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Dans son livre intitulé « Sur James Joyce » Eugène Jolas relate quels avaient été ses liens avec l’auteur et beaucoup d’anecdotes le concernant et concernant la rédaction de cette œuvre, rédaction auquel il participait activement. Dès 1927, il éditait d’ailleurs dans sa revue Transition, des fragments de Work in progress qui devait par la suite prendre le nom de Finnegans Wake.

Il nous indique notamment comment Joyce avait commencé à l’écrire à partir d’une proposition de son éditrice. Elle lui avait confié un fascicule écrit par un curé de village qui avait découvert la tombe d’un géant sur le territoire de sa paroisse1 et suggéré qu’il en écrive la légende.

 Il évoque aussi les circonstances dans lesquelles ce livre a été écrit. Joyce avait été en effet très éprouvé par la mort de son père auquel il avait été toujours très attaché. De son propre aveu, Joyce disait qu’il rêvait beaucoup de lui. Un soir il dit même à son interlocuteur qu’il entendait son père lui parler. Eugène Jolas souligne également qu’Ulysse « était un homme à la recherche de son père » et que Finnegans Wake « reprenait le même thème d’une autre façon ».

 A cette même période, l’état mental de sa fille Lucia s’était considérablement aggravé. Elle était schizophrène. Cela perturbait beaucoup le travail de création de Joyce. On ne peut s’empêcher de penser, à ce propos, qu’il devait s’être en partie identifié à sa fille pendant qu’il écrivait sa dernière œuvre si riche en néologismes de toutes sortes, à tel point qu’elle pourrait paraître « inspirée », inspirée à la manière des écrits de toutes ces femmes psychotiques auxquelles Lacan s’était beaucoup intéressé au début de sa carrière.

 Joyce, bien que très résistant à la psychanalyse, rejoignait Freud dans le fait que « l’histoire de l’homme avec ses rêves, légendes et mythes était le point de mire de la vision joycienne ». Mais c’était aussi « une grande métamorphose verbale » qui l’intéressait. « Sa langue devait exprimer nuit et sommeil ».

Jolas rapporte deux textes de rêves de Joyce, mais comme tous les rêves, sans les associations du rêveur, nous ne pouvons rien en déchiffrer, si ce n’est les rattacher à des mythes qui sont communs à tous les hommes.

Voici le récit de ce premier rêve : «  Il se promenait dans une grande ville et rencontra trois hommes nommés Minos, Eaque et Rhadamante », noms des trois juges des enfers. « Ils interrompirent soudainement leur conversation avec lui pour devenir très menaçants. L’un des rêves moins compliqué de Joyce le faisait rire sous cape chaque fois qu’il y pensait. C’était un rêve dont le point culminant tenait dans l’apparition de ce personnage titanesque qu’est Molly Bloom, assise sur le versant d’une haute montagne. «  Et toi, James Joyce, j’en ai plus qu’assez de toi » vociférait-elle. De sa réponse, il n’arrivait pas à se souvenir »2.

 

 

1 C’est curieux parce qu’il existe une telle tombe celle d’un homme géant dans un village du Haut Var, le village de Combs.

 

2 Sur Joyce, p. 81