonce sa mort : « Hier nous avons enterré mon vieux père mort dans la nuit du 23. Jusqu’à la fin, il s’est montré l’homme remarquable qu’il a toujours été. »

Quelques jours après, il lui écrit : Il faut que je te raconte un joli rêve que j’ai fait pendant la nuit qui a suivi l’enterrement. Je me trouvais dans une boutique où je lisais l’inscription suivante :

ON EST PRIE

DE FERMER LES YEUX

J’ai tout de suite reconnu l’endroit, c’est la boutique du coiffeur où je vais tous les jours ». Le jour de l’enterrement Freud était arrivé en retard, ayant du attendre chez ce coiffeur. La famille lui en avait voulu et de son retard et du fait aussi que ces funérailles étaient très modestes, selon le vœu de son père.

Freud interprète son rêve comme ayant un double sens : « il faut faire son devoir envers les morts ».

Cela ressemble, me semble-t-il, à un ordre du Surmoi, un rappel à l’ordre avec le sentiment de culpabilité qui l’accompagne. Mais l’autre sens est sans doute celui du devoir au sens propre à rendre aux morts et notamment celui d’avoir à leur fermer les yeux.  Freud termine sa lettre  par ce commentaire : « Le rêve émane donc d’une tendance au sentiment de  culpabilité, tendance très générale chez les survivants… »

Freud reprend ce rêve dans l’Interprétation des rêves mais il modifie l’inscription qui se trouvait sur le tableau. Y est inscrit à la fois le singulier et le pluriel, un œil, des yeux.

Il  l'utilise comme matériel de démonstration pour expliciter le travail du rêve  et donc la façon de l'interpréter quand, dans un rêve,  il semble  y avoir un choix possible qui est marqué d'un "ou bien". Il nous indique que  ce "ou bien" doit être remplacé par un "et" marquant la succession et non  pas un choix.
Voici donc le texte de ce rêve tel qu’il le reprend :

" La nuit qui précéda l'enterrement de mon  père je vis en rêve un placard imprimé, une sorte d'affiche, quelque chose  comme le "Défense de fumer" des salles d'attente des gares. On y lisait :
                                    On est prié de fermer les yeux
                                                    ou
                                    On est prié de fermer un oeil

ce que j'ai l'habitude d'écrire ainsi :
                                       les yeux
On est prié de fermer ---------------
                                        un oeil


Entre les deux versions, on s’aperçoit que  Freud a modifié, sans doute sans s’en apercevoir, la date du rêve, puisque, dans sa lettre, il parle de la nuit qui a suivi la mort de son père et dans L’Interprétation des rêves, de la nuit qui a précédé cette mort.  Par contre il se justifie davantage sur les reproches qui lui avaient été faits : "j'avais choisi le cérémonial  le plus simple, sachant ce que mon père pensait de ces sortes de choses ; certains membres de ma famille m'avaient désapprouvé, objectant le qu'en  dira-t-on. D'où l'expression allemande "fermer un oeil" (user d'indulgence) ».
Comme le rajoute une note du traducteur, en français, ces deux termes connectés par le "ou bien" un œil ou deux yeux n'auraient pas eu lieu d'être, puisque l'expression  concerne les deux yeux et non pas un seul, celle de « fermer les yeux » pour pardonner une faute,   par contre peut-être cette dualité aurait-elle été maintenue si par exemple il s'agissait d'une
inversion et qu'au lieu de "fermer l'oeil" il s'agissait au contraire de  l'ouvrir, comme on dit "ouvrir l'oeil et le bon".

Donc il s’agit de rendre ses devoirs aux morts, d’être là et de leur fermer les yeux. Il s’agit aussi de culpabilité éprouvée à leur égard. Mais je rajouterais bien deux autres pistes d’interprétation : curieusement Freud ne nous dit vraiment pas grand-chose, quant à  l'interprétation possible de ce rêve,est-ce que nous ne serions pas,  nous aussi, priés d'avoir à fermer les yeux ? Sur quoi, peut-être sur ce que Lacan a appelé les péchés des pères. Mais pas seulement.

Parmi tous les rêves que Freud a analysé,  dans son ouvrage, tout un chapitre est consacré rêves absurdes et il constate lui-même qu’il sont tous liés à la mort du père.
Le plus exemplaire est sans doute celui où son père joue le rôle d’un grand homme que Freud admirait beaucoup, Garibaldi.

Voici le texte de ce rêve « Mon père a joué, après sa mort, un rôle politique chez les magyars ; il les a unis politiquement. Je vois ici un petit tableau peu distinct : une foule comme au Reichstag ; une personne debout sur une ou deux chaises… Je me rappelle que sur son lit de mort il ressemblait beaucoup à Garibaldi et je me réjouis que cette promesse se soit réalisée. »Freud en rajoute ce commentaire : «  Ceci est n’est-ce pas suffisamment absurde. »

Comment analyse-t-il ce rêve ?

Derrière cette « élévation » du père dont il fait un héros, un héros qui sauve, ce qui se cache c’est tout autre chose : « Cette « élévation » de nos  pensées nous montre que c’est au vulgaire, au commun que avons affaire. » Ce que camoufle ce rêve c’est donc la découverte du corps réel du père, de son cadavre. Il l’illustre en effet d’un souvenir, la douleur d’une jeune fille, dont  le père était mort dans la rue, lorsqu’elle avait constaté qu’il avait eu une selle au moment ou après sa mort. « La fille fût profondément malheureuse que ce détail très laid vînt gâter le souvenir de son père ». Freud en déduit le désir de ce rêve qu’il énonce ainsi «  Apparaître après sa mort, pur et grand aux yeux de ses enfants, qui ne le souhaiterait ? »

Mais ne pourrait-on pas dire aussi qu’il s’agit de fermer les yeux sur le conflit qui surgit au moment de la mort du père entre l’image d’un père idéalisé, un grand homme, et, à l’opposé, cette image qui s’impose du corps du père et qui fait de lui un pauvre homme. Père imaginaire, d’un côté, père réel de l’autre, qu’advient-il du père symbolique, si nous nous référons aux trois registres lacaniens ?

Je ferais volontiers l’hypothèse que c’est le temps du deuil qui progressivement lui redonne son statut, c’est un temps de deuil mais un temps aussi ou, soit il y a une  recrudescence des symptômes, soit une possibilité de sublimation. Pour ce qu’il en est de cette recrudescence des symptômes, nous avons un bel exemple avec le grand scénario obsessionnel de l’Homme aux rats, pour ce qu’il en est de la sublimation, nous pouvons en trouver une preuve dans ce que Freud nous en raconte dans la préface de la seconde édition de L’interprétation des rêves, écrite neuf ans après la première.
Il évoque le  contenu du livre qui   n'a pas  subi de modifications importantes au fil du temps :

"... l'essentiel  de ce que j'ai écrit sur le rêve et son interprétation et sur les théorèmes  psychologiques qui en découlent restent inchangés ».
Il  indique aussi que par rapport à toutes les incertitudes qu'il a rencontrées sur l'étiologie ou le mécanisme des psychonévroses, il a toujours pu "s'en tenir à ses premières assertions", grâce à cet ouvrage sur les rêves et la possibilité de les interpréter : « Au cours des longues années pendant lesquelles j'ai travaillé au problème des  névroses, j'ai eu bien des hésitations et, souvent, je ne savais plus que penser. Chaque fois c'est l'interprétation du rêve qui m'a rendu
l'assurance ».
Mais c'est surtout ce point que j'ai retenu : "Pour moi, ce livre a une  autre signification, une signification subjective que je n'ai saisie qu'une  fois l'ouvrage terminé. J'ai compris qu'il était un morceau de mon  auto-analyse, ma réaction à la mort de mon père, l'événement le plus
important, la perte la plus déchirante d'une vie d'homme. Ayant découvert  qu'il en était ainsi, je ne me sentis plus  capable d'effacer les traces de cette influence".
Est-ce que  ce livre de Freud qui se trouve être en quelque sorte l'épitaphe qu'il avait inscrit sur la tombe de son père, ne peut plus, en tant que tel,  être modifié ? Il est effectivement désormais gravé dans le marbre, le marbre de la psychanalyse.

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16 novembre 2007

Une grande déréliction de la fonction paternelle

munchFreud de son temps avait évoqué, dans l’un de ses ouvrages, les malaises de la civilisation. Nous  évoquons, nous aussi souvent, ces malaises de la civilisation à l’époque où nous vivons. Sont-ils tellement différents ? Une approche analytique peut certes en être tentée et notamment  avec ce terme que Lacan évoquait, celui d’une forclusion du Nom du père dans le champ social, ce qui est un terme très fort puisque cela fait référence à la structure de la psychose, il donne pour cause de cette forclusion  une  perte de la dimension de l’amour et notamment perte de ce qu’on peut appeler une perte de la dimension de l’amour de transfert.

Pour le démontrer (c’est dans le séminaire des non dupes errent)  il décrit la façon dont se monnaye ce Nom-du-père encore appelé par lui métaphore paternelle. Ce terme même de monnayage implique bien sûr tout un système d’échanges, pour ne pas dire de trocs.  Pour avoir la chance de pouvoir porter  le nom de son père,  je dirais de plein droit,  tout  passe par la parole de la mère. De ce monnayage, elle se trouve être en effet l’indispensable intermédiaire ou médiatrice. D’elle,  dépend la réussite ou l’échec de cette brûlante négociation. 

Lacan le formule ainsi «  le défilé du signifiant par quoi passe à l’exercice ce quelque chose qui est l’amour, c’est très précisément ce nom du père qui est non, n, o, n, qu’au niveau du dire, et qui se monnaye par la voix de la mère dans le dire non d’un certain nombre d’interdictions ».

Quel en est le résultat ? Tout d’abord incontestablement la mise en place de cette fonction d’exception du père,  cet il existe un x qui échappe à la castration, et qui permet l’identification du sujet en tant qu’homme ou en tant que femme.

Deuxièmement, Il ouvre aussi, au sujet, par l’intermédiaire de la mise en place de l’Idéal du moi, qui lui sert de modèle, le vaste champ de toutes les sublimations possibles. Mais, dans le contexte de ce que Lacan élabore concernant cette perte de la dimension de l’amour, on peut aussi dire que l’effet de ce monnayage par la mère de cette parole du père, transmise par ses soins, est surtout un affranchissement du désir du sujet par rapport au désir de sa mère mais aussi bien du désir du père.

Car c’est par rapport à cette  difficulté de se libérer de l’emprise du désir de l’Autre que Lacan va alors évoquer une  fonction je dois dire assez inattendue,  qui vient se substituer à la fonction du père et constitue le signe même de sa forclusion, en tant qu’il est  retour dans le réel, de ce qui n’a pas été symbolisé et qui est celle du "être nommé à".

Je le cite : « Etre nommé à quelque chose, voilà ce qui pour nous, à ce point de l’histoire où nous sommes  se trouve être préféré – je veux dire effectivement préféré, passer avant ce qu’il en est du nom du père. Qu’est-ce que cette trace désigne comme retour dans le réel, en tant que le nom du père est forclos, rejeté… est-ce que ce nommer à n’est pas le signe d’une dégénérescence catastrophique ? »

Dans les séances qui suivent,  il  donne deux exemples de ce nommer à, le premier est le plus  surprenant.  C’est celui d’être nommé à la psychanalyse, ou  à la béatitude, et  aussi, par voie de conséquence, d’être nommé au titre de psychanalyste. A l’époque de l’école freudienne, il s’agissait donc d’être nommé au titre d’A.M.E. ou d’A.E., titres qui relèveraient donc, en toute bonne logique, seraient la preuve flagrante,  de cette forclusion du Nom du père dans le champ social.

Le second exemple est celui de la recherche de l’obtention de  titres universitaires, une recherche de titres qui ne serait  pas liée au désir de savoir car, selon son dire,  il n’existe aucun désir de savoir si ce n’est un désir attribué à l’Autre, en tant que repéré par l’Autre « comme, dit-il, un instrument de puissance ». 

Autrement dit ce qui serait ainsi visé, disons le mot, au travers de ce nommer à,  c’est l’attribution ou l’obtention  d’un instrument phallique.

Cependant j’avoue être restée tout à fait perplexe devant une énonciation  qui ne me semble pas cohérente : En effet à cette forclusion du nom du père dans le champ social qui signerait donc la psychose, ce qui en répondrait ce n’est pas, pour chacun des sujets, cette même forclusion, mais des manifestations hystériques, une identification hystérique au désir de l’Autre. Comme l’appelle Lacan, « la moutarde », ou la « minotte », ou la « nine », comme on dit plutôt dans le midi,  pour se plier au désir de sa mère, préparera l’agrégation, mais sans que cette approche du champ du savoir soit pour elle une forme de sublimation.

Bien sûr on peut aussi considérer qu’il n’y a pas que l’obtention de titres universitaires,  pour satisfaire à  ce désir de l’Autre maternel,   on peut  aussi bien, avec un peu de chance, être nommé à la présidence de la république ou à la députation, au conseil constitutionnel ou encore à l’académie française.

Dans ce contexte,  je me suis aussi  demandé quel pouvait être le rapport entre ce désir d’être nommé à et le désir de se faire un nom. On peut trouver, tout comme pour le être nommé à, toute une série d’espaces sociaux où ce désir pourrait se réaliser.  On peut, par exemple,  se faire un nom dans la finance ou dans la délinquance, dans la mafia ou dans le cinéma, dans le foot ou dans la boxe. Je pense entre autres, à ces chanteurs, tel Jonny Halliday, et à ses grands acteurs, tel Gérard Depardieu, qui ont commencé leur carrière dans la délinquance.

Je viens d’introduire ce terme de délinquance, parce que son approche analytique nous permet de saisir - comme pour le être nommé à -   son articulation possible au désir de l’Autre,  au désir de la mère et comme étant également un signe de cette forclusion du nom du père dans le champ social.

On peut en trouver de solides références, par exemple,  dans ce livre de Kate Friedlander,  qu’elle a consacré à la délinquance juvénile (1),  livre auquel Lacan se réfère d’ailleurs quand il avait écrit son article l’apport de la psychanalyse en criminologie.

Mais  pour poursuivre ce fil, celui des rapports que l’on peut établir entre le désir d’être nommé à et le désir de se faire un nom il me semble que justement, dans ce dernier,  il y a déjà une tentative de se libérer du désir de la mère et une sorte d’appel, même s’il est en quelque sorte désespéré,  à la reconnaissance du père. Par exemple, comme Lacan l’a souligné,  le désir de Joyce que les universitaires s’occupent de lui pendant trois cents ans, était  de ce registre là, le désir de se faire un nom dans la littérature, une façon de maintenir coûte que coûte et envers et contre tout,   le nom de son ivrogne de père.

Si j’ai évoqué ici le désir de se faire un nom, c’est parce qu’il me semble qu’il pourrait être une issue de secours aux problèmes actuels que pose la délinquance des jeunes. Comment pris dans le désir de leur mère, eux aussi, pourraient-ils trouver par les chemins de traverse qu’ils ont empruntés, un adulte capable de leur ouvrir des possibilités de sublimation, une  sublimation telle qu’elle leur permettrait de se faire un nom. Après maints détours chaotiques, peut-être pourraient-ils ainsi apporter la preuve, que pour eux aussi, « bon sang, ne saurait mentir ».

Je vais essayer de reformuler de façon un peu plus resserrée ce que je vous propose dans cette approche par trop rapide :

C’est la perte de la dimension de l’amour entre un homme et une femme qui entraîne cette forclusion du nom du père dans le champ social.

Cette perte  a pour effet de rendre impossible ce qu’il en est de la castration symbolique du sujet. Il reste donc assujetti au désir de sa mère.

Une « loi de fer » se substitue à la loi du désir instaurée par le nom du père.  Cette loi de fer concerne la nécessité de conquérir des titres universitaires comme instrument de puissance. Elle maintient,  dans une  transmission de mère à fille, quelque chose de l’ordre d’une revendication phallique de l’ordre de l’imaginaire puisqu’il s’agirait d’obtenir un phallus qui resterait en quelque sorte en sa possession.

Une loi de la jungle préside, elle,  aux actes délictueux en tout genre.

Mais je ne sais comment nommer cette loi qui préside à d’autres destins tout aussi dramatiques, ceux de l’anorexie, que je n’ai pas abordée ici, mais qui est elle aussi, par sa recrudescence,  un des signes flagrants de cette forclusion du nom du père dans le champ social.

Par ces évocations loi de fer, loi de la jungle, peut-être comme troisième, loi du plus fort, il me semble avoir au moins suggéré que la «  perte de la dimension de l’amour » évoquée par Lacan ne peut qu’entraîner une fatale résurgence de la haine, à l’époque où nous vivons ?

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05 décembre 2007

Ce q'u'on nomme contrôle ou supervision

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Dans les temps anciens, ceux où j'ai commencé à exercer le métier de psychanalyste, les jeunes analystes travaillaient pendant  plusieurs années si je puis dire « sous contrôle ». Certes ce mot est plus que mal choisi. On  préfère quelquefois à ce mot de contrôle, surtout dans les pays anglo-saxons, celui de supervision. Enfin c’est le mot en usage pour indiquer le fait qu’à ses débuts, il est judicieux qu’un analyste  puisse parler de son travail avec ses analysants à un autre analyste.

Il y a quelques années, nous avions proposé avec quelques amis analystes de débaptiser ce contrôle, pour tous les effets surmoïques qu’il pouvait provoquer en référence à cette période infantile de l’apprentissage de la propreté avec éducation des sphincters. A la place nous avions proposé le nom d’accompagnée. Le jeune analyste était accompagné dans ses premiers pas auprès de ses analysants, par un analyste plus expérimenté.

Quelque soit le nom choisi, ces séances d’accompagnée  ne sont  pas tellement nécessaires pour une question d'habilitation ou  de reconnaissance de l’analyste par ses pairs,  mais plutôt à cause du besoin qu’il ne peut qu’éprouver  de faire le mieux possible ce qui était  attendu de lui, une écoute efficace de ses analysants ayant pour effet une juste interprétation.

Plutôt que de clinique ou de théorie, il me semble que dans ces accompagnées, il  s'agit plutôt d’acquérir une technique analytique, avec la conscience aigüe de l’analyste de ce qui peut  lui  faire défaut et aussi la responsabilité qu'il se trouve avoir à assumer. 

Mais il ne faut pas trop non plus noircir le tableau de cette inexpérience éprouvée : certes en  théorie, jouer les éléphants dans de la porcelaine, ce n'est pas forcement ce qu'il y a de mieux pour l'analysant, pourtant  ... la proximité de sa propre analyse peut  donner à l'analyste quelques aperceptions fructueuses qui, pour être intempestives n'en sont pas pour autant nocives. Mais quitte à jouer les éléphants, il vaut mieux à ce moment là, se la jouer modeste.

Au  fond,  un analyste inexpérimenté mais qui a conscience de son inexpérience, se retrouve un peu dans la position de Freud vis à vis de ces premiers analysants. Ils découvriront ensemble l'inattendu de leur  histoire.

Cependant n'ayant pas forcément son génie,  autant que cet analyste  fasse part de ses interventions, repérages et interprétations diverses à un tiers qui, par le transfert, lui permette d'élaborer ce qui se passe entre lui et ses analysants.

C'est ce que les anciens analystes appelaient de ce mot affreux : "une toilette contre-transférentielle ».  Avec un contrôle, on aurait en somme besoin  de quelqu'un d'autre pour se débarbouiller. Je plaisante bien sûr.

En termes lacaniens, il s'agirait plutôt de laisser émerger, de dégager ce terme si décisif dans chaque analyse, du désir du psychanalyste.  C'est donc une démarche valable pour tous les analystes.  Pour ceux qui ne sont plus "novices",  le danger serait   plutôt de devenir un vieil éléphant, celui à qui on ne la fait pas. 

Passer sans arrêt de la position d'analysant à celle d'analyste n'est certes pas confortable mais fort salubre. Il me semble que c'est ça la fonction d’une accompagnée, c'est favoriser ces séries de passages, et hop !  d'un côté.  Et hop !  de l'autre.

C'est une question d'agilité et il ne faut surtout pas se rouiller.

Peut-être ne faudrait-il pas aussi  oublier la bonne vieille recette de Freud : ne pas hésiter, et sans fausse honte, à retourner sur le divan, par exemple tous les cinq ans". Ca revient vite mais ça évite de devenir un vieil éléphant à la peau dure.

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21 décembre 2007

En quoi, quant à l’hystérie, les hommes auraient-ils « supériorité » ?

415Lacan, dans la seconde version de « Joyce le symptôme », définit tout d’abord l’hystérie comme l’art de saisir le symptôme de l’autre au vol,  en se référant à l’hystérie de Socrate, puis en faisant porter l’accent, ce qui est quand même peu fréquent,  sur la question de l’hystérie masculine.  Il  énonçe ce fait que, quant à l’hystérie, les hommes y ont non seulement droit mais privilège. Ils ont sur l’hystérie féminine « supériorité ». En quoi consiste cette supériorité ? Cela a attisé depuis fort longtemps  ma curiosité. Car je trouvais que, question hystérie, les femmes me paraissaient, je dirais, imbattables.

C’est en raison de cette curiosité que j’ai écrit mon premier livre « Eloge de l’hystérie masculine, avec comme sous-titre : « sa fonction secrète dans les renaissances de la psychanalyse ». C’est amusant, parce qu’au moment où je l’écrivais, je n’avais pas du tout repéré,  consciemment du moins,   cette phrase de Lacan concernant la supériorité des hommes quant à cette  hystérie. Car je l’avais en fait trouvé dans ma propre histoire, donc du côté de l’hystérie féminine.

En effet les femmes s’interrogent avant tout, pour pouvoir trouver les chemins de leur propre féminité, sur l’Œdipe de leur propre père : quel est son désir ? Que veut-il ?  Comment peut-il aimer une femme ? Comment une femme peut-elle être son symptôme, la cause de son désir ? Or,  ce qui,   arrive le plus souvent,  à propos de cette série de questions, c’est  qu’une femme rencontre  avant tout l’Oedipe non –résolu de son père, et à vrai dire, son l’Œdipe inversé, c’est à dire ce  en quoi il désire, lui,  être aimé de son propre père comme une femme et en recevoir un enfant.    

Cet amour du père éprouvé par un homme, maintenu ainsi dans une position féminine passive vis-à-vis de lui, et son désir d’en obtenir un enfant n’est jamais que l’envers de la haine éprouvé à son égard, il est camouflage de ce désir de meurtre du père qui est au cœur de chaque névrose, au cœur des symptômes hystériques de cette névrose. C’est ce devant quoi, une femme reste en rade, quant à son désir, ne pouvant plus dés lors qu’y soutenir le désir du père, espérant qu’un jour, retrouvant la haine sous l’amour,  il pourra occuper sa vraie place, celle d’un homme, un vrai.

Donc si l’homme à supériorité sur une femme par rapport à l’hystérie, c’est,  je dirais que,  dans cet amour éprouvé à l’égard du père, et du père idéalisé, il est en quelque sorte l’acteur principal, un véritable héros,  et l’hystérique femme n’en n’est plus que sa complice.

Si je dis qu’elle est sa complice, c’est bien parce que ce qui se camoufle sous cet amour,  c’est la haine et le désir de la mort du père. L’hystérie de Dostoïevski, avec ses attaques de mort de l’enfance, puis ces crises d’épilepsie, tel que Freud l’a décrit dans « Dostoïevski et le parricide » en constitue le plus bel exemple.

Je voudrais donc essayer de démontrer en repartant du texte de Freud en quoi,  quant à l’hystérie, les hommes auraient  supériorité ? En effet pour lire Lacan, rien de tel que d’effectuer un retour à Freud, retour préconisé par Lacan, dès le début de son enseignement.

Freud, donc, avait déjà bien repéré l’importance de ces fantasmes de grossesse du sujet névrosé.  Il avait notamment pu les étudier  à partir d’un manuscrit qu’un savant lui avait confié pour expertise médicale qui racontait l’histoire d’une névrose démoniaque au dix-septième siècle.

Un peintre,  Christophe Haizmann,  à la suite de la mort de son père, était tombé dans un grave état mélancolique. Ce que Freud repère dans l’analyse de ce manuscrit, c’est le fait que ce peintre, tout comme Faust, avait conclu un pacte de neuf ans avec le diable et ce en l’année  1669.

Or nous indique Freud, dès que nous voyons apparaître ce chiffre « neuf », nous sommes mis sur la piste d’un fantasme de grossesse.

Et comme l’inventeur de la psychanalyse sait bien qu’en énonçant ce fait il provoquera bien des résistances  il rajoute ce commentaire :

« Il y a peu d’autres parties des découvertes faites par la psychanalyse sur la vie psychique de l’enfant qui paraissent aussi repoussantes et incroyables à l’adulte normal que la position féminine passive vis-à-vis du père et le fantasme de grossesse qui s’ensuit pour le petit garçon ». Pour Freud, l’énergique refus de cette féminité, par les hommes, en tant qu’elle provoque toujours une violente angoisse de castration  est une sorte de point de butée de l’analyse.

Lacan franchira un pas de plus dans l’interprétation que l’on peut donner de  ces fantasmes de grossesse.

Pour le démontrer, il évoque d’abord  le fantasme de grossesse du Président Schreber qui a la conviction que, dans un avenir lointain, il deviendra l’épouse de Dieu et pourra ainsi repeupler la terre entière de milliers d’enfants nés de son esprit ; puis il le compare au fantasme de grossesse d’un homme hystérique. Cet homme  vivait au temps de la révolution hongroise et était conducteur de Tramway.  Tombé du haut de son véhicule, il s’était mis  à souffrir  de douleurs pulsatiles et rythmées au niveau de sa première côte. Tout comme Adam, il portait un enfant dans son flanc et attendait l’intervention de Dieu le père pour en être délivré. 

Ces fantasmes de grossesse existent donc aussi bien dans la névrose que dans la psychose, ce qui nous invite à préciser quelle peut être leur fonction.

Dans la psychose, quand le délire se déclenche, c’est parce que le sujet n’a jamais pu conquérir un signifiant, celui d’être père. Dans la névrose, ce qui se manifeste  ainsi, par ce désir d’être enceint, c’est une ordalie, un appel désespéré à la reconnaissance du père, d’un père idéalisé, mythique,  qui  pourrait ainsi apporter une preuve par neuf de l’accession du sujet à la virilité, mais une virilité qui reste ainsi à jamais hypothétique, justement faute de preuves.

Mais ces fantasmes de grossesse  peuvent aussi se manifester dans toute mise au monde d’un œuvre. On peut en trouver un exemple mais qui est loin d’être isolé, dans l’une des premières œuvres de Joyce, Dedalus,  quand il décrit ce qu’a été pour lui la naissance de son premier poème, la naissance d’une villanelle :

« Un peu avant l’aube il s’éveilla. Quelle douce musique ! Son âme toute entière était baignée de rosée… Sa pensée s’ouvrait lentement à la vibrante lucidité matinale, à l’inspiration du matin. Un esprit entrait en lui, pur comme l’eau la plus limpide, doux comme la rosée, mouvant comme la musique… Un enchantement du cœur !... Dans le sein virginal de l’imagination le verbe s’était fait chair. L’Ange Gabriel avait visité la chambre de la vierge ».

Trois vers  « passèrent de son esprit à ses lèvres ; en les répétant tout bas, il sentit en eux le mouvement rythmique d’une villanelle… » 

Cette création d’un poème est donc métaphorisée par une sorte de fécondation de la vierge par l’esprit saint, soit donc par la semence du père. Quelle est  cette féminisation du sujet qui le pousse ainsi à désirer être aimé du père ? Si on repère simplement que l’enfant est un très bel objet phallique, il parait alors évident que ces fantasmes de grossesse du sujet névrosé  sont avant tout  l’expression du désir d’être reconnu par le père, et de recevoir en signe de cette reconnaissance, un phallus, sous la forme de cet enfant. C’est par l’attribution de ce phallus, qu’il pense devenir un homme.

C’est ce que réalise Joyce, en écrivant ce poème. C’est ce qu’espère tout névrosé, au travers de ses symptômes, sans rien en savoir, tandis que le psychotique clame cette  impossible reconnaissance au travers de son délire.

Dès lors quelle serait cette supériorité des hommes sur les femmes quant à cette hystérie, et quant à ces fantasmes de grossesse ?

Lacan cite Socrate, puis voila que surgit Joyce, se tenant pour femme, dans l'enfantement de ses œuvres.
Alors cette " supériorité " ne serait-elle pas liée aux possibilités de sublimer,  de faire de cette hystérie, des poèmes, des œuvres d'art, au lieu de transformer ces douloureuses et insatisfaisantes rencontres du désir de l'Autre en symptômes corporels invalidants ?

Les hommes utiliseraient leur hystérie par la mise au monde de leurs œuvres, les femmes elles, mettraient  au monde des enfants, dans le réel, le réel de leur maternité. Ceci ouvre à l’immense question de la sublimation, celle des hommes comme celle des femmes. Et à ce sujet, il y aurait encore beaucoup de choses à dire puisque pour Freud, vous le savez, les femmes étaient peu aptes à la sublimation, quant à Lacan ce qu’il suggérait, c’est qu’elles  n’ont tout simplement pas besoin de sublimer.

Comme si au fond aucune réalisation humaine la plus grandiose ne pouvait se mesurer à ce miracle,  quand même toujours surprenant pour une femme, celui d’avoir la joie de mettre un enfant au monde.

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02 janvier 2008

Notre secrète inhumanité

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Le vernis de la civilisation est extrêmement fragile, il se craquelle et se fissure dans le moindre de nos gestes et de nos propos. Sous les plus belles réalisations humaines, dans les domaines de l’art, de la littérature ou de la politique, réapparaît sans cesse, sous une forme plus ou moins masquée, notre inhumanité à savoir notre désir de destruction envers ceux qui nous entourent.

Cette inhumanité n’est plus du tout masquée dans les conflits armés qui surgissent entre pays voisins et qui perdurent souvent des années, même si nous  arrivons à les oublier, en nous habituant à leur existence, oubliant du même coup, tous les morts, blessés et familles endeuillées qui accompagnent ces guerres.

Dans mon enfance, on évoquait souvent l’histoire de la paille et de la poutre, parabole du Christ devenue dicton. « Pourquoi, disait-il,  regardes-tu, sans cesse, la paille qui est dans l’œil de ton voisin alors que tu ne vois même pas  la poutre qui est dans ton œil ? »

Avec cette question de l’inhumain, la poutre de notre œil est indispensable, tout au moins, si on se réfère à ce que Freud en suggère dans « Malaise dans la civilisation ». Mais elle est tout autant nécessaire, cette poutre,  si nous nous référons  à ce que nous pouvons apprendre,  au cours de l’expérience d’une analyse, à propos du  moindre de nos rêves ou de nos actes manqués : nous nous y débarrassons allègrement de tous ceux qui peuvent faire obstacle à la réalisation de nos désirs les plus chers, ou de tous ceux qui portent atteinte à la haute opinion que nous avons de nous-mêmes, en les envoyant au Diable ou encore « ad Patres ». Nous  les envoyons ainsi, sans autre forme de procès,  rejoindre le monde de nos ancêtres.

Pour décrire cette foncière méchanceté qui est au cœur de chacun de nous, Freud, comme souvent, aime bien faire appel non seulement au savoir mais aussi à l’humour des poètes. C’est ainsi qu’il citait Henri Heine, dans une  note de « Malaise dans la civilisation » :

« Un grand poète peut se permettre d’exprimer, tout au moins sur le ton de la plaisanterie, des vérités psychologiquement sévèrement réprouvées. C’est ainsi que H. Heine nous l’avoue : « je suis l’être le plus pacifique qui soit. Mes désirs sont : une modeste cabane avec un toit de chaume, mais dotée d’un bon lit, d’une bonne table, de lait et de beurre bien frais avec des fleurs aux fenêtres ; devant la porte quelques beaux arbres ; et si le Bon Dieu veut me rendre tout à fait heureux qu’il m’accorde de voir cinq ou six de mes ennemis pendus à ces arbres. D’un cœur attendri, je leur pardonnerai avant leur mort, toutes les offenses qu’ils m’ont faites pendant leur vie – certes on doit pardonner à ses ennemis mais pas avant qu’ils soient pendus. »   (Heine, pensées et propos)

Freud  évoque cette question de  l’agressivité dans les relations humaines les plus ordinaires, avec cette  formule expéditive et qui pourrait donc se passer de commentaires « L’homme est un loup pour l’homme ».

Il est sans illusion, on ne baigne pas, avec lui dans les bons sentiments sirupeux : « L’homme n’est point cet être débonnaire, au cœur assoiffé d’amour, dont on dit qu’il se défend quand on l’attaque, mais un être, au contraire, qui doit porter au compte de ses données instinctives une bonne somme d’agressivité. Pour lui, par conséquent, le prochain n’est pas seulement un auxiliaire et un objet sexuel possibles, mais aussi un objet de tentation. L’homme est en effet tenté de satisfaire son besoin d’agression aux dépens de son prochain, d’exploiter son travail sans dédommagement, de l’utiliser sexuellement sans son consentement, de s’approprier ses biens, de l’humilier, de lui infliger des souffrances, de le martyriser et de le tuer […]  cette tendance à l’agression, que nous pouvons déceler en nous-mêmes et dont nous supposons à bon droit l’existence chez autrui, constitue le facteur principal de perturbation dans notre rapport avec notre prochain ; c’est elle qui impose à la civilisation tant d’efforts. »

Que croyez-vous que Freud propose comme solution, enfin plutôt comme façon de s’en tirer au mieux, comme un pis-aller ? La réponse est surprenante : une communauté ne tient ensemble par des relations d’amour que si elle peut trouver à l’extérieur des ennemis à détester contre lesquels elle peut exercer son agressivité  et ses manifestations d’intolérance, en somme réussir à les dériver vers eux !

Lacan, à cette solution si pessimiste, en oppose une autre, en apparence, plus satisfaisante : c’est par la parole, que la jalousie et  la concurrence agressive des hommes entre eux peuvent être assumées, symbolisées et donc finalement abandonnées. 

Mais, pour lui aussi, au cœur de l’être humain, existe  ce que, dans l’Ethique de la psychanalyse, il appelle le « lieu de la destruction absolue » ou encore « L’Etre suprême en méchanceté ».

Si bien que reprenant cette phrase que Freud a lui-même cité « si tu veux la paix, prépare la guerre » nous pourrions la transformer ainsi : si tu veux la paix, prépare toi à te faire la guerre, à lutter contre  cette inhumanité, qui est au cœur de toi-même, qui en t’obligeant à la dépasser, à la surmonter, fait ainsi de toi un être humain dit civilisé.

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05 janvier 2008

ce besoin de protection par le père

kontsedailovPour pouvoir  repérer la  spécificité  des malaises de la civilisation en cette année 2008, avec cette grande déréliction de la fonction paternelle que nous vivons et que Lacan a lié à la perte de la dimension de l'amour,  j'ai essayé de reprendre point par point, ce que Freud écrit de ces malaises, dans les années 1930.

C'est justement une phrase de Freud sur la fonction paternelle, dans « Malaise dans la civilisation »,  qui m'a donné au moins une intuition de ce dont il pourrait s'agir dans cette perte de la dimension de l'amour, d'autant plus que Lacan l'évoque par le biais de l'amour de transfert.

Cette remarque de Freud m'a saisi par sa justesse mais aussi par la sorte de tranquillité avec laquelle il soutient cette assertion. Pour en mesurer sa portée, je la replace dans son contexte : Freud y conteste le sentiment océanique comme fondement du désir religieux, mais en propose une autre source bien plus importante : « Un sentiment ne peut devenir une source d'énergie, affirme-t-il,  que s'il est lui-même source d'un puissant besoin. Quant au besoin religieux, leur rattachement à l'état infantile de dépendance absolue, ainsi qu'à la nostalgie du père que suscite cet état, me semble irréfutable [...] Je ne saurais trouver un autre besoin d'origine infantile aussi fort que celui de protection par le père... On peut suivre d'un trait sûr l'origine de l'attitude religieuse en remontant au sentiment infantile de dépendance. »

Mais il rajoute cette autre phrase qui me paraît être  la solution de l'énigme, avec le sens qu'elle peut avoir en psychanalyse, comme étant une question dont il faut deviner la réponse : « Et si peut-être autre chose se cache-là derrière, ce quelque chose, en attendant,  reste enveloppé de nuées. »

Et si ce quelque chose,  qui reste enveloppé de nuées  était ce qui nécessite absolument ce besoin de protection par le père ?  N'est-ce pas  cette première rencontre avec ce désir de la mère, ce désir de la mère, qui nous laisse sans autre recours que cet appel nécessaire au père, celui qui lui fera un peu la loi, la mettra, elle aussi, sous le joug du signifiant, la rendra désirante et par voie de conséquence désirable ?

C'est ainsi qu'on peut approcher au plus juste de  ce que Freud décrivait comme étant  ce besoin si fort de protection par le père qui persiste jusqu'à l'âge adulte comme fondement des religions et  ce que Lacan appelle, lui, l'amour pour le père.

Une évocation de cette mère archaïque, sorte de monstre dévorant, confirme cette hypothèse : « Certes l'Œdipe a été notre Sinaï », racontait Lacan, il y a bien longtemps (en 1937). « Mais rien ne nous interdit de voir dans la vie œdipienne un aspect seulement du possible. Il y a peut-être derrière lui encore autre chose de plus archaïque. Peut-être « le complexe de la mère ». Si les noms mythologiques nous font défaut ici pour le caractériser, c'est peut-être parce que cette mythologie est celle d'une civilisation patriarcale. Peut-être est-ce l'image terrible de l'Ogresse, de quelque Baal ou Moloch maternel que l'on rencontrerait au fond des légendes matriarcales... »

Pour rendre compte de ce besoin de protection par le père, Lacan avait proposé un autre mot, celui de « père-version » ou de version vers le père. Il faut qu'il  vienne absolument  se substituer à une première version, la version maternelle. Peut-être pourrait-on l'appeler « mère-version ». Elle est source de tous les dangers. C'est elle qui se cache dans les nuées évoquées par Freud et qui précède mais aussi explique ce besoin de protection par le père, en tant qu'il donne  au sujet la clé des champs, du champ de ses désirs.

En ce temps que nous vivons où  on évoque de « nouvelles pathologies », voire « une nouvelle économie psychique » liées à de radicales « mutations du champ social », ces évocations du pouvoir des grandes déesses mères perdues dans les nuées des origines de la civilisation, pourraient nous être fort utiles. Les mères, de nos jours,  retrouveraient-elles leur toute puissance ? Mais alors qu'en serait-il de ces nouvelles pathologies ? Ne serait-ce pas bien au contraire, un retour à l'ancien, voire à l'archaïque ?

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31 janvier 2008

A propos de la nécessité des entretiens préliminaires

gpc_work_large_510J’ai trouvé dans un texte de Lacan qui a pour titre « le symptôme »,  une conférence faite  à Genève en octobre 75, quelques lignes qui évoque la nécessité des entretiens préliminaires. Cette question n’est pas souvent abordée, celle de savoir à partir de quand quelqu’un qui vient demander une analyse s’allonge sur le divan. Lacan articule cette question des entretiens préliminaires au nom qu’il a donné à celui qui vient demander une analyse, celui non pas d’analysé, mais d’analysant. A la durée des entretiens préliminaires et de ce qui s’y passe dépendra en effet le fait que l’analysant pourra effectuer sa tache psychanalysante.

Du participe passé au participe présent c’est ainsi qu’il met au travail le dit analysant. Il a la charge de déchiffrer lui-même le sens de ses symptômes et de tracer ainsi la voie de sa guérison en présence de l’analyste à qui il s’adresse mais qui est aussi l’objet de ses cogitations, de par l’effet du transfert.

Il écrit : « Ce que je voulais dire, c’était que dans l’analyse, c’est la personne qui vient formuler une demande d’analyse qui travaille. A condition que vous ne l’ayez pas mise tout de suite sur le divan auquel cas c’est foutu. »

Il précise donc ce qu’il faut attendre,  une nouvelle formulation de sa demande : « il est indispensable que cette demande ait vraiment pris forme avant que vous ne la fassiez étendre. Quand vous lui dites de commencer – et ça ne doit être ni la première, ni la seconde fois, au moins si vous voulez vous comporter dignement – la personne donc, qui a fait cette demande d’analyse, quand elle commence le travail c’est elle qui travaille. Vous n’avez pas du tout à la considérer comme quelqu’un que vous devez pétrir. C’est tout le contraire. Qu’est-ce que vous y faites là ? Cette question est tout ce pour quoi je m’interroge depuis que j’ai commencé ».

Dans ce paragraphe, chaque phrase, chaque mot a son importance. Tout d’abord, ce qu’il en est de la nouvelle formulation de cette demande. De l’expérience que j’ai vécu avec Lacan, de ma démarche analytique, les entretiens préliminaires avaient duré, du souvenir que j’en ai, trois mois. Je pense qu’il y avait entre la première demande et la seconde, la distance qu’il y a entre la signification et le sens, un sens qui pourtant n’est qu’à venir. C’est une énonciation, mais totalement énigmatique, en attente donc de réponse. Il importe que l’analyste puisse l’entendre à ce moment-là. Puisque c’est le moment de commencer l’analyse, allongé sur le divan.

Un autre terme mérité également d’être souligné, celui de « dignement ». Quelle curieuse formulation en effet : «  si vous vous voulez vous comporter dignement ». il s’agit donc de se comporter dignement en tant qu’analyste et pour cela savoir décider du moment où il convient de commencer l’analyse. Il pose donc là la question de l’éthique du psychanalyste, mais pas seulement puisque s’y rajoute cet autre question « qu’est-ce que vous y faites-là ». L’analysant travaille et vous ?

Peut-être qu’à cette question, Lacan a-t-il répondu, très tard en 1978, au moment du congrès sur la transmission de la psychanalyse, avec ce terme tout aussi énigmatique mais fort intéressant celui de « Truquage ».

« Alors comment se fait-il que, par l’opération du signifiant, il y ait des gens qui guérissent ? Car c’est bien de ça qu’il s’agit. C’est un fait qu’il y a des gens qui guérissent. Freud a bien souligné qu’il ne fallait pas que l’analyste soit possédé du désir de guérir ; mais c’est un fait qu’il y a des gens qui guérissent, et qui guérissent de leur névrose, voire de leur perversion.

Comment est-ce que ça est possible ? Malgré tout ce que j’en ai dit à l’occasion, je n’en sais rien. C’est une question de truquage. Comment est-ce qu’on susurre au sujet qui vous vient en analyse quelque chose qui a pour effet de le guérir, c’est là une question d’expérience dans laquelle joue un rôle ce que j’ai appelé le sujet supposé savoir.

En tout cas, dans cette conférence de Genève sur le symptôme, Lacan articule la question des entretiens préliminaires comme constituant les prémisses, et des prémisses à ne pas rater, de la tache psychanalysante. De ces entretiens dépend en effet qu’elle puisse ou non avoir lieu. La forme active ou passive du participe ce verbe,  être analysé ou être analysant en témoigne, indique ces deux choix, ces deux voies, la bonne et la mauvaise.

Il est en effet intéressant de voir que ce simple repérage grammatical prend en compte ce qu’il en est de la suggestion dans l’analyse. Une suggestion qui certes ne peut pas être entièrement éliminée mais qui est, à tout moment, déboutée, quand l’analysant est à même de découvrir ce en quoi c’est son désir inconscient et non pas celui de l’analyste, qui fait valoir  ses droits en demandant à être reconnu.

C’est lui, qui à ce moment là reprend la main.

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