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Pour entrer un peu en douceur dans notre travail de lecture de l’Homme aux loups, j’ai été relire ce qu’Ernest Jones en racontait dans la biographie de Freud qui a pour titre « La vie et l’œuvre de Sigmund Freud ». Il est en trois volumes et vaut tout à fait la peine d’être lu[1].

Sa présentation de l’Homme aux loups se trouve dans le volume II p. 291 sous le titre « Extrait de l’ « histoire d’une névrose infantile ».

La façon abrupte dont Jones s’y prend pour le présenter est très surprenante car de fait il situe d’emblée son cas dans le droit fil de l’histoire de la psychanalyse. Voici en effet ce qu’il trouve à en dire de prime abord : « Le cinquième cas (après Dora, l’homme aux rats, le petit Hans et Schreber )  est remarquable à plusieurs points de vue. Ses répercussions furent graves puisque,  quelques années plus tard, il devait jouer un certain rôle dans la rupture entre Freud et Rank ».

Nous trouvons mentionnées les causes de cette rupture dans le chapitre du troisième volume dans le chapitre intitulé « Les dissensions ». p. 49

De fait la bataille fera longtemps rage autour de la question de la réalité des scènes primitives et donc la scène primitive de l’Homme aux loups sera la pierre d’achoppement autour de laquelle se fera la répartition entre ceux qui resteront fidèles à la théorie freudienne et ceux qui l’abandonneront. Jung sera le premier à déserter et ce texte de l’Homme aux loups est écrit dans le contexte de cette première désertion et en porte la trace.

Dora avait fait une analyse de trois mois dans les années 1900. Elle avait dix huit ans.

L’homme aux rats était âge de  27 ans quand il vient voir Freud et avait fait une analyse de 11 mois en 1907.

L’Homme aux  loups  avait 23 ans et commença son très long périple analytique en février 1910.

Il était connu des analystes comme le loup blanc ! On peut noter ce qu’en dit Jones à ce propos : «  Je continue à correspondre régulièrement avec lui. Il dispose de beaucoup de renseignements instructifs sur la technique et la personnalité de Freud et peut nous faire connaître certaines observations que fit à l’occasion le maître sur d’autres sujets en partant du point de vue psychanalytique. » p. 291.

En bref les psychanalystes tout au long de sa vie se sont intéressés à lui, ou plus exactement à Freud au travers de lui. Ne peut-on pas dire qu’il était devenu ainsi un véritable objet a, objet a des psychanalystes et vous verrez quand nous en serons là que Rank l’avait parfaitement repéré : il avait substitué aux loups de son rêve perchés dans l’arbre, devinez quoi ? devinez qui ? Les analystes qui faisaient partie du comité secret de Freud, analystes dont les photos se trouvaient dans le bureau de Freud figurant donc en bonne place. Tout cela paraît un peu rocambolesque mais ça n’est pas fait pour tellement nous étonner.


[1] E. Jones, La vie et l’œuvre de Sigmund Freud, II, les années de maturité, PUF.