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Dans un passage de la séance du 8 mai 1957 de la Relation d'objet, Lacan souligne la stricte équivalence de ce qu'il appelle la fomentation mythique du Petit Hans et les théories sexuelles infantiles décrites par Freud dans ses trois essais sur la théorie de la sexualité :

«... Nous reprenons les choses où nous les avons laissées, c'est-à-dire au petit Hans [...] que cherchons-nous à détecter jusqu'à présent, dans cette fomentation mythique, qui nous paraît possible ? La caractéristique essen­tielle de l'observation de Hans, c'est de cela avant tout qu'il s'agit. Ce que j'appelle fomentation mythique, ce sont ces différents éléments signifiants dont je vous ai assez montré pour chacun l'ambiguïté, et combien ils sont essen­tiellement faits pour pouvoir recouvrir, nous dirons à peu près n'importe quel signifié, mais pas tous les signifiés bien entendu en même temps. C'est ainsi que nous posons la question sous cet angle, que nous croyons qu'il s'impose de la poser pour la simple raison que si la fomentation mythique - appelons-la d'un autre terme qui est plus courant, mais qui est exactement la même chose, encore que moins bien adapté - les théories infantiles de la sexualité telles que nous les voyons, telles que nous nous y intéressons chez l'enfant, si nous nous y intéressons c'est bien parce qu'elles ne sont pas sim­plement une espèce de superflu, de rêve inconsistant, c'est bien parce qu'elles­-mêmes en elles-mêmes comportent un élément dynamique qui est à proprement parler ce quelque chose dont il s'agit dans l'observation de Hans, faute de quoi littéralement l'observation de Hans n'a aucune espèce de sens."

 

Toute la partie du texte du Petit Hans, sur le "loumf", qui se rapproche du caca-boudin, si prisé dans nos maternelles, en est l'illustration, ces théories sexuelles infantiles ont l'intérêt de montrer comment ces fomentations mythiques sont fabriquées de fait avec des signifiants de la pulsion.

 

Le fait de rapprocher cette fomentation mythique de ce que Freud appelle les théories sexuelles infantiles nous permet tout d'un coup de lire d'une façon beaucoup plus aisée et cohérente tout le parcours analytique du Petit Hans au cours de sa phobie.

 

Il vaut en effet tout à fait la peine, pour avoir cet éclairage, de relire ce que Freud décrit comme les théories sexuelles infantiles. Elles sont au nombre de trois.

 

1 - la première pose le fait que tous les êtres humains, hommes et femmes, sont pourvus d'un organe viril. A noter que cette théorie sexuelle infantile ne devrait concerner que les petits garçons, puisque, au moins en ce temps de son élaboration, Freud distingue le complexe de castration qui concerne les garçons et l'envie du pénis qui concerne les filles.

Toute la partie de l'observation du Petit-Hans concernant sa recherche du fait-pipi est là pour la confirmer.

 

2 – La deuxième théorie concerne l'énigme de la naissance : on a mangé quelque chose de spécial et l''enfant ressort par l'anus, en conséquence de quoi, les hommes aussi bien que les femmes peuvent avoir des enfants. Les symptômes intestinaux de l'Homme aux loups ainsi que l'interprétation du grand délire de l'Homme aux rats sont là pour confirmer ces hypothèses.

 

3 – La troisième hypothèse tout aussi importante est ce qu'on appelle « la conception sadique du coït ». D'autre part, dans ce registre l'enfant imagine l'union sexuelle comme étant en relation soit avec une miction soit une défécation.

 

Ces trois théories sexuelles infantiles et ce que Lacan y substitue comme dénomination «  des fomentations mythiques » appellent trois remarques :

 

1 - Sur le terme même de « fomentation » qui est d'origine médicale, c'est initialement un cataplasme, c'est à dire une sorte de compresse chaude. Dans le temps, les mères faisaient à leurs enfants des cataplasmes de farine de moutarde sur le thorax pour guérir des rhumes et bronchites. Autant dire que c'était vraiment des remèdes de grand-mère. Mais au sens figuré, le verbe fomenter n'est pas de bon augure, il annonce plutôt des catastrophes ou tout au moins du remue-ménage, par exemple, le remue-ménage de la phobie.

 

2 – A propos des théories infantiles sur la naissance, celle du Petit- Hans est amusante. Il se moque de plus de ce qu'on avait essayé de lui faire croire au moment de la naissance d'Anna, à propos des cigognes : il raconte à son père qu'n jour, celui avait pondu un œuf et qu'il en était sorti un petit poulet, puis devant la mise en doute du père, il vait reconnu que ce n'était pas vrai mais que par contre c'était un jour à Gmunden qui s'étant mis à genoux avait à son tour pondu un œuf et qu'il en était sorti un Petit-Hans ! ( p. 153 des Cinq psychanalyses)

 

3 – La façon dont Lacan replace dans de rigoureux repères de structures cette question des théories sexuelles infantiles dans son grand texte « D'une question préliminaire à tout traitemnt possible de la psychose ». Il y décrit ce qu'il nomme l' »armature du texte freudien » : « à savoir l’équivalence maintenue par Freud de la fonction imaginaire du phallus dans les deux sexes (longtemps le désespoir des amateurs de fausses fenêtres « biologiques », c’est-à-dire naturalistes), le complexe de castration trouvé comme phase normative de l’assomption par le sujet de son propre sexe, le mythe du meurtre du père rendu nécessaire par la présence constituante du complexe d’Œdipe dans toute histoire personnelle, et, last but not… , l’effet de dédoublement porté dans la vie amoureuse par l’instance même répétitive de l’objet toujours à retrouver en tant qu’unique. Faut-il rappeler encore le caractère foncièrement dissident de la notion de la pulsion dans Freud, la disjonction de principe de la tendance, de sa direction et de son objet, et non seulement sa « perversion » originelle, mais son implication dans une systématique conceptuelle, celle dont Freud a marqué la place, dès les premiers pas de sa doctrine, sous le titre des théories sexuelles de l’enfance ? »